Les Français à la rescousse des entreprises du Québec

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Avril 2017

Les Français à la rescousse des entreprises du Québec

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Édition du 22 Avril 2017

Avec le vieillissement démographique, plusieurs s'inquiètent de voir des entreprises québécoises disparaître, faute de relève. Les immigrants entrepreneurs peuvent-ils faire partie de la solution ?


«L'absence de relève pour reprendre des PME québécoises représente une réelle occasion d'affaires pour des entrepreneurs venus d'ailleurs, notamment de France», souligne Me William Hart, avocat associé chez Langlois et président du groupe de pratique France-Québec du cabinet.


Selon lui, plusieurs entrepreneurs québécois préfèrent vendre à un repreneur français qu'à un Américain en raison de la langue, bien sûr, mais surtout parce que les Français conservent généralement les emplois au Québec. En effet, ceux-ci considèrent souvent leur acquisition comme une tête de pont pour entrer sur le marché nord-américain, ce qui assure que l'entreprise reste très active après le transfert.


Toujours selon Me Hart, il n'est pas très compliqué légalement de réaliser un transfert entre un Québécois et un Français. C'est plutôt des différences culturelles qu'il faut se méfier. Le langage d'abord. La «convention d'actionnaires» québécoise devient le «pacte d'actionnaires» dans la bouche des Français, par exemple. Le système comptable est différent, donc il faut bien en comprendre la terminologie.


William Hart, du cabinet ­Langlois


«Les Québécois sont surtout surpris du rythme plus lent des Français, ajoute Me Hart. Ces derniers analysent très longuement les transactions. Et ils prennent leurs vacances, même au milieu d'une négociation ! Les entrepreneurs québécois s'inquiètent de ces retards et les interprètent faussement comme une perte d'intérêt de la part des Français.»


Une fois le transfert effectué, il n'est pas rare que la société française demande au dirigeant québécois de rester un certain temps, surtout lorsque celui-ci conserve des parts dans l'entreprise. Les dirigeants français et québécois effectuent alors la transition ensemble, pour introduire progressivement la vision française, tout en tenant compte de la réalité québécoise.


S'adapter au Québec


En effet, le passage d'un continent à l'autre ne se fait pas toujours sans heurts. En 2005, Benoît Cuchet prend la direction de Rougié au Québec à la suite de l'acquisition, par Euralis, de la Ferme Palmex de Marieville. L'ancien propriétaire, lui aussi français, reste dans l'entreprise deux ans, mais les ordres viennent beaucoup de l'Hexagone.


«Les conseillers de la maison mère française partageaient leur expertise avec nous, mais celle-ci s'adaptait mal au Québec en raison de différences importantes, notamment sur le plan climatique, explique Benoît Cuchet. En Europe, par exemple, les canards sont élevés à l'extérieur, ce qui est impossible au Québec en raison du froid. Ça change beaucoup de choses pour nous. Heureusement, l'ancien propriétaire nous a aidés à conserver la culture de l'entreprise et à surmonter ces différences. Il nous donne d'ailleurs encore aujourd'hui des conseils sur la production animale.»


Benoit Cuchet
Benoit Cuchet, de Rougié Foie Gras


Ces différences n'ont pas empêché Euralis de faire de son projet nord-américain un franc succès. La production de cette entreprise fondée en 1989 a explosé, passant de 70 000 à 220 000 canards par année. Elle compte une cinquantaine d'employés et vend ses produits partout en Amérique du Nord et un peu en Amérique latine, aux Caraïbes, voire occasionnellement en Asie.


«Il faut beaucoup plus de connaissances et d'argent à un immigrant entrepreneur pour reprendre une entreprise que pour en créer une de toutes pièces», lance d'entrée de jeu Manaf Bouchentouf, directeur de l'incubateur EntrePrism de HEC Montréal. Ce programme vise notamment à utiliser l'entrepreneuriat comme outil d'intégration sociale et économique au Québec.


Encore très peu d'entrepreneurs immigrants viennent reprendre des entreprises au Québec, selon M. Bouchentouf. Quand ils le font, il s'agit très souvent d'entreprises détenues par un propriétaire de la même origine ethnique, notamment dans les secteurs de la restauration ou de l'hôtellerie.


«C'est difficile de repérer des occasions de transfert d'entreprise à partir de l'étranger, ajoute M. Bouchentouf. Les cédants s'affichent rarement publiquement et les entrepreneurs immigrants ont généralement peu de réseaux d'affaires au Québec, en dehors de celui de leur communauté culturelle. Le Québec ne fait pas de représentation systématique pour le transfert d'entreprise à l'étranger. Il courtise plutôt des investisseurs ou des entrepreneurs souhaitant créer leur entreprise.»


Manaf Bouchentouf
Manaf Bouchentouf, de ­HEC ­Montréal


Ces immigrants entrent généralement au Québec par l'entremise des programmes d'immigrants investisseurs ou d'immigrants entrepreneurs, qui ne sont pas tout à fait adaptés aux réalités d'un transfert d'entreprise. De 2009 à 2013, le Québec a accueilli 845 immigrants entrepreneurs et 15 414 immigrants investisseurs, pour un total de 9 % des immigrants.


Ceux qui rêvent de racheter une entreprise se heurtent aussi au financement, puisqu'ils n'ont ni historique ni dossier de crédit au pays. Cela complique l'étape du montage financier. «Les entrepreneurs immigrants souhaitant racheter des entreprises ont un net besoin d'encadrement, ce qui n'existe pas présentement», conclut Manaf Bouchentouf.


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