L'intelligence artificielle touchera tout le monde... mais différemment

Offert par Les Affaires


Édition du 30 Septembre 2017

L'intelligence artificielle touchera tout le monde... mais différemment

Offert par Les Affaires


Édition du 30 Septembre 2017

Par François Normand

[Photo : 123RF]

DOSSIER INTELLIGENCE ARTIFICIELLE - Mon emploi est-il menacé ? C'est la question que nous nous posons tous avec la montée de l'intelligence artificielle (IA). La réponse est «peut-être». Rassurons-nous toutefois collectivement : l'apocalypse n'aura pas lieu. L'IA révolutionnera le monde du travail. Des tâches évolueront, des emplois disparaîtront, mais de nouveaux postes seront créés, et il y aura des bénéfices pour la société. Voilà la conclusion de la plupart des études importantes publiées sur le sujet.


Le concept d'IA ne date pas d'hier. En 1956, des scientifiques américains avaient travaillé au Darmouth Summer Project, au New Hampshire, qui est vu comme le premier pas de l'intelligence artificielle en tant que champ de recherche. À l'époque, ils avaient étudié comment les machines pourraient utiliser le language, élaborer des concepts et résoudre des problèmes propres aux humains. Des progrès notoires ont été observés depuis, comme la victoire du superordinateur Deep Blue sur le champion du monde des échecs, Garry Kasparov, en 1997.


Aujourd'hui, l'IA s'est implantée dans nos vies quotidiennes, fait remarquer André Vellino, professeur à l'École des sciences de l'information de l'Université d'Ottawa. «Facebook, Google, Netflix et Amazon s'en servent pour analyser ce que nous aimons à partir des réseaux sociaux et des données que nous donnons volontairement sur Internet.», dit-il.


Ce n'est qu'un début. Dans les prochaines années, l'intelligence artificielle s'étendra à l'ensemble des sphères de l'économie, prévoient les spécialistes.


Quels sont les secteurs qui seront touchés positivement ou négativement ? Difficile de donner une réponse tranchée à cette question. En effet, comme toute innovation technologique, l'IA n'est ni bonne ni mauvaise en soi, fait remarquer Julien Lévy, directeur de la Chaire AXA stratégie digitale et big data à HEC Paris. «Les points de vue peuvent être légitimement différents sur ce qui est positif et négatif, dit-il. Par exemple, une plateforme comme Uber est désastreuse pour les chauffeurs de taxi, alors que des milliers d'auto-entrepreneurs y trouvent un emploi.»


La voiture autonome en est un exemple. À terme, elle sonnera le glas des chauffeurs de taxi, sans parler des camionneurs, voire des pilotes d'avion, affirment les experts. En même temps, elle réduira le nombre d'accidents, qui sont à plus de 90 % attribuables à l'erreur humaine.


Les secteurs qui seront le plus touchés


Les industries à forte intensité de données sont celles qui adopteront le plus rapidement les systèmes d'intelligence artificielle, selon une récente étude de Marchés mondiaux CIBC («Rage Against The [AI] Machine»). «Ces systèmes leur permettront d'automatiser leur entreprise, d'améliorer leur efficacité et de faire des gains de productivité», écrivent les analystes Stephanie Price et Varun Choyah.


Ces industries sont celles de la santé, des véhicules autonomes, du commerce de détail, de la cybersécurité, de l'entreposage et de l'internet des objets, sans parler des drones et du secteur manufacturier. D'autres secteurs seront des early adopters, soutient une étude de l'Université Stanford («Artificial Intelligence and Life in 2030»). Il s'agit du transport, des services d'entretien à la maison, de l'éducation, des services aux communautés pauvres, de la sécurité publique et du divertissement.


Dans tous les cas, l'intelligence artificielle aura un impact majeur sur le marché du travail. Pour la plupart d'entre nous, elle remplacera des tâches routinières plutôt que des emplois, affirment des études publiées par McKinsey & Co («A Future That Works : Automation, Employment and Productivity») et l'Organisation de développement et de coopération économiques («The Risk of Automation for Jobs in OECD Countries»).


Le hic, c'est que l'on trouve ces tâches routinières dans la plupart des secteurs de l'économie, par exemple l'hôtellerie, la restauration, le manufacturier, le transport, l'entreposage, le commerce de détail, les mines, la construction et les services publics. On les observe aussi dans des secteurs à plus haute valeur ajoutée, comme la finance, l'assurance, l'administration, l'information, la santé ou la gestion.


Ceux qui sont le plus à risque


Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce ne sont pas les travailleurs peu qualifiés qui sont le plus à risque, mais ceux qui sont moyennement qualifiés. Pourquoi ? Parce qu'ils coûtent plus cher que les premiers. D'ici cinq ans, Deutsche Bank a par exemple l'intention de couper 9 000 de ses 100 000 emplois directs et 6 000 de ses 30 000 employés contractuels en raison des progrès de l'automatisation.


«Notre banque emploie des gens qui se comportent comme des robots en faisant des tâches mécaniques. Demain, nous aurons des robots qui se conduiront comme des humains», indiquait récemment au Financial Times le grand patron John Cryan.


Selon plusieurs spécialistes, les effets économiques de l'intelligence artificielle sur le marché du travail pourraient être similaires à ceux de l'automatisation et de la robotique sur les humains dans le secteur manufacturier.


Par exemple, de 2000 à 2010, les États-Unis ont perdu quelque 5,6 millions d'emplois manufacturiers manuels. Selon une étude de la Ball State University, 85 % de ces pertes sont attribuables aux changements technologiques.


Ainsi, à long terme, une partie de la population active pourrait perdre des emplois dits cognitifs bien payés.


Même une discipline comme la médecine pourrait être grandement touchée, selon Julien Lévy. «Aujourd'hui, les logiciels peuvent faire des analyses de radio ou d'IRM [imagerie par résonance magnétique] aussi bien qu'un radiologue. Demain, ils seront meilleurs», dit-il.


À ses yeux, tous les métiers qui s'appuient sur une expertise acquise par l'expérience de nombreuses situations sont directement menacés par l'intelligence artificielle. «Cela ne signifie pas qu'il n'y aura plus de médecins, mais que toute une partie des actes médicaux sera traitée par les machines. Celle-ci passe par l'analyse systématique du génome des patients, que seule l'informatique a la capacité de faire», précise-t-il.


Collaboration accrue entre humains et systèmes d'IA


La Maison-Blanche a publié l'an dernier une étude («Preparing for the Future of Artificial Intelligence») qui donne un exemple concret de la manière dont la combinaison du travail humain et de l'IA peut procurer des gains d'efficacité. Des images de cellules ganglionnaires ont été présentées à un pathologiste et à un système basé sur l'intelligence artificielle. L'humain et la machine devaient déterminer si les cellules étaient cancéreuses ou non.


Eh bien, l'humain a eu un taux d'erreur de 3,5 %, deux fois plus faible que celui de l'IA, à 7,5 %. Cependant, quand on a combiné les deux approches, ce taux a chuté à 0,5 %.


Richard Zemel, professeur à la Faculté des sciences informatiques de l'Université de Toronto et directeur de la recherche à l'Institut Vector pour l'intelligence artificielle, croit aussi que la collaboration humain-IA a beaucoup de potentiel. «Il y aura probablement de nombreuses créations de postes dans les domaines où les humains et les machines peuvent interagir afin d'être tous les deux plus efficaces», dit-il.


Par exemple, en droit, il y aura probablement davantage d'algorithmes basés sur l'IA qui pourront aider les avocats dans leur travail, notamment pour documenter et analyser plus efficacement la jurisprudence et la preuve.


Du reste, il faut mettre les choses en perspective. Chaque révolution technologique élimine et crée des emplois, selon les spécialistes. Dans les années 1990, avait-on la moindre idée du nombre de postes qui émergeraient dans les domaines du Web et des réseaux sociaux ?


D'ailleurs, dans une récente étude («Emerging Technologies' Impact on Society & Work in 2030»), Dell Technologies et l'Institute for the Future estiment que 85 % des métiers qu'on exercera en 2030 n'existent même pas encore.


Une estimation qui donne le vertige. Elle illustre le défi immense auquel il faudra faire face pour scolariser et former les jeunes qui entreront sur le marché du travail, mais aussi les travailleurs qui perdront leur emploi en raison de l'IA.


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