Une industrie agricole prospère

Offert par Les Affaires


Édition du 27 Octobre 2018

Une industrie agricole prospère

Offert par Les Affaires


Édition du 27 Octobre 2018

Par Pierre Théroux

Laval est l’une des rares grandes villes québécoises où la vie urbaine côtoie de si près une zone agricole, qui couvre d’ailleurs environ 30 % de son territoire.

Côtelette, gigot, jarret, viande d'agneau haché : la campagne lavalloise, à deux pas de Montréal, compte maintenant un élevage d'agneaux sans cesse grandissant dont les produits transformés peinent à suffire à la demande.


«Les ventes augmentent chaque année. On a même des listes d'attente pour certains produits», souligne Donald Beaulieu, cofondateur de la ferme Agneaux de Laval, qui s'est lancé dans cette aventure il y a près de 10 ans. «À l'époque, on entendait de plus en plus parler d'agriculture de proximité», se rappelle-t-il.


Fils de maraîcher, M. Beaulieu cultive sa propre terre depuis près de 30 ans. À 21 ans, après avoir suivi une formation en horticulture au Jardin botanique de Montréal, il lançait les Serres Beaulieu, qui sont devenues aujourd'hui un centre jardin qui vend des arbres, des plantes et des fleurs, de l'engrais, du paillis et des outils pour l'entretien du jardin.


Les ventes de produits horticoles à faible prix que l'on trouve dans les grandes chaînes de rénovation ou chez Walmart ont toutefois engendré une forte concurrence et une baisse des revenus pour l'entreprise au fil des ans. M. Beaulieu décide alors de diversifier ses activités et ainsi faire l'élevage d'agneaux. Il achète une vingtaine de femelles Arcott Rideau, une race canadienne réputée prolifique et maternelle.


«Ça nous permet d'avoir une bonne production et, comme elles ont de meilleures aptitudes à élever des agneaux, de réduire les risques de mortalité», explique-t-il.


L'entreprise, qui compte 200 bêtes, commercialise depuis trois ans seulement ses produits à sa ferme du quartier Saint-François, situé à l'extrémité est de l'île Jésus et principalement constitué de champs agricoles et de boisés. Elle prévoit ouvrir un autre point de vente dans le quartier Sainte-Dorothée, le printemps prochain, et augmenter le troupeau à 500 têtes au cours des prochaines années.


«Ça nous prend plus de volume pour générer des profits», souligne M. Beaulieu, en précisant que l'agneau et les autres produits du terroir vendus à la ferme représentent maintenant 50 % des revenus de l'entreprise. «On se demande même si on va poursuivre encore longtemps la vente des produits horticoles», dit-il.


Un territoire 30 % agricole


M. Beaulieu perpétue ainsi la tradition de sa famille, qui cultive la terre à Laval depuis 1754. «Mes ancêtres sont arrivés ici par bateau à la pointe de l'île», souligne-t-il. Or, malgré la prolifération de ses quartiers résidentiels toujours en expansion et ses centres commerciaux bien visibles, Laval est l'une des rares grandes villes québécoises où la vie urbaine côtoie de si près une zone agricole, qui couvre d'ailleurs environ 30 % de son territoire.


«Presque tous les résidents de Laval sont à 15-20 minutes d'un agriculteur qui vend ses produits», note M. Beaulieu.


Avec ses quelque 120 exploitations agricoles et un réseau d'une cinquantaine de kiosques à la ferme qui génèrent des recettes de plus de 65 millions de dollars, l'agriculture s'est intégrée à l'activité urbaine de cette troisième ville en importance au Québec et reste un acteur important de sa vigueur économique.


La production de légumes (33,3 M$) et l'horticulture ornementale (29,6 M$) dominent le paysage agricole. La ferme Lufa, qui convertit des toits d'édifices en fermes hydroponiques, a par ailleurs implanté sa deuxième serre à Laval en 2013.


Un Parc d'innovation agricole


Afin de mieux faire connaître ses produits auprès de la population, la Table de développement agroalimentaire de Laval, lancée en 2017, a mis de l'avant la marque de commerce Saveurs de Laval.


La Ville mise également sur la présence de plus de 80 entreprises de transformation alimentaire, qui emploient quelque 2 000 personnes, dont Les Aliments Lesters, Berthelet, Les Aliments Whyte's, Produits alimentaires Viau et de plus jeunes pousses comme GoGo Quinoa et Breuvages Gingo.


La Ville entend même développer encore plus ses terres agricoles, qui sont en friche et n'appartenaient plus à des agriculteurs. «Même si 30 % du territoire est zoné agricole, seulement 50 % de ces terres sont vraiment cultivées. On veut augmenter ce ratio à 60 % et développer de nouveaux produits», dit Marc Tremblay, directeur général adjoint au service de développement économique de Laval.


Pour ce faire, la Ville a acquis, ces dernières années, plus de 1 400 lots agricoles afin de créer une banque de terres et les remettre en culture. Elle a récemment entrepris la mise en oeuvre d'un Parc d'innovation agricole de 38 hectares dans le secteur Saint-François qui, outre des entreprises agricoles, accueillera aussi un incubateur pour des projets de relève et servira de «laboratoire pour de nouvelles technologies ou différents types de culture», dit M. Tremblay.


Une première entreprise, la Boîte Maraîchère, y a implanté, au début de 2017, ses complexes de production de légumes feuilles, de fruits et de fines herbes, construits à partir de plusieurs conteneurs recyclés.


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