Ce qu'il faut savoir sur les anges investisseurs

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Janvier 2017

Ce qu'il faut savoir sur les anges investisseurs

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Édition du 28 Janvier 2017

[Photo : 123RF]

Pour financer la commercialisation de son logiciel de gestion des programmes d’incitatifs pour employés, Greatify a d’abord cogné aux portes des fonds de capital de risque. Mais elle n’avait pas assez de revenus pour les intéresser. Ce sont des anges qui l’ont finalement aidée.


En septembre dernier, Anges Québec et son fonds d’investissement Anges Québec Capital ont injecté un million de dollars dans la PME de Québec fondée en 2015.


« Toutes les entreprises qui viennent nous voir ne font pas de profits et environ le tiers d’entre elles n’ont même pas de revenus, souligne le président-directeur général d’Anges Québec, François Gilbert. Elles n’ont pas pu trouver du financement ailleurs. Les entreprises en démarrage, c’est notre univers. »


« Les anges sont des entrepreneurs, pas des professionnels de l’investissement, dit Thierry Poitras, président et fondateur de Greatify. Ils comprennent notre réalité, ils sont passés par là. »


Anges Québec regroupe près de 150 investisseurs privés, mais ce n’est pas le seul endroit où en trouver. Beaucoup font cavalier seul. On les repère grâce à des contacts personnels, à des comptables et à des avocats qui ont des clients fortunés. Certains aussi sont inscrits sur la plateforme Carrefour Capital qui a pour mission de mettre en relation anges et entrepreneurs.


C’est justement par le biais de Carrefour Capital que Patrick Lemieux a trouvé un entrepreneur de Montréal à la retraite qui a mis 90 000 $ dans Akitig, son entreprise de culture de champignons shiitakés biologiques sur billots de bois située à Mont-Laurier. L’investissement a été réalisé en novembre dernier en échange de 13,5 % des parts. Auparavant, l’homme d’affaires, qui vise une production annuelle de 60 tonnes de champignons dans sa nouvelle bâtisse de 9000 pieds carrés, avait obtenu un financement de 110 000 $ d’un investisseur privé de son entourage.


Chez Anges Québec, les anges investissent environ 50 000 $ dans chacune des entreprises qu’ils soutiennent. Chaque financement réunit en moyenne 12 anges. Mais Greatify, elle, en a 22 !


De l’argent et du temps


En général, les anges offrent plus que de l’argent. Ils offrent aussi du temps. Ils ont des contacts dans le monde des affaires et une expérience dont l’entreprise peut profiter.


« Nos anges veulent investir et s’investir parce que la seule façon d’avoir du rendement, c’est que l’entreprise prenne de la valeur, explique François Gilbert. Pour chaque investissement, deux anges leads travaillent plus étroitement avec les entrepreneurs. Ils ne dirigent pas à leur place. Ils sont là pour aider et conseiller. »


Par exemple, Greatify a bénéficié des conseils d’un de ses anges pour l’embauche et le programme de rémunération de ses vendeurs.


« Les anges ont une relation plus personnelle avec les entrepreneurs qu’un fonds de capital de risque, dit l’avocat en droit des affaires François St-Arnaud. Ils peuvent appeler chaque semaine, passer à l’improviste. Ce sont leurs économies qu’ils investissent dans une personne ou un groupe de personnes ! »


D’où l’importance de s’assurer d’être sur la même longueur d’onde avant de conclure l’entente. « C’est un mariage d’intérêts et de gens », rappelle Patrick Lemieux, d’Akitig, qui a déjà écarté des investisseurs dont la vision était trop éloignée de la sienne. Même expérience chez Judith Fetzer, présidente de Cook It, un service de repas prêts à cuisiner livrés à domicile. « J’ai rencontré un ange financier qui avait des idées bien arrêtées sur l’entreprise. Il voulait changer plein de choses, avoir un bureau sur place. Ce n’est pas ce que je cherche. »


Par ailleurs, Me St-Arnaud recommande aux jeunes pousses de ne pas vendre plus de 30 % des parts, sinon « il leur sera difficile d’aller chercher d’autre financement sans perdre le contrôle ».


Des comptes à rendre


Les anges veulent habituellement être représentés au conseil d’administration. Chez Anges Québec, c’est d’ailleurs une exigence dans presque tous les dossiers.


« C’est tout un apprentissage, dit Thierry Poitras. Il faut répondre à des questions, produire des états financiers mensuels. Cela nous oblige à mieux nous structurer, à planifier et à approfondir la réflexion stratégique, ce qui est positif pour l’entreprise. Par contre, le patron, c’est le CA. Les grandes décisions se prennent là. Le CA pourrait même décider de me remplacer si je ne faisais pas du bon travail ! Il faut être capable de vivre avec ça. »


Normal que le financement vienne avec des contraintes. L’objectif des anges est de récupérer cinq à dix fois leur mise sur un horizon de 4 à 7 ans. Mais si l’entreprise échoue, ils perdent tout.


Font-ils des pressions pour obtenir un rendement plus rapide ? François Gilbert affirme que toutes les sorties des anges depuis la fondation d’Anges Québec en 2008 ont été initiées par les entrepreneurs eux-mêmes. « Ils vendent l’entreprise pour faire leur argent, puis ils en lancent une autre. »


Quoi qu’il en soit, il faut tout de même prévoir que les anges voudront un jour se retirer. Si les dirigeants n’arrivent pas à racheter leurs actions à leur juste valeur marchande, ils pourraient devoir vendre l’entreprise.


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