L’exploration stagne malgré la baisse des coûts de forage

Publié le 31/05/2015 à 06:00

L’exploration stagne malgré la baisse des coûts de forage

Publié le 31/05/2015 à 06:00

Le secteur minier traverse un creux de vague. Le financement est anémique, les foreuses tournent au ralenti et le territoire exploré se ratatine comme une peau de chagrin.


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Cela ne veut pas dire que plus rien ne se fait : les sociétés d’exploration, qui il y a quatre ou cinq ans levaient des sous en claquant des doigts, s’adaptent comme elles peuvent à cette nouvelle donne, revoient certaines de leurs habitudes, se préparent à des années de vache maigre. Car, en ces temps nuageux, rien n’indique un dégagement à court terme.


La seule et unique bonne nouvelle qui ressort de ce tableau, c’est que le coût au mètre de forage a entrepris sa redescente, à moins de $140 le mètre –mais c’est loin d’être assez pour relancer le secteur.


Les investissements en panne


Peu importe où l’on regarde, les chiffres racontent tous la même histoire. D’abord, les investissements en exploration et mise en valeur sont passés de 834 M$ en 2011 à 272 M$ en 2014 selon les données provisoires, soit une chute vertigineuse de 67 % en l’espace de trois ans.


Les titres miniers actifs ensuite, qui ont chuté à près de 150 000, ne couvrent plus qu’une superficie totale de 7,14 millions d’hectares, contre 11,4 en 2010. « On perd 3000 claims par mois sur le territoire », estime Valérie Fillion, directrice générale de l’Association d’exploration minière du Québec (AEMQ). « Les compagnies n’ont pas les moyens de les garder actives, alors elles en laissent tomber. »


« Depuis les années 1970, il est extrêmement rare de voir une baisse aussi forte », estime d’emblée Michel Jébrak, professeur titulaire de la Chaire en entreprenariat minier UQAT-UQAM. « Le gouvernement a toujours réussi à maintenir l’intérêt du Québec en termes d’exploration minière. »


Deux facteurs expliquent la débâcle, selon lui. D’abord, la chute des investissements, due à la baisse du cours des métaux. Ensuite, la réputation du Québec, qui a été quelque peu « ternie » dans les deux ou trois dernières années.


Mais au final, ce sont les forages eux-mêmes qui témoignent le mieux de la profondeur de la crise. Car comme le rappelle Éric Lemieux, analyste mines et exploration chez PearTree Securities : « Quand on ne fait pas de forage, on ne fait pas de découverte. » Or, il ne s’est foré au Québec que 707 312 mètres en 2014, contre 2 167 000 en 2011 –une chute de 67 % qui reflète, presqu’au mètre près, celle des investissements.


« Garder les lumières allumées »


On compte quelque 300 sociétés d’exploration au Québec. De ce nombre, 200 sont « vraiment plus actives », précise l’AEMQ, dont une centaine sont des PME québécoises –les autres sont basées en Colombie-Britannique ou en Ontario. L’exploration emploierait entre 2000 et 3000 personnes directement, quoique ce nombre varie grandement selon les cycles miniers.


Quel est le portrait de ces sociétés actuellement? Elles sont bel et bien en mode survie, mais on est loin de l’hécatombe, estime Mme Fillion. « On n’a pas vu de radiation », précise-t-elle. « Quelques-unes sont en hivernation, d’autre sous la protection de la Loi sur la faillite, mais pas tant que ça. » C’est notamment le cas de Mines Aurbec, une filiale de Maudore mise en faillite en janvier 2015.


Par contre, beaucoup sont occupées à simplement « garder les lumières allumées », c’est-à-dire à défrayer leurs coûts fixes. Pour bien fonctionner, une société publique de trois employés a besoin de $500 000 par an, selon l’AEMQ.  « En bas de $300 000, ils sont en mode survie », précise-t-on. Et on ne parle des travaux.


Cette difficulté témoigne de la rareté des hard dollars, c’est-à-dire des financements par actions non-accréditives qui, contrairement aux financements accréditifs, peuvent être affectées aux coûts fixes.


« Le régime d’actions accréditives rend le financement dans le sol plus facile que n’importe où ailleurs au Canada », note Darin Wagner, président et chef de direction de Balmoral Resources. « Le vrai défi, ce sont les hard dollars, l’argent déboursé pour couvrir les frais généraux. Il existe des opportunités de financement pour les travaux dans le sol, mais il faut qu’elles soient suivies de financements non-accréditifs si on veut garder la lumière allumée et les employés rémunérés. »


Dans le budget 2015-2016, le gouvernement du Québec a décidé d’inclure dans les frais d’exploration les dépenses liées aux évaluations environnementales et aux consultations avec les communautés, qui pourraient ainsi devenir éligibles au financement accréditif. Par contre, on attend encore les règlements. « C’est dans le budget mais il faut qu’il les définisse, ces dépenses », dit Mme Fillion.


Un retour de balancier?


Pour M. Jébrak, il est clair que les sociétés ne peuvent plus espérer prospérer avec 500 000 $ par an. « Les coûts légaux et structuraux ont beaucoup augmenté et donc le burning rate aussi », croit-il. Selon Mme Fillion, la proportion des frais d’administration dans les dépenses totales a grimpé jusqu’à accaparer 50 % des budgets. « Avant, 80 % allaient dans les travaux et 20 % en administration. Il y a quelque chose là-dedans! »


M. Lemieux ne croit pas à la thèse de l’augmentation des frais tous azimuts, mais plutôt à un juste retour de balancier. « Dans les belles années, peut-être avait-on l’habitude de se payer des gros salaires », dit-il. « Je ne veux pas dire qu’il y avait de l’abus, mais il faut quand même faire la réflexion : on roulait sur l’or et on ne regardait pas trop les frais administratifs. Aujourd’hui, on se rend compte de l’importance d’avoir un plan d’affaires maigre afin de se concentrer sur les choses importantes. »  


Un avis que partage M. Wagner. « Un peu de désherbage, c’est toujours sain », dit-il. « En 2010, lorsque les prix des métaux atteignaient des hauteurs atmosphériques, on se disait que même les dindes allaient bientôt voler. »


Certaines sociétés se sont également éparpillées sur plusieurs propriétés, multipliant les ententes d’options –et donc leurs obligations financières. « On risque moins de voir des ententes cowboys, lorsque les sociétés étaient prêtes à tout pour acquérir des claims dans des secteurs d’intérêt », dit M. Lemieux.


Aujourd’hui, il est devenu extrêmement difficile de trouver des partenaires ayant suffisamment de capitaux pour poursuivre les travaux. Dans le cas de la propriété N1-N2, il a fallu deux ans à Balmoral pour dénicher un partenaire! Quant à Adventure Gold, son partenaire Ressources GFK vient de lui demander un sursis de 18 mois pour mener ses travaux sur sa propriété de Casa-Berardi.


Le plancton dans la mer


Une chose demeure constante toutefois : au Québec, les PME mènent 85 % des travaux d’exploration et de mise en valeur hors site. Les minières, elles, préfèrent explorer sur des sites existants et attendre de voir ce que les plus petites trouveront.


C’est justement ce modèle-là qui est actuellement menacé. « Traditionnellement, les juniors agissent comme des pépinières, qui font les découvertes et les vendent », rappelle Anand Beejan, associé et leader secteur minier à Raymond Chabot Grand Thornton.


Or, la frilosité des marchés financiers rend de plus en plus difficile les expéditions hors site, jugées plus risquées. « La pure exploration, on en voit de moins en moins. En termes de risque, c’est plus simple d’explorer sur des sites existants. Mais si on continue avec ce modèle, les mines vont s’épuiser. On ne peut pas miner toujours aux mêmes places! »


Éric Lemieux croit qu’il faut préserver la « diversité » des PME. « Les juniors, c’est le plancton, la base de la chaine alimentaire », illustre-t-il. « Les baleines s’en nourrissent de temps en temps, mais il faut toujours l’avoir dans la mer. » Il cite en exemple la prise de participation récente par Agnico-Eagle de 20 % du capital-actions de Pershimco Resources, une société d’exploration qui a su mettre en valeur son projet aurifère de Cerro Quema, au Panama.


M. Lemieux avoue toutefois s’être attendu à davantage d’ententes entre minières et sociétés d’exploration. « On n’a pas vu autant d’ententes que dans d’autres juridictions », déplore-t-il. « Mais c’est partie remise. Il faut être conscient qu’on a été un peu moins attirant et les sociétés ont eu moins de chances de se démarquer, mais j’ai bon espoir qu’avec le temps, on va y remédier. »


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