Des ressources de plus en plus ciblées

Offert par Les Affaires


Édition du 15 Octobre 2016

Des ressources de plus en plus ciblées

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Édition du 15 Octobre 2016

[Photo : 123RF/frannyanne]

Avec 144 organismes d'accompagnement des entreprises en 2015 et d'autres qui voient le jour régulièrement, l'écosystème de l'entrepreneuriat n'a jamais été aussi foisonnant au Québec. Une situation à double tranchant : c'est un signe de vitalité, et la diversité permet de toucher tous les besoins des entrepreneurs ou presque. Cependant, le nombre de ressources contribue à rendre l'ensemble flou.


Retour au dossier Entrepreneuriat : des ressources, il y en a!


Rationalisation, clarification, spécialisation et travail en partenariat : ces mots sont sur toutes les lèvres des spécialistes consultés dans le cadre de cet article pour améliorer la performance de l'accompagnement auprès des entreprises.


«L'écosystème est pertinent et mature, mais pas encore cohérent.» Le constat de Manaf Bouchentouf, directeur de l'Accélérateur de l'Institut d'entrepreneuriat Banque Nationale - HEC Montréal, résume la situation transposée dans une cartographie des organismes établie par HEC Montréal pour recenser toutes les aides à l'entrepreneuriat disponibles au Québec.


L'écosystème est «pertinent», car les besoins sont là. «Il y a pléthore d'offres aujourd'hui, alors qu'il n'existait pas grand-chose il y a quelques années à peine. Le foisonnement répond à des besoins. C'est un beau problème d'avoir trop d'initiatives», juge Géraldine Martin, directrice de l'entrepreneuriat au Service du développement économique de la Ville de Montréal.


Devant tant d'offres, difficile d'avoir un système cohérent. «Il y a tellement d'acteurs que c'est impossible qu'il n'y ait pas de doublons», dit Marie-Ève Proulx, directrice du Centre Transfert et Impact à l'École d'entrepreneurship de Beauce (EEB). Mais le problème principal réside dans le fait que «c'est difficile pour les entrepreneurs de s'y retrouver. Ça prend du temps avant de savoir à quelle porte frapper. Comme oser demander de l'aide n'est pas toujours naturel pour un entrepreneur - même si la génération de la relève semble différente sur ce point -, ça n'arrange pas les choses», poursuit Marie-Ève Proulx.


«Certains entrepreneurs ne demandent pas d'aide parce que, comme l'offre est trop vaste, ils ne savent pas par quoi commencer», confirme Manaf Bouchentouf.


«Le nombre d'entrepreneurs qui ont recours aux organismes n'est pas élevé. La méconnaissance de l'offre est un des facteurs qui expliquent ce chiffre. Par quelle porte entrer dans l'écosystème ? Ce n'est pas clair, d'autant plus que l'offre peut changer selon les régions. On ne sait pas toujours qui fait quoi», constate Mme Proulx.


En 2012, selon l'Indice entrepreneurial, seulement 15 % des propriétaires d'entreprise et 31 % des personnes qui ont entrepris des démarches de création d'entreprise avaient fait appel à un organisme d'accompagnement. Parmi eux, 65 % ont été satisfaits.


Géraldine Martin, directrice de l’entrepreneuriat au Service du développement économique de la Ville de Montréal.

Rationalisation des ressources


Toutefois, l'écosystème est mature : il existe depuis de nombreuses années. De plus, on assiste à un mouvement de rationalisation. La disparition des Centres locaux de développement (CLD) en 2014-2015, voulue par le gouvernement, a lancé le coup d'envoi au mouvement. Chaque région a dû mener une réflexion pour réorganiser son soutien au développement économique. La Ville de Montréal a créé, à la fin de 2015, PME MTL, un organisme déployé sur six pôles (avec 86 employés), qui a remplacé les 18 CLD implantés sur le même territoire auparavant. «Cela a été l'occasion de clarifier l'offre. On avait moins de financement du gouvernement, et comme on voulait préserver le budget consacré aux entreprises, on a dû faire des choix d'activités», explique Géraldine Martin.


PME MTL continue donc d'offrir du financement aux entreprises, avec une enveloppe de 35 millions de dollars en prêts, et de l'accompagnement. «Mais on a abandonné le volet formation. Celui-ci sera assuré par la future École des entrepreneurs de Montréal qui sera créée par le SAJE avec le soutien de la Ville», poursuit la directrice.


Nathaly Riverin, présidente et chef de la direction de Femmessor, estime qu'il faut aller plus loin. Selon elle, «cette industrie doit être évaluée par rapport à sa performance vis-à-vis du client sur le modèle d'une entreprise privée».


Femmessor est d'ailleurs en train de mettre en place un sondage de satisfaction auprès des femmes qui ont bénéficié d'accompagnement par l'organisme.


En attendant une mesure de la performance, l'écosystème gagne en cohérence grâce aux efforts de rationalisation, à la complémentarité des organismes et à leur capacité nouvelle à travailler ensemble. Il «tend à se spécialiser», constate Rina Marchand, directrice principale, contenus et innovation de Réseau M.


C'est exactement ce qu'a réalisé la Fondation de l'entrepreneurship, à l'origine généraliste, qui s'investit depuis 2000 dans le mentorat, au point d'abandonner tous ses autres services.


Mentorat, soutien aux femmes, financement, croissance, exportation... «Les organismes sont aujourd'hui très nichés», reconnaît Christian Perron, directeur général de PME Montréal centre-ville.


En réseau plutôt qu'en concurrence


Or, la spécialisation ouvre la voie au partenariat. «Moins d'organismes font la même chose qu'avant. On travaille donc davantage en tant que partenaires, plutôt que de se voir comme des concurrents», affirme Nathaly Riverin.


Femmessor vient également de rationaliser son organisation en fusionnant ses 18 branches régionales afin de «former un ensemble et de mettre en commun certains départements tels que la comptabilité ou l'administration».


«Travailler en mode réseau est le principal enjeu aujourd'hui, souligne Manaf Bouchentouf. Il manque une porte d'entrée à l'écosystème, mais la solution n'est pas forcément de mettre en place un guichet unique. Il faudrait surtout qu'il y ait plus de cohésion entre tous ces organismes afin qu'ils parlent le même langage.»


Selon lui, «cela passerait peut-être par la création d'une association qui rassemblerait tous les acteurs afin qu'ils se connaissent et puissent diriger le demandeur vers la bonne ressource selon ses différents besoins». Une habitude qui débute dans le milieu.


Rina Marchand et Pierre Duhamel, directeur général de la Fondation de l'entrepreneurship, voient d'un bon oeil la formation d'agrégateurs. PME MTL entend jouer ce rôle. «On veut que les entrepreneurs viennent nous voir pour les adresser à la bonne ressource. Le modèle de PME MTL est basé sur le partenariat plutôt que de recréer des choses qui existent déjà», précise Géraldine Martin.


PME MTL jouera d'ailleurs le rôle de relais de Femmessor : les demandeurs d'aide à cet organisme de soutien à l'entrepreneuriat féminin pourront remplir leur dossier dans les locaux de PME Montréal lorsque celui-ci aura jugé que les critères de sélection auront été respectés.


Dans l'écosystème, Femmessor se considère également comme un agrégateur. «Nous avons clairement reçu du gouvernement le mandat de l'entrepreneuriat féminin avec le fonds de 19 M$ mis en place récemment, dit Nathaly Riverin. On connaît bien l'offre et on fait du coréférencement. On travaille en partenariat avec les autres organismes de soutien aux femmes, qui sont souvent dans des créneaux un peu différents.»


Et les structures privées ?


Dans l'écosystème, en cours de structuration, il manque tout de même un acteur de premier plan, selon Marie-Ève Proulx : l'entreprise privée. La plupart des organisations sont des organismes à but non lucratif qui dépendent beaucoup des subventions, même si les coupes budgétaires gouvernementales en ont forcé plus d'un à trouver de nouvelles sources de financement complémentaire ou à ajuster leurs activités.


«On avait un écosystème très subventionné, indique Nathaly Riverin. Or, il y a de la place pour que ces organismes subviennent à leurs besoins, car on peut aujourd'hui demander aux clients de payer.


«En effet, la professionnalisation des chefs d'entreprise les rend conscients de la nécessité de recevoir de la formation, et le système de financement des entreprises fait qu'elles ont des fonds à disposition tout au long de leur vie», ajoute-t-elle.


Mais l'écosystème est encore fragile sur ce plan : chaque organisme ne se sent pas encore toujours assuré dans son rôle exclusif, et l'arrivée de projets privés pourrait amener des redondances. Si bien qu'ils ne sont pas toujours acceptés facilement, comme en a fait l'expérience Stéphanie Fernandes qui a créé l'année dernière le Centre Leaders au Féminin, un organisme privé d'accompagnement auprès des femmes entrepreneures. Si, en théorie, il y a de la place pour des structures comme la sienne, celles-ci peuvent se buter à des obstacles. «On me voit comme de la compétition plutôt que comme un partenaire, parce que j'offre des formations à moindre coût», regrette Mme Fernandes.


Pourtant, le concept d'entraide entre entrepreneurs est à la base de nombreux concepts, dont le mentorat et l'École d'entrepreneurship de Beauce qui fait venir des entrepreneurs pour partager leur expérience avec de plus jeunes.


L'écosystème continuera sûrement de franchir d'autres étapes avant que tous les acteurs n'aient trouvé leur place et ne contribuent à faire grandir les entreprises québécoises qui restent encore trop souvent de petites tailles.


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