Les trois filons insoupçonnés du Québec

Offert par Les Affaires


Édition du 08 Septembre 2018

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Par Alain McKenna

L’électrification des transports illustre bien le potentiel de l’hydrogène comme solution de stockage de l’énergie. [Photo : 123RF]

Le secteur énergétique n'a jamais autant bouillonné. Au-delà des défis environnementaux, les nouvelles technologies chambardent tout, rendant plus abordables que jamais des sources énergétiques qu'on croyait inaccessibles il y a quelques années à peine. Quelle est la place des entreprises québécoises dans ce nouveau portrait énergétique mondial ?


Hydroélectricité, éolienne, capteurs solaires... L'énergie renouvelable, c'est beaucoup plus que ça. Comme pour le prouver, des technologies québécoises brillent dans des secteurs moins connus de la production énergétique. En voici trois.


Le retour de la filière de l'hydrogène


« La filière de l'hydrogène renaît à la vitesse grand V ! » dit d'entrée de jeu Denis Leclerc, PDG d'Écotech Québec, l'organisme qui chapeaute la grappe des technologies propres dans la province. « C'est réapparu dans l'actualité il y a environ un an et demi, au moment où Québec a publié sa politique énergétique provinciale, qui inclut une aide au développement de l'hydrogène comme solution prometteuse pour le transport et le secteur industriel. »


L'électrification des transports illustre clairement le potentiel de l'hydrogène comme solution de stockage de l'énergie, poursuit M. Leclerc. Un des enjeux des véhicules électriques est le coût élevé et l'autonomie insuffisante des piles au lithium. Des piles à hydrogène sont une solution envisagée par plusieurs grands acteurs de l'industrie du transport.


Évalué à 129 milliards de dollars américains en 2017, le marché de l'hydrogène connaît une belle croissance. Zion Market Research prédit que sa valeur grimpera à 183 G$ US d'ici cinq ans. « La production d'hydrogène est associée à un coût élevé, ce qui pousse à mettre l'accent sur la découverte de nouveaux moyens de production », résume la firme américaine.


Plus d'une pétrolière souhaiterait produire de l'hydrogène à partir d'hydrocarbures. Utiliser l'énergie excédentaire de centrales nucléaires est une autre option à l'étude. Au Québec, ce serait plus simple : la surcapacité hydroélectrique permettrait de séparer l'hydrogène et l'oxygène de l'eau à faible coût.


C'est un détail qui n'a pas échappé à des géants industriels comme Air Liquide et Toyota. L'hiver dernier, cette dernière a d'ailleurs confirmé qu'elle mettrait en vente sa première voiture à hydrogène, la Mirai, au Québec d'abord. « Le Québec est avantageusement positionné pour devenir un leader mondial », juge le constructeur japonais.


Des chefs de file des biocarburants


Une des solutions envisagées depuis des années pour décarboniser l'économie mondiale est de recourir à des carburants de rechange plus écologiques. Ces biocarburants peuvent provenir de diverses sources, comme en témoigne l'étendue des activités de la société montréalaise Enerkem, qui vont de l'Alberta aux Pays-Bas.


Après plusieurs années d'attente, son usine de conversion des déchets en biocarburant située à Edmonton est finalement entrée en service en début d'année. Sa promesse est de transformer la moitié des déchets solides de la municipalité en suffisamment de biocarburant pour alimenter l'équivalent de 20 000 voitures.


Enerkem s'est également tournée vers le port de Rotterdam, où elle verra à la transformation annuelle de 360 000 tonnes de déchets municipaux, le double de la capacité de son usine albertaine, en un méthanol qui sera utilisé dans le transport et le secteur manufacturier. « Nous réduisons les déchets destinés au dépotoir et nous réduisons la dépendance aux carburants fossiles, tout en créant des emplois verts de qualité. C'est une bonne façon d'aller vers l'avenir », dit David McConnell, vice-président au développement des affaires d'Enerkem en Amérique du Nord.


Une autre spécialiste québécoise des biocarburants a fait sa marque à l'échelle internationale, le printemps dernier. En grande primeur, Agrisoma, de Gatineau, a fourni le biocarburant qui a permis à un avion de la société aérienne australienne Qantas de voler pendant 15 heures, le temps de relier Los Angeles à Melbourne. Sur les talons de cette réussite, Agrisoma confirmait le bouclage d'une ronde de financement de 12 millions de dollars, menée par Desjardins Capital, afin de l'aider à commercialiser son produit, un dérivé de la fleur de moutarde appelé Carinata.


« La commercialisation du Carinata a le potentiel de révolutionner l'industrie de l'aviation », assure Andrée-Lise Méthot, une membre du conseil d'administration d'Agrisoma qui a également participé à ce financement, par l'intermédiaire de sa propre firme, Cycle Capital.


L'aviation commerciale compte pour 4 % des émissions polluantes globales, une part qui est appelée à croître. Les biocarburants sont perçus comme une solution qui peut rapidement porter fruit pour empêcher que ça se produise.


La valorisation énergétique des déchets


Avec sa Politique de gestion des matières résiduelles, Québec priorise diverses façons de réduire la production de déchets solides et organiques. Après la réduction à la source et le réemploi, le recyclage par compostage et biométhanisation arrive en tête de liste. Cela inclut tous les procédés de production de carburants ou de produits chimiques à partir de résidus afin de remplacer les produits pétroliers ou ceux du charbon des procédés industriels, du transport ou du chauffage.


L'hiver dernier, les 27 municipalités des MRC de Rouville, de la Vallée-du-Richelieu et de Marguerite-d'Youville ont commencé à collecter les déchets organiques de leurs résidents. Après trois ans d'attente, une usine de biométhanisation située à Varennes a finalement reçu le feu vert pour transformer ces résidus en fertilisant biologique et en biocarburant. Son objectif est de transformer 40 000 tonnes de ces déchets par année.


« Le gouvernement accorde des crédits aux villes qui enfouissent moins de déchets. Le compostage et la biométhanisation sont de bons moyens d'y parvenir », explique Amélie Poirier, conseillère à la Ville de Sainte-Julie, une des municipalités impliquées dans le projet.


Cette usine suscite une certaine envie des municipalités environnantes. Déjà, la Ville de Boucherville, située à proximité, a manifesté son intérêt de se joindre au projet. Les déchets n'ont peut-être pas tant de valeur, mais l'expertise développée afin d'en réduire la quantité, elle, en a déjà beaucoup.


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