GES: la lutte quitte les États-Unis et prend la route de l'Inde

Offert par Les Affaires


Édition du 09 Septembre 2017

GES: la lutte quitte les États-Unis et prend la route de l'Inde

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Édition du 09 Septembre 2017

L’Inde se retrouve en tête de la lutte aux changements climatiques, selon la Banque mondiale, car le coût de l’énergie solaire a chuté beaucoup plus rapidement que prévu.

DOSSIER ÉNERGIE - Le 1er juin, le Président Donald Trump mettait fin à des mois de suspense en retirant les États-Unis de l’Accord de Paris. Deux jours plus tard, le premier ministre indien Narendra Modi assurait au nouveau président français Emmanuel Macron que non seulement l’Inde atteindrait ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES), mais qu’elle irait même « au-delà ». Comment, en moins de deux ans, y a-t-il eu un tel revirement ?


En décembre 2015, les pays industrialisés se rongeaient les ongles à l’idée que l’Inde adopte une position dure lors des négociations sur l’Accord de Paris, prétextant son « droit au développement » et entrainant dans son intransigeance d’autres économies émergentes.


Convaincre le troisième émetteur mondial de gaz à effets de serre (GES) de présenter des cibles absolues de réduction qui soient ambitieuses était, ironiquement, l’une des grandes préoccupations du président américain de l’époque.


Il faut dire qu’en 2015, le premier ministre Narendra Modi planifiait ajouter 85 gigawatts (GW) de capacité à son réseau, la vaste majorité provenant de nouvelles centrales au charbon. Pour les alimenter, M. Modi prévoyait tripler la production domestique de charbon, à 1,5 milliards de tonnes d’ici 2020. Dans ce contexte, l’objectif de son gouvernement de tirer 40 % de son électricité de sources renouvelables d’ici 2030 ne convainquait guère.


Moins de deux ans plus tard, l’Inde se retrouve « dans le peloton de tête » de la lutte aux changements climatiques, selon la Banque mondiale. C’est que le coût de l’énergie solaire a chuté beaucoup plus rapidement que prévu, jusqu’à devenir plus compétitive que l’électricité au charbon. Et soudain, l’objectif indien d’installer 175 GW de capacité renouvelable, dont 100 dans le seul secteur solaire, parait tout à fait réaliste.


Une chute du prix du solaire…


Les ventes aux enchères inversées n’ont cessé de faire baisser les prix, qui sont passés de 0,11$ du kilowattheure en 2012, à moins de 0,04$ en mai dernier. Les prix du photovoltaïque ne représentent plus que le quart de ce qu’ils étaient en 2009 et ils devraient encore baisser de 66 % d’ici 2040, à en croire la Banque mondiale.


Ce sont donc des raisons strictement économiques qui ont convaincu plusieurs états et sociétés d’annuler leurs projets de centrales au charbon. Au printemps dernier seulement, des plans totalisant 14 GW d’électricité au charbon ont été jetés aux poubelles. Parallèlement, des centrales déjà en opération annonçaient ne plus être rentables, donnant momentanément raison au directeur de la Banque d’Angleterre Mark Carney, qui prédisait en septembre 2015 l’accroissement d’ « actifs échoués » dans le secteur des énergies fossiles.


« Avant, on avait une cible de capacité thermique et s’il restait de la place, on ajoutait du renouvelable », explique Arunabha Ghosh, directeur général du Conseil sur l’énergie, l’environnement et l’eau, un think tank basé à New Delhi. « Maintenant c’est l’inverse. L’Autorité centrale de l’électricité prévoit qu’à part celles qui sont déjà en construction, aucune nouvelle centrale au charbon ne sera nécessaire pour les prochaines 10 années. Toute la nouvelle capacité va largement venir des renouvelables. »


…et du secteur industriel


Ce revirement de situation n’est pas uniquement dû à la chute des prix du solaire. Le ralentissement du secteur industriel indien, extrêmement énergivore, a fait chuter la demande d’électricité. La pollution atmosphérique est aussi en cause : 10 des 20 villes les plus polluées du monde se trouvent en Inde. Pour plusieurs raisons, les centrales thermiques indiennes ont tourné à 60 % de leur capacité en 2017, comparativement à plus de 77 % en 2010.


La courbe de croissance de la consommation de charbon s’est aussi quelque peu aplanie. Elle n’a augmenté que de 2,2 % dans les deux dernières années, comparativement à 6 % dans les dix années précédentes.


La chute de la demande a un impact sur la production domestique. Le géant national du charbon Coal India (CIL) a annoncé la fermeture en 2017 de 37 mines déficitaires. D’autres pourraient suivre. Le gouvernement a également revu à la baisse ses objectifs de production, de 660 à 600 millions de tonnes en 2018. On est bien loin des cibles agressives de 2014.


Cette reconfiguration du secteur énergétique fait la part belle aux énergies renouvelables, même si l’objectif de 175 GW ne sera pas nécessairement atteint en 2022, mais peut-être plus vers 2025, estime M. Ghosh.


Pour atteindre cet objectif, l’Inde aura besoin d’investissements massifs de 100 milliards de dollars dans les six prochaines années. Déjà, la Société financière internationale, bras financier de la Banque mondiale pour le secteur privé, prévoit investir 6 milliards dans divers projets.


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