Le palmarès des fonds qui battent leur indice

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Février 2016

Le palmarès des fonds qui battent leur indice

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Édition du 13 Février 2016

Par Stéphane Rolland

[Photo : Shutterstock]

Les fonds communs qui surpassent régulièrement leur indice de référence sont des oiseaux rares. En collaboration avec Morningstar, nous avons recensé les fonds de six catégories qui y sont parvenus.


Dans le cadre de cet exercice, nous avons demandé à la firme indépendante d'établir la liste en fonction de deux critères. Dans un premier temps, les fonds ayant généré un meilleur rendement que leur indice de référence sur une période de 10 ans. De ce premier tri, nous avons retenu ceux qui ont mieux fait que l'indice au moins 6 ans sur 10, soit plus de la moitié du temps. Le but de cette méthodologie est de présenter des fonds dont la «surperformance» est constante, et non pas liée à une année exceptionnelle. De notre échantillon composé de 604 fonds, 45 ont passé les deux tests, soit seulement 7 %.


Évidemment, aucune méthodologie n'est parfaite. Nous apporterons les nuances qui s'imposent au cours du texte. Nos critères ont tout de même leurs avantages, juge Dan Hallett, analyste de fonds et vice-président de HighView Financial Group, qui n'a pas participé à l'élaboration de la méthodologie. «En 10 ans, nous avons eu une partie de la progression qui a précédé la crise de 2008, un marché baissier sévère et un marché haussier de plusieurs années où il y a eu des périodes de volatilité. C'est un cycle complet, et même plus.»


M. Hallett met toutefois en garde les épargnants qui accordent une grande importance aux rendements passés. «Croire que les fonds qui ont mieux fait avant feront nécessairement mieux dans l'avenir est une erreur que j'ai commise en début de carrière», admet l'analyste, qui cumule plus de 20 ans d'expérience.


Ne se concentrer que sur le rendement par rapport à l'indice, comme nous l'avons fait, ne rend pas justice à la valeur ajoutée des fonds communs, juge de son côté Gaétan Veillette, planificateur financier au Groupe Investors. La gestion active permet de réduire le risque du fonds par rapport à son indice de référence. Les frais de gestion, entre autres, servent à payer cette équipe qui travaillera à diminuer ce risque. «Les fonds indiciels peuvent mieux performer en période haussière, mais dans les périodes plus difficiles, les fonds sont un meilleur choix», dit le conseiller.


Actions canadiennes : cinq fonds se distinguent


Deux favoris de Morningstar figurent sur la liste : le Fonds d'actions canadiennes Mawer et le Fonds d'actions canadiennes Beutel Goodman. Ils obtiennent chacun la cote «médaille d'or». Cette cote est accordée aux fonds qui sont plus susceptibles d'offrir un meilleur rendement sur une période de 5 à 7 ans. Cinq critères sont analysés : la stratégie, le lien entre les rendements passés et cette stratégie, les gestionnaires du fonds, la firme qui vend le fonds et les frais.


Le fond de Mawer obtient le meilleur rendement sur une période de 10 ans. Il cible des sociétés qui ont un avantage concurrentiel durable et dont l'action est abordable. Même s'il aime toujours le fonds, l'analyste de Morningstar Shehryar Khan croit qu'il sera plus difficile de soutenir le rythme. «Les sociétés de haute qualité se sont appréciées. Si les gestionnaires ne peuvent plus trouver d'aubaines et ne font que conserver leurs anciennes positions, la marge de prudence qui a assuré son succès pourrait ne plus être là.»


Le fonds de Beutel Goodman, pour sa part, investit dans les sociétés qu'il juge sous-évaluées. Jeffrey Bunce, également analyste de Morningstar, aime sa «méthode d'évaluation prudente». «Sa discipline dans la vente d'actions a été un facteur essentiel à la réussite de son équipe, estime-t-il. Lorsque les avoirs atteignent les prix ciblés, le tiers de la position est automatiquement vendu. L'action est réévaluée pour déterminer si les données fondamentales justifient une valeur intrinsèque plus élevée.» Le fonds est cependant plus susceptible de faire mieux dans les périodes difficiles et pourrait manquer des occasions en période d'effervescence, ajoute M. Bunce.


La surperformance du Fonds de croissance de dividendes TD est la plus constante, soit 8 années sur 10. Malgré tout, Morningstar ne lui décerne pas de médaille. Le fonds est fortement concentré dans les cinq grandes banques canadiennes (39 % de la pondération du fonds et les cinq plus importantes participations), constate Vishal Mansukhani, de Morningstar. «Même pour un fonds de dividende, c'est élevé, juge l'analyste. L'avenir du fonds est lié au destin des institutions financières, avec les risques inhérents à l'industrie.»


Le fonds de la TD est un exemple où la comparaison entre un fonds commun et son indice ne représente pas fidèlement le contenu du fonds, nuance M. Veillette. Bien des fonds s'écartent de la pondération de leur indice pour des raisons stratégiques, de gestion du risque ou en raison de leur mandat. Il est donc normal que leur rendement diffère.



* L'indice de référence est le S&P/TSX composé qui obtenu un rendement annuel de 4,4% depuis dix ans


ACTIONS AMÉRICAINES : UN SEUL ÉLU


Peu d'élus parmi les fonds communs d'actions américaines. Seul le Fonds Croissance américaine Power Dynamique figure sur notre liste. Dan Hallett n'est pas surpris de l'ampleur de la disette. «Le S & P 500 est tellement vaste et diversifié, contrairement au marché canadien qui est concentré dans les ressources et les institutions financières, explique-t-il. Ça ne donne pas beaucoup d'occasions de faire mieux que l'indice en s'en écartant.»


Le fonds de Dynamique fait «à juste titre» figure d'exception, dit-il. Parmi ses 24 titres, la moitié font partie du secteur des technologies, et le tiers, de la consommation discrétionnaire. «Depuis 17 ans, son gestionnaire a fait la preuve de son talent, commente M. Hallett. Mais son fonds est très volatil. Quand il perd de l'argent, il en perd beaucoup. À long terme, toutefois, ses détenteurs ont été plus susceptibles d'être récompensés.»


Même si son équipe ne suit pas le fonds, Christopher Davis, directeur de la recherche de Morningstar, émet un bémol. Il qualifie la stratégie de «téméraire». «Le fonds est très volatil, répond-il en entrevue téléphonique. Son gestionnaire a pris des décisions qui lui ont permis d'avoir du succès, mais nous avons de la difficulté à comprendre comment il y est parvenu.»



*L'indice de référence est le S&P500 (en dollars canadiens) qui a généré un rendement annuel de 9,2% sur 10 ans


PETITES CAPITALISATIONS CANADIENNES : ICI SE TROUVE LA MEILLEURE RÉCOLTE


La sélection est beaucoup plus vaste du côté des fonds de petites capitalisations canadiennes. Dans un échantillon de 35 fonds, 12 figurent sur notre liste. Les petites capitalisations sont plus nombreuses que les grandes sociétés, les gestionnaires ont ainsi plus de choix pour battre l'indice, dit M. Hallett. Le S&P/TSX compte 240 grandes sociétés, tandis que plus de 1 550 entreprises sont inscrites à la Bourse de Toronto.


La pondération de l'indice des petites capitalisations canadiennes facilite aussi la tâche des portefeuillistes, précise M. Hallett. «L'indice est fortement concentré dans les secteurs minier et énergétique, qui ont moins bien fait dans les dernières années. Généralement, les fonds se comparent avantageusement à l'indice quand les ressources vont mal, mais dans les cycles favorables aux ressources, ce n'est plus le cas.»


L'indice a d'autres faiblesses structurelles, pointe Christopher Davis. «Puisqu'il ne compte que les petites capitalisations, les sociétés qui réussissent et prennent de l'expansion en sortent. Celles qui stagnent y restent. Des gestionnaires de portefeuille, pour leur part, peuvent décider de conserver leur meilleur coup. Le mot est un peu fort, mais l'indice des petites capitalisations est un indice de perdants.»


Parmi les fonds qui ont surperformé constamment au cours des dernières années, on trouve quelques fonds gérés à Montréal. C'est le cas du Fonds de croissance Québec de la Banque Nationale. Le fonds géré par Christian Cyr a battu l'indice canadien 8 années sur 10. Il a enregistré la meilleure performance sur 10 ans. Aucun analyste de Morningstar n'est affecté à la couverture de ce fonds, mais Christopher Davis note que le fait que le secteur énergétique n'est pas important a favorisé le fonds. «Rien ne dit que les actions québécoises continueront de surpasser l'indice canadien dans les prochaines années», nuance-t-il.


Un autre fonds géré par Christian Cyr se trouve dans notre sélection. Le Fonds de petites capitalisations Banque Nationale. Celui-là est suivi par Morningstar, qui lui accorde une «médaille de bronze». L'analyste Joanne Xiao loue les talents de M. Cyr. Victime de son succès, le fonds a par contre moins de marge de manoeuvre maintenant que son actif sous gestion est plus important.



*L'indice de référence est le BMO Small Cap blended, qui a procuré un rendement annuel de 2,3% sur dix ans


OBLIGATIONS : CES FONDS NE SONT PEUT-ÊTRE PAS POUR VOUS


Surpasser l'indice est une tâche «quasi impossible» pour un fonds de titres à revenu fixe, selon les experts interrogés. Les rares fonds qui ont réussi nos tests pourraient tout simplement être trop risqués pour l'investisseur qui utilise les obligations dans le but de réduire la volatilité de son portefeuille.


C'est d'ailleurs une de mise en garde que fait Jeffrey Bunce au sujet du Fonds mondial d'obligations Templeton. Le fond est l'un des plus «audacieux de l'univers des fonds d'obligations mondiales», prévient l'analyste de Morningstar. Plus volatil que ses pairs, il est également davantage corrélé aux marchés boursiers. Malgré tout, le travail «impeccable» de l'équipe fait en sorte qu'il se trouve parmi les médaillés de la firme. En décembre dernier, sa cote est passée de «bronze» à «argent» en raison de la diminution de ses frais.


En fait, la pondération des fonds de notre liste est sensiblement différente du marché obligataire canadien dans son ensemble. On y trouve des fonds d'obligations à haute distribution, des fonds internationaux comme celui de Franklin Templeton et des fonds d'obligations d'entreprises. «Quand vous regardez les fonds de votre liste, on voit qu'ils ont obtenu un meilleur rendement depuis 10 ans en raison de leur mandat», constate M. Hallett.


Il est très difficile pour un gestionnaire obligataire de surpasser l'indice, ajoute M. Davis. «Il y a moins d'occasions de coup de circuit comme dans le cas des actions. Pour les obligations, ce sont souvent les frais de gestion qui différencient les fonds, et non l'équipe de gestion.»


Même s'ils ne sont pas aussi efficaces quand il s'agit de réduire la volatilité d'un portefeuille, les fonds qui se trouvent dans la liste ont leur mérite. Des six fonds, trois sont des médaillés d'argent, et un, de bronze. Les deux autres ne sont pas suivis par l'équipe de Morningstar.


Le Fonds de revenu stratégique Manuvie est un des préférés de l'équipe de la firme indépendante. Même s'il est considéré comme un fonds d'obligations à rendement élevé, le mandat du gestionnaire est plus flexible. Il investit également dans les obligations de qualité et la dette gouvernementale des pays développés et émergents. «Ce fonds peut constituer un bon "noyau" de la pondération en obligations de votre portefeuille, si vous êtes à l'aise avec son niveau de risque et ses décisions audacieuses», pense Achilleas Taxildaris. «L'équipe a un bilan solide d'ajout de la valeur, dit l'analyste. Son rendement depuis 2005 est sensationnel. Toutefois, les investisseurs doivent accepter l'idée que les gestionnaires puissent se tromper, ce qui peut conduire à de la "sous-performance" à court terme. C'était le cas au cours du volatil troisième trimestre de 2011.»



* L'indice de référence est le Bank of America Merrill Lynch Canada Broad Market, qui a procuré un rendement annuel de 5% sur 10 ans


International et équilibré : quelques noms familiers


Parmi les favoris dans les fonds équilibrés et ceux d'actions internationales, on trouve des noms familiers. Le fonds d'actions internationales de Mawer remporte une médaille d'or. Le fonds équilibré de Beutel Goodman remporte lui aussi une médaille d'or. Dans les deux cas, c'est la stratégie de sélection des titres qui permet à ces fonds de se démarquer, la même que celle utilisée pour les fonds d'actions canadiennes que nous avons expliquée précédemment. Christopher Davis estime qu'il est rare de trouver des sociétés qui se distinguent dans plusieurs catégories de fonds, mais c'est le cas des deux firmes.


D'autres noms figurent au palmarès des fonds d'actions internationales et des fonds équilibrés, mais aucun d'entre eux pratiquement n'est suivi par les analystes de Morningstar. Du côté des fonds équilibrés, on trouve le Fonds à revenu élevé de Manuvie, qui obtient une médaille d'argent. Achilleas Taxildaris estime que la stratégie «simple et efficace» d'évaluation des risques a porté ses fruits. Sa force se situe davantage dans le choix des actions que dans la répartition d'actif entre actions et obligations, nuance-t-il.



*L'indice de comparaison est le MSCI EAEO ( Europe, l'Australasie et l'Extrême-Orient) qui a obtenu un rendement annuel de 5,3% sur 10 ans



*L'indice de référence est le Mornigstar équilibré canadien 60/40, qui a généré un rendement annuel de 4,7% sur 10 ans


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