La viticulture s’adapte au réchauffement planétaire


Édition du 21 Novembre 2015

La viticulture s’adapte au réchauffement planétaire


Édition du 21 Novembre 2015

Les effets du réchauffement mondial commencent à être évidents sur la vigne, une culture typique du climat méditerranéen, par ailleurs particulièrement sensible aux modifications de l’environnement.


SOMMAIRE DU DOSSIER


Par Marce Redondo, Cinco Dias (Espagne)


AGRICULTURE DURABLE – La vigne pourrait supporter un ou deux degrés Celsius de plus pendant ce siècle, mais si la température augmente quatre ou cinq degrés, comme le prévoient les experts, les conséquences seront désastreuses.


La viticulture est une activité liée depuis des siècles à l’Espagne, un pays où se trouve la plus grande étendue de vignobles du monde entier, plus de 1,1 million d’hectares, et où, pendant les dernières décennies, s’est produite une véritable révolution dans la qualité de ses vins.


Mais cette situation pourrait changer, car la vigne est une plante extrêmement sensible aux hausses de température. Les effets du réchauffement mondial commencent à être évidents sur la vigne, une culture typique du climat méditerranéen, par ailleurs particulièrement sensible aux modifications de l’environnement.


« L’augmentation d’un seul degré de température, ce dont nous avons été témoins dans le Penedès au cours des 40 dernières années, a fait que la vendange ait été avancée d’environ 10 jours en moyenne », assure Miguel Angel Torres, président de Bodegas Torres, dont les origines remontent à 1870.


Il ajoute : « Si la température continue d’augmenter, la qualité des vins sera touchée, car il se produira un décalage entre la maturation du raisin et la maturation phénolique. »


À son avis, c’est la plus grande menace à laquelle se trouve confronté le secteur viticole dans le monde. Il estime qu’il est essentiel que les gouvernements incluent le problème dans leurs programmes et conjuguent leurs efforts pour parvenir à un engagement commun en vue de ce qui, assure-t-il, sera la dernière chance de freiner le réchauffement mondial : la 21e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, qui se tiendra en décembre à Paris.


Torres se prépare pour le nouveau scénario climatique en achetant des terres sur une altitude ou une latitude plus élevées, à la recherche de climats plus frais (chaque 100 mètres d’altitude, la température descend un degré).


Climat fou, raisins fous


Un petit domaine, Marqués de Terán, fondé sur la Rioja il y a une décennie, est sensible au problème et a été pionnier dans le monde dans l’utilisation de la géothermie.


« Avec nos cinq puits de plus de 100 mètres de profondeur, nous obtenons de la terre la température nécessaire pour les différents processus d’élaboration et d’élevage des vins. Cela nous permet de réduire de plus de 80 % nos émissions de CO2 », affirme Manuel García Ortega, gestionnaire du domaine.


Il parle également de « raisins fous » pour expliquer que chaque année, il devient plus compliqué de trouver le moment approprié pour faire la vendange.


« Il n’y a plus de problème de degrés pour le raisin, nous avons toujours une température suffisante pour la maturation alcoolique, mais la maturation polyphénolique est un monde à chaque récolte, il est de plus en plus compliqué de trouver la bonne acidité. Parfois, les raisins passent de verts à pourris en à peine deux jours, sans mûrir correctement. Le climat est fou et, en conséquence, le raisin est fou », conclut-il.


Pour Pau Roche, secrétaire général de la Fédération espagnole du vin (FEV), les données de certaines des études récentes sur le réchauffement mondial et, en particulier, sur son impact sur les vignobles, sont alarmantes. « Si l’on ne prend pas de mesures, les cultures seront déplacées vers des terres plus fraîches, ce qui, en fait, est déjà en train de se produire. »


Il considère que l’industrie est très consciente du problème, « elle n’a jamais été négationniste ». Ce qui contribue à cela est le fait que beaucoup de domaines sont centenaires, et disposent d’une mémoire historique extraordinairement précieuse : les enregistrements effectués, de récolte en récolte pendant des années, aussi bien sur les millésimes et les dégustations que sur des échantillons de vin, sur les notes des œnologues, les changements dans les processus de production et de culture… « L’évolution de la viticulture est symptomatique du changement climatique », pense Pau Roche.


Les viticulteurs s’engagent à l’égard du climat


« Si la température continue d’augmenter, la qualité des vins sera touchée, car il se produira un décalage entre la maturation du raisin et la maturation phénolique », dit Miguel Angel Torres, président de Bodegas Torres.

En 2011 est né en Espagne le mouvement Wineries for climate protection (WfCP), promu par la FEV. De nombreux domaines ont souscrit à cette occasion un décalogue d’engagements à être plus responsables et actifs face à la réalité du réchauffement planétaire et ses conséquences. La FEV a conçu la première et la seule certification spécifique pour le secteur du vin en matière de durabilité environnementale, qui se veut être une référence internationale.


Un autre domaine séculaire, Faustino, reconnaît qu’au cours des dernières années, il a été confronté à divers défis en ce qui concerne la viticulture, qui « pourraient » être attribués au changement climatique.


Très conscient des dégâts qu’entraîne le réchauffement mondial, le groupe Matarromera, présent dans plusieurs régions vinicoles, a pris l’initiative d’un travail exhaustif de recherche sur les effets des changements climatiques sur la viticulture et l’œnologie dans le cadre du projet Cenit Demeter, qui a rassemblé 69 appellations d’origine et 5 000 domaines. En outre, il enquête sur de nouvelles méthodes de production de raisins de la variété blanca verdejo face aux changements climatiques.


La vigne pourrait supporter un ou deux degrés Celsius supplémentaires d’augmentation de température au cours de ce siècle, mais si l’augmentation est de quatre ou cinq degrés jusqu’en 2100, comme le prévoient les experts, les conséquences seront désastreuses pour la viticulture, qui a consacré des millénaires d’expérimentation à trouver le meilleur emplacement pour chaque variété de raisins, affirme Miguel Angel Torres. « Il pourrait arriver un jour où nous devrons envisager de remplacer certaines variétés par d’autres. Et il est possible que la carte des appellations d’origine soit modifiée, non seulement en Espagne, mais dans toute l’Europe », prévoit-il.


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