Direction Nord pour les firmes d'ingénieurs

Publié le 08/10/2011 à 00:00, mis à jour le 06/10/2011 à 15:32

Direction Nord pour les firmes d'ingénieurs

Publié le 08/10/2011 à 00:00, mis à jour le 06/10/2011 à 15:32

Par Suzanne Dansereau

Le Plan Nord donnera confiance à nos ingénieurs et leur prouvera qu'ils peuvent se mesurer à de grands défis, selon David Johnston, de David Johnston. [Photo : Suzanne Dansereau]

Le Plan Nord, qui s'échelonne sur 20 ans et prévoit 2,1 milliards d'investissements publics pour les cinq prochaines années, envoie au génie québécois un signal clair : le nord du 49e parallèle sera incontournable pour les jeunes ingénieurs qui entreprennent leur carrière au Québec, comme le fut la baie James dans les années 1970.


Cette fois, c'est l'expertise dans le secteur minier qui servira de tremplin. "Les projets réalisés dans le cadre du Plan Nord vont permettre aux firmes québécoises de parfaire et de diversifier leurs expertises, de s'associer avec des géants et de rayonner davantage à l'international", juge Johanne Desrochers, pdg de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec.


Les firmes de génie-conseil n'ont pas attendu pour se positionner. Chez Cegertec, on se réjouit d'avoir ouvert un bureau à Sept-Îles en 2009, en pleine récession. "Il fallait y croire, au boom minier !" note Stéphane Leduc, directeur général de l'entreprise.


Cegertec a d'abord décroché un contrat de 30 millions de dollars (M$) en ingénierie d'usine pour ArcelorMittal Mines Canada, un géant mondial qui tenait à recruter des partenaires locaux. Récemment, Cegertech a été sollicitée par un "partenaire international" pour soumissionner un projet de 100 M$ chez IOC, au Labrador. Cegertec a dû embaucher 125 personnes au cours des six derniers mois. Son effectif est passé de 250 personnes en 2004 à 500 en 2011. "C'est fou !" s'exclame M. Leduc.


La décentralisation porte ses fruits


Genivar est engagée dans 10 des 11 projets miniers en développement mentionnés dans le Plan Nord. Et elle prévoit soumissionner le 11e, lorsqu'il aura obtenu son financement, raconte Léandre Gervais, qui dirige le secteur minier pour la firme.


L'approche décentralisatrice de Genivar, qui compte pas moins de 45 bureaux au Québec, lui réussit bien, ajoute-t-il. Genivar se réjouit aussi du fait que le Plan Nord ouvre la porte à l'exploitation de nouvelles ressources comme le diamant, le lithium et l'uranium. "Cela représente pour les firmes québécoises l'occasion d'acquérir de nouvelles connaissances et de nouvelles technologies par l'intermédiaire de partenariats avec celles qui possèdent déjà l'expertise", poursuit-il.


Ainsi, Genivar s'est associée avec une firme de la Saskatchewan pour soumissionner le projet Matoush de Strateco (uranium) et avec un partenaire canadien pour une soumission auprès des Diamants Stornoway aux monts Otish. De plus, Genivar a acquis une firme spécialisée en écoforesterie, Optivert. Un achat à point nommé, car le Plan Nord parle de renouveler le secteur forestier. Genivar cultive aussi des partenariats avec les Premières Nations. Selon M. Gervais, la société ira chercher près de 50 M$ d'honoraires dans le Nord du Québec en 2011.


SNC acquiert la petite Stavibel


Chez SNC-Lavalin, la stratégie pour le Plan Nord consiste à offrir un encadrement de haut calibre aux grands projets et de s'associer avec des plus petits bureaux pour jouir de l'avantage local, explique Claude Létourneau, responsable du secteur minier. C'est dans cette optique que le géant canadien a acheté la Stavibel, située en Abitibi et à Chibougamau, en mai dernier. Cette opération permettra à Stavibel (106 ingénieurs) d'élargir son offre, en y ajoutant des services tels que les études préliminaires environnementales qui sont souvent une porte d'entrée dans les projets, explique Gilles Marcotte, pdg de Stavibel.


Par ailleurs, SNC-Lavalin compte aussi se positionner comme un expert mondial en développement et en gestion minière durables. Elle est en train de mettre sur pied un service lié aux changements climatiques qu'elle ajoutera à sa gamme de services offerts mondialement.


Johnston-Vermette dans le pipeline


Johnston-Vermette vient d'obtenir un mandat pour un projet qui représente une première : la construction d'un pipeline d'une longueur de 700 kilomètres pour transporter de la boue de minerai de fer entre le nord de Schefferville et Sept-Îles. Le mandat lui vient de la société minière New Millenium, qui étudie cette option pour ses projets Kemag et LabMag, deux gisements qu'elle compte exploiter en coentreprise avec l'indienne Tata Steel.


L'entreprise a eu un mandat similaire pour le transport du gaz au Congo et l'essence d'Ultramar entre Lévis et Montréal. Mais c'est son premier mandat minier, et elle n'a jamais travaillé sur un pipeline aussi long et dans une région aussi éloignée, sans accès routier.


C'est tout un défi logistique. "Imaginez 1 000 personnes à la fois qui travailleront sur le chantier, 300 000 tonnes de tuyaux en acier, des camps miniers, des bulldozers à transporter sur des chemins de glace..." raconte David Johnston, président fondateur de l'entreprise. Le nouveau contrat pourrait lui ouvrir des portes dans le secteur minier, notamment en Afrique.


Mais par-dessus tout, le grand avantage du Plan Nord sera d'ordre psychologique, croit M. Johnston : "Cela donne confiance à nos ingénieurs qu'ils peuvent se mesurer à de grands défis".


35 Valeur, en milliards de dollars, des projets miniers dans lesquels SNC-Lavalin est engagée dans le Nord-du-Québec et sur la Terre de Baffin. Source : SNC-Lavalin


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