L'embauche d'ingénieurs reprend

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Octobre 2017

L'embauche d'ingénieurs reprend

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Édition du 28 Octobre 2017

D’après une étude d’Ingénieurs ­Canada, le nombre d’étudiants inscrits à des programmes de génie a fortement crû entre 2011 et 2015 au ­Canada. Les inscriptions au premier cycle ont augmenté de 24 % durant cette période pour atteindre plus de 81 000 étu

DOSSIER PROFESSION INGÉNIEURS - Le recrutement d'ingénieurs est en hausse dans toutes les spécialités. Même les génies minier et civil connaissent une embellie au chapitre de l'emploi. Certains secteurs surchauffent même déjà. Pour d'autres, ce n'est peut-être qu'une question de temps...


Norda Stelo a recommencé à embaucher et devrait compter 700 employés d'ici la fin de l'année. Une bonne nouvelle mais, en 2012, son effectif approchait 1 800 personnes. Avec le scandale de la corruption dans la construction et le ralentissement de l'activité notamment dans le domaine des infrastructures et dans le secteur minier, de nombreuses firmes de génie ont mis à pied une grande partie de leurs employés.


Dure période pour les ingénieurs qui peinaient, pour certains, à trouver un emploi. Heureusement, la reprise est là. Norda Stelo n'est pas la seule à réembaucher. Hatch a recruté 70 personnes depuis le début de l'année, ce qui porte les effectifs totaux au Québec à environ 650, après une baisse de 13 % de l'effectif au cours des cinq dernières années. Johnston-Vermette, qui était passée de 70 à 30 employés, devrait atteindre la barre des 40 d'ici la fin de 2017. CIMA+ a recruté une centaine de personnes au cours des 12 derniers mois. Elle compte 1100 employés au total au Québec.


« Le marché est de nouveau en ébullition », se réjouit Martin Mercier, associé de Technogénie, une agence de recrutement d'ingénieurs. Les premiers signes ont émergé l'année dernière mais, cette année, c'est flagrant. « Même dans le génie civil, dit M. Mercier, c'est revenu comme dans les années 2010-2011 », la période de forte activité où les firmes s'arrachaient les ingénieurs.


Les universités voient aussi les effets de la reprise, notamment dans les secteurs touchés par la crise. « En génie de la construction, on a connu une perte de 20 % des emplois au moment où le nombre d'étudiants augmentait de 15 à 20 %, mais ça a repris », dit Pierre Rivet, directeur du développement des affaires à l'École de technologie supérieure (ÉTS).


Même message du côté de Polytechnique : « Ça va bien dans tous les domaines, mais la reprise est plus dynamique en ce moment, comme le montre la forte augmentation des offres de stages pour nos étudiants [+37 % entre 2013-2014 et 2016-2017] », note Marie-Josée Dionne, directrice du service des stages et emplois à Polytechnique.


Des spécialités plus touchées que d'autres


L'intensité du recrutement touche différemment les spécialités. Les génies logiciel et informatique sont toujours - et ce, depuis plusieurs années - en forte demande. Le nombre de diplômés est en constante augmentation : 190 finissants à l'ÉTS en 2017 contre 140 en 2014. Le nombre d'emplois offerts aussi : +29 % entre 2014 et 2017 pour l'ÉTS. « Les entreprises s'arrachent les diplômés et les stagiaires, affirme Marie-Josée Dionne. Il y a 10 offres de stage pour un étudiant ! Et on prévoit que les besoins vont exploser. Pour s'y préparer, on a doublé le nombre d'étudiants pouvant s'inscrire en première année en génie informatique et en génie logiciel. »


En génie de la production automatisée, les demandes sont aussi nombreuses. Les manufacturiers sont en effet en train de rattraper leur retard en industrialisation 4.0. « Beaucoup veulent automatiser leurs procédés et aller vers l'usine connectée », constate M. Mercier.


Dans le domaine du génie de la construction, celui qui, avec le génie minier, a le plus souffert ces dernières années, le recrutement va aussi bon train. « Il y a une forte croissance des demandes pour les génies mécanique, industriel, civil, etc. », observe M. Mercier. Il ne semble pas encore y avoir de pénurie, même si certaines firmes de génie, notamment celles qui ont été épinglées par la commission Charbonneau, ont parfois du mal à faire revenir les employés perdus.


Pas encore de pénurie généralisée


Le président de l'Association des firmes de génie-conseil du Québec, André Rainville, ne voit pas de surchauffe à l'horizon. « Nous sommes persuadés que les firmes pourront relever le défi des travaux actuels et prochains, car tous les emplois perdus ces dernières années n'ont pas encore été récupérés », explique-t-il. Des ingénieurs seraient donc encore en quête de travail. Par ailleurs, « si on ajoute la capacité des firmes internationales à faire appel à de la main-d'oeuvre de leurs autres bureaux et la mobilité canadienne et étrangère, qui sera facilitée grâce aux démarches entreprises par l'Ordre des ingénieurs du Québec, l'industrie n'aura pas de problème à réaliser les projets qui se dessinent », poursuit-il.


Les firmes ne semblent en effet pas avoir trop de problème à recruter, mais elles s'attendent à ce que la situation se corse. « Ce n'est pas encore difficile de trouver des ingénieurs, d'autant que nous sommes dans une ville universitaire, mais ça s'en vient, constate Luc Vermette, chef de la direction de Johnston-Vermette, dont le siège social est à Trois-Rivières. En raison du redressement des marchés et de la vague de départs à la retraite des baby-boomers, l'équilibre de l'offre et de la demande va pencher en faveur des ingénieurs se cherchant un emploi. »


Certains commencent déjà à voir le vent tourner. « Depuis quelques mois, c'est moins facile de recruter, mais on est tout de même sollicités, car on a des projets stimulants », explique Daniel Mercier, président-fondateur du Groupe ABS, en pleine croissance. Chez CIMA +, François Plourde appréhende « les problèmes de main-d'oeuvre si tous les grands chantiers (échangeur Turcot, pont Champlain, REM, etc.) ont lieu en même temps ». Et chez GCM Consultants, Normand Thouin est « préoccupé par la démographie », si bien que la firme a commencé à créer ses propres modules pour former les plus jeunes.


La pression sur le bassin de main-d'oeuvre est d'autant plus forte que tant le secteur public que les entrepreneurs généraux ont eux aussi commencé à embaucher plus d'ingénieurs. « Ils représentent 22 % des embauches et accueillent 253 étudiants en stage, comparativement à environ 150 les années précédentes, note Pierre Rivet. Les entrepreneurs généraux ont compris qu'ils avaient besoin d'ingénieurs pour bien travailler, réduire les dépassements de délais et donc les pénalités. »


Hausse du nombre d'étudiants en génie


La pénurie pourrait être évitée puisque, d'après une étude d'Ingénieurs Canada, le nombre d'étudiants inscrits à des programmes de génie a fortement crû entre 2011 et 2015 au Canada. Les inscriptions au premier cycle ont augmenté de 24 % durant cette période pour atteindre plus de 81 000 étudiants, et de 54 % depuis 1990. Le Québec se situe tout de suite après l'Ontario pour le nombre d'inscrits au premier cycle dans des programmes de génie : la province représente 26 % du total des inscrits au Canada. Elle affiche aussi l'une des plus fortes croissances (+33 %).


Les ingénieurs sont de nouveau recherchés. Si ç'a toujours été le cas dans certains secteurs, c'est un soulagement dans d'autres, où les dernières années ont été difficiles au point que plusieurs se sont lancés en affaires pour pallier les mises à pied généralisées.


La reprise est bien là avec ses perspectives de surchauffe et de pénurie, accentuées par une démographie vieillissante qui touche toutes les professions au Québec. Recrutement à l'étranger, efforts de formation, les firmes cherchent activement des solutions avant que la pénurie les frappe de plein fouet. Les universités, quant à elles, tentent d'attirer encore plus d'étudiants dans ces filières où le travail, bien que cyclique, ne manque jamais longtemps.


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