L'inexorable déclin des alumineries américaines

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Octobre 2017

L'inexorable déclin des alumineries américaines

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Édition du 28 Octobre 2017

[Photo: 123rf]

DOSSIER ALUMINIUM - Après 15 longues années de déclin, le secteur de l’aluminium primaire aux États-Unis se trouve aujourd’hui réduit à sa plus simple expression. Il ne reste plus que deux sociétés en activité dans tout le pays (Alcoa et Century Aluminium), qui exploitent un total de six alumineries. Deux seulement roulent à plein rendement. En 2016, la production totale d’aluminium brut s’est établie à 840 000 tonnes. À titre comparatif, la seule aluminerie Alouette, à Sept-Îles, en produit 600 000.


Pour le gouvernement américain, c’est devenu rien de moins qu’une question de sécurité nationale. En avril dernier, l’administration Trump a lancé une enquête pour déterminer si la capacité domestique du secteur serait suffisante pour répondre aux besoins de la défense, en cas de guerre. Une enquête similaire est en cours pour l’acier.


Si tous les doigts montrent la Chine, les causes de ce déclin sont en réalité multiples. Il y a eu la grande crise de l’énergie en Californie au début des années 2000, qui a emporté une dizaine d’alumineries. Puis la crise financière de 2008, qui en a raflé quatre autres.


De façon générale, les alumineries américaines sont vieillissantes ; elles datent pour la plupart des années 1970. Les conditions sur les marchés financiers n’ont pas encouragé les investissements dans les nouvelles technologies, si bien que leur efficacité énergétique a peu évolué. Leur facture d’électricité demeure plus de deux fois supérieure à celle des alumineries canadiennes. Et la force persistante du dollar américain a fini par mettre l’industrie à genoux.


Dans ces conditions, le secteur était bien mal préparé pour faire face à la chute du prix de l’aluminium brut sur le marché mondial, prix qui a perdu 30 % depuis 2011. L’explosion de la capacité en Chine, qui est passée de 3,4 à 38 millions de tonnes depuis 2001, ne laisse pas présager de remontée. Des producteurs se sont ajoutés, dont les pays du golfe Persique, qui profitent de la manne du gaz naturel. Face à ces alumineries flambant neuves, à la fine pointe de la technologie, les vieilles installations américaines ne font pas le poids.


Le secteur secondaire à la rescousse


Tout n’est cependant pas sombre dans ce tableau. En effet, ce que cache le déclin de la production primaire, c’est l’extraordinaire vigueur du secteur secondaire (aluminium recyclé) et surtout de l’aluminium semi-transformé, qui demeure le véritable cheval de bataille de l’industrie américaine.


Les États-Unis sont le premier producteur mondial d’aluminium recyclé. Le secteur a largement profité du déclin de la production primaire, accaparant une part croissante de la demande des laminoirs et des extrudeurs. La production secondaire a augmenté de 13 % depuis 2011 pour s’établir à 8,5 millions de tonnes en 2015, soit 10 fois plus que le secteur primaire !


« Si on retourne dans les années 1980 et qu’on regarde notre approvisionnement, environ 30 % venait de sources secondaires », estime Matt Meenan, directeur des affaires publiques à l’Association américaine de l’aluminium. « Aujourd’hui, on est à 70 %, même probablement plus depuis que l’industrie primaire s’est effondrée. »


Du côté de la transformation (laminés et extrusions), les choses ne vont pas mal du tout. Le secteur a augmenté sa capacité (5,7 %), sa production (13 %) et sa main-d’œuvre (13 %) depuis 2011. Les dépenses d’investissement ont explosé de 65 % pour s’établir à près d’un milliard de dollars en 2015.


« On a mené des études en 2013 et en 2016, et on a été surpris de noter que le nombre total d’emplois avait légèrement augmenté, en dépit du fait que le secteur primaire a été coupé de moitié, dit M. Meenan. « Donc, il y a eu un développement très positif dans les segments en aval de la chaîne de valeur, largement mené par la croissance de la demande dans l’automobile. »


Le laminé, cheval de Troie de l’aluminium chinois


L’industrie s’inquiète tout de même pour son avenir : la Chine est devenue, en 2015, le premier fournisseur de produits semi-transformés des États-Unis, déclassant le Canada. Il s’agit exclusivement de produits laminés, surtout de feuilles.


Selon l’Association américaine de l’aluminium, les importations chinoises de feuilles auraient bondi de 183 % entre 2012 et 2015, accaparant 22 % de la demande domestique. C’est d’ailleurs à sa demande que le département du Commerce a instauré en août des droits compensatoires allant de 17 à 81 % sur les importations de feuilles chinoises. Une enquête est en cours, qui pourrait décider d’autres mesures antidumping d’ici la fin de l’année. « On croit que ces produits sont vendus à des prix abusifs parce qu’ils sont subventionnés par le gouvernement chinois, dit M. Meenan. Pour le seul marché de la feuille, il existe 26 programmes de subventions gouvernementaux. »


Ces tarifs ne suffiront certainement pas à endiguer le problème, qui est avant tout celui de la surcapacité mondiale, plutôt que des seules importations chinoises. « À eux seuls, les tarifs américains sur l’aluminium ne pourront pas régler le problème, estime Robert Scott, économiste sénior au Economic Policy Institute, un think tank basé à Washington. Nous avons besoin d’une approche coordonnée avec les autres pays producteurs, d’une approche qui cible non seulement les importations chinoises d’aluminium primaire, mais aussi les produits semi-transformés qui contiennent de l’aluminium chinois. »


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