«J'avais quelque chose à me prouver» - Pierre-Simon Murdock, de Morille Québec

 

Pierre-Simon Murdock, de Morille Québec [Photo : Paul Cimon]

Dominique Froment

Pierre-Simon Murdock, de Morille Québec [Photo : Paul Cimon]

À sa première session au cégep, Simon-Pierre Murdock a coulé trois cours sur cinq. L'école n'était pas vraiment son truc. Heureusement, le bon exemple de ses parents adoptifs - sa mère possède des résidences pour personnes âgées et son père est entrepreneur forestier - l'a ramené dans le droit chemin.


M. Murdock, 26 ans, était entré au cégep par la porte d'en arrière. Il faut dire que la mort subite de sa mère biologique, en 5e secondaire, l'avait secoué. Ses trois échecs dès le début au cégep l'ont achevé ; il a tout plaqué pour devenir plongeur dans un restaurant. Après trois mois, son patron lui lance «Hé, le plongeur, apporte-moi de la vaisselle propre !» «Je me suis dit : "C'est pas vrai que je vais subir ça toute ma vie !"»


Il envoie paître son boss, traverse la rue et se rend au bureau de l'orienteur du cégep. «Je lui ai demandé quel cours demandait le plus d'effort ; il m'a répondu "les soins infirmiers".» Le jeune homme du secteur Chicoutimi à Saguenay se dit que, s'il peut faire ce cours, rien ne pourra plus l'arrêter. «Je pense que j'avais quelque chose à me prouver», explique-t-il.


Trois ans plus tard, il est diplômé en soins infirmiers. Il travaille pendant quatre ans dans des CHSLD, mais il sent qu'il plafonne. Il décide donc de retourner aux études pour faire un bac en biologie afin d'entrer ensuite en médecine.


En biologie, le cours de mycologie, la science des champignons, l'accroche. «J'ai tout de suite vu les occasions.» De plus, il entrevoit là une façon de diversifier l'industrie forestière. Sa rencontre dans une brasserie avec Philippe Lavoie, un planteur d'arbres qui lui parle de la morille de feu, est déterminante. Encore à l'Université du Québec à Chicoutimi, M. Murdock crée Morille Québec, en 2009, avec M. Lavoie (dont il a racheté les parts l'an dernier).


La morille de feu est le champignon le plus recherché du monde après la truffe, affirme M. Murdock. On la récolte dans les forêts de pins gris incendiées. Dans les épiceries fines, un sachet de 14 grammes de morille de feu se vend 8,99 $. Rien à voir avec le populaire pleurote.


Pour s'éviter une lourde infrastructure, M. Murdock va trouver les producteurs de bleuets et leur demande s'il peut embaucher leurs cueilleurs pour récolter ses champignons ; la cueillette des bleuets ne durant qu'un mois, les cueilleurs sont ravis de son offre. Le jeune homme forme donc de 200 à 300 cueilleurs à la récolte de morilles.


Élargir la gamme


Comme la récolte varie beaucoup d'une année à l'autre, M. Murdock comprend vite la nécessité d'élargir sa gamme de produits à d'autres champignons sauvages, comme le champignon homard, la chanterelle et le bolet.


Avec quatre employés, Morille Québec achète près de 25 tonnes de champignons frais par an. Il faut 10 tonnes de produits frais pour faire une tonne de champignons secs ; 80 % des ventes de la PME sont des champignons qu'elle fait elle-même sécher.


Au lieu de vendre aux restaurateurs, ce qui aurait demandé beaucoup d'énergie, Morille Québec a signé des ententes avec des distributeurs comme Hector Larivée, GFS et Colabor. Les restaurants comptent pour 70 % de ses ventes, et les épiceries fines, pour 30 %, un pourcentage que M. Murdock voudrait augmenter : «C'est difficile dans le commerce de détail ; il faut un bel emballage, se faire une place sur les tablettes, avoir un site Web, etc.» On retrouve les produits de Morille Québec dans 125 épiceries fines au Québec, dont Valmont, Avril, la Fromagerie Atwater (marché Atwater), le Marché des saveurs (marché Jean-Talon). «Nous sommes en négociations avec une chaîne d'épiceries nationale», a confié M. Murdock.


Récemment, l'entrepreneur a accueilli un investisseur minoritaire : Daniel Giguère, propriétaire des restaurants la Voie Maltée, qui occupe à temps partiel le poste de vice-président finance de Morille Québec.


Le défi


«Me diversifier dans tout ce qui est comestible en forêt, comme les racines, les algues et les épices.»

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