Transat AT : savoir partir

Offert par Les Affaires


Édition du 21 Octobre 2017

Transat AT : savoir partir

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Édition du 21 Octobre 2017

Par Martin Jolicoeur

Le président- fondateur de Transat AT, Jean-Marc Eustache, avec son dauphin Annick Guérard, qui deviendra chef de l’exploitation de Transat AT en novembre. [Photo : Jérôme Lavallée]

DOSSIER LES 300 PME - Ce n'est pas d'hier qu'on questionne Jean-Marc Eustache sur ses plans de retraite. Chaque année, depuis une décennie, un analyste se permet de soulever la question. «Et la relève, monsieur, vous y pensez ?»


Aujourd'hui âgé de 69 ans, le président-fondateur de Transat AT a fini de se cacher derrière des faux-fuyants. Non seulement y a-t-il pensé, mais son successeur est, dit-il fièrement, déjà tout trouvé.


Il s'agit d'Annick Guérard, 46 ans, aujourd'hui PDG de Transat Tours Canada. Après 15 ans passés à explorer à peu près toutes les sphères de l'organisation, la gestionnaire deviendra officiellement, début novembre, chef de l'exploitation de Transat AT, un poste jusque-là inexistant au siège du voyagiste.


Le communiqué faisant état de sa promotion, mi-octobre, expliquait qu'à ce titre, Mme Guérard dirigera l'ensemble des opérations liées aux activités de voyage de Transat, y compris celles de la compagnie aérienne Air Transat. «Pour être clair, elle deviendra le numéro deux de l'entreprise, dit M. Eustache. Elle sera mon dauphin jusqu'à ce qu'elle en vienne à pouvoir prendre l'ensemble des responsabilités de direction de l'entreprise que j'assume actuellement.»


Le choix de Mme Guérard n'est pas récent. Voilà déjà trois ans que la direction des ressources humaines, de concert avec une firme de consultation externe, a ouvert officiellement le dossier de la succession du président-fondateur. Après un processus de détermination des meilleurs talents, suivi d'une période de sélection, Mme Guérard a finalement été choisie.


«Nous cherchions une personne qui avait de la vision et des idées, une personne qui connaissait bien l'entreprise et une personne qui avait à la fois les compétences, la motivation, l'énergie et de la crédibilité au sein de nos équipes», explique M. Eustache. Un tel candidat aurait aussi pu venir de partout dans l'industrie du voyage et du transport aérien. Toutefois, c'est finalement à l'intérieur même des murs du siège social, bien en vue sur le flanc est du parc du Mont-Royal, que la perle rare a été trouvée.


Au plus grand bonheur de M. Eustache, dont la préférence était de passer le flambeau à l'interne, mais également à celui de la première intéressée, Mme Guérard, qui n'a jamais tourné le dos aux défis qui lui ont été présentés au cours des 15 dernières années dans l'entreprise. Après avoir terminé des études en génie civil à Polytechnique Montréal, et travaillé comme ingénieure par la suite pendant quelques années, Mme Guérard s'est vite découvert une passion pour la gestion qui, de fil en aiguille, l'a menée chez Transat, quelques mois après les attentats de septembre 2001 à New York.


À l'époque, comme toute l'industrie, Transat traverse une période on ne peut plus difficile. Confronté à l'effondrement mondial de la demande de transport aérien, Jean-Marc Eustache prend alors la décision de se départir du quart du personnel de l'entreprise. Alors que plusieurs transporteurs meurent entre-temps, Transat réembauchait six mois plus tard. C'est dans ce contexte bien particulier que Mme Guérard aura finalement fait ses premières armes dans l'industrie du voyage. Une aventure qui, d'une promotion à l'autre, de Montréal à Toronto, dure depuis 15 ans.


Bien épaulée


La nouvelle chef de l'exploitation de Transat AT se dit «excitée», davantage qu'inquiète, de voir le tapis ainsi se dérouler devant elle. «J'ai toujours carburé aux défis. Je suis ambitieuse et stimulée par ce qui arrive, répond-elle. Ai-je le vertige devant tant de responsabilités à venir ? Je vous répondrais : pas encore.»


Une chose est sûre, l'aspirante présidente se dit bien entourée. En plus de rencontres bimensuelles de plusieurs heures avec M. Eustache pour discuter de différents dossiers en développement, Mme Guérard profite de services de coaching dont l'objectif principal consiste à la préparer le mieux possible à ses futures responsabilités.


C'est notamment l'occasion de peaufiner quelques compétences soft, comme son style de leadership. De manière, explique-t-elle, à mieux communiquer, à tirer le meilleur de chacun ou de solidifier ses relations avec le maximum de partenaires de l'entreprise. Transat, en effet, entretient des relations d'affaires avec quelque 400 hôteliers différents partout dans le monde. «Il faut élargir son réseau et faire en sorte qu'elle se fasse une crédibilité auprès d'eux, explique M. Eustache, au sortir justement d'une rencontre impromptue avec une délégation de Cuba. C'est très important. Beaucoup plus qu'on pourrait le croire. Parce que ces gens-là n'aiment négocier qu'avec la personne qu'ils ont connue.» C'est là le genre de détail qui pourrait faire une différence et aider la nouvelle venue à atteindre ses objectifs. Parmi ceux-ci, Annick Guérard voudrait parvenir à faire de Transat une entreprise ultra-efficace de manière à continuer d'offrir un produit de qualité au meilleur prix possible.


Le renouvellement complet de sa flotte aérienne, bientôt composée exclusivement d'appareils d'Airbus, contribuera à remplir cet objectif. Il en va de même d'investissements importants afin de parvenir à mieux prédire les comportements et les attentes des consommateurs ainsi que dans le numérique, afin de mieux accompagner la clientèle dans chacune des étapes de leur projet de voyage. «En se donnant les moyens, dit-elle, j'ai la conviction que nous pouvons devenir une véritable machine de guerre».


D'ici à ce que Mme Guérard prenne la tête de l'entreprise, M. Eustache demeurera président de son entreprise, chef de la direction et président du conseil d'administration. Il sera aussi principal responsable du développement de la division hôtelière que Transat AT est à mettre sur pied.


Combien de temps tout cela durera ? Difficile de savoir. «On prendra le temps nécessaire, répond M. Eustache. Cela dépend de beaucoup de choses. D'Annick bien entendu, et un peu de moi également.»


«Mais je vous rassure, de poursuivre M. Eustache, ça ne prendra pas 20 ans. (...) Et le jour où je pars de Transat, je pars de Transat. Je ne resterai pas président du conseil ou rien de ça. Je pars, je donne les clefs. Thank you very much et good luck ! À un certain moment, il faut savoir partir et céder les rênes à la prochaine génération.»

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