Véhicules électriques: les stations-service étudient le virage

Publié le 20/07/2017 à 15:04

Véhicules électriques: les stations-service étudient le virage

Publié le 20/07/2017 à 15:04

La popularité grandissante des véhicules électriques ne perturbe pas encore les activités des exploitants de dépanneurs et de stations-service, ce qui ne les empêche toutefois pas de réfléchir à comment assurer la pérennité de leur modèle d'affaires.


À terme, ceux-ci devront trouver des moyens de stimuler l'achalandage dans leurs magasins même si de plus en plus de consommateurs n'auront plus à s'arrêter pour remplir le réservoir de leur automobile.


Présent sur plus de 300 sites en Norvège, la capitale mondiale du véhicule électrique par habitant, Alimentation Couche-Tard s'affaire à tester de nouvelles initiatives dans ce marché que l'entreprise qualifie de «laboratoire».


«C'est exploratoire à ce stade-ci (...) mais nous sommes très engagés afin d'identifier les solutions les plus efficaces», avait expliqué le président et chef de la direction de Couche-Tard, Brian Hannasch, au cours d'une récente conférence téléphonique.


La Norvège compte environ 120000 véhicules électriques ou hybrides pour une population de quelque 5 millions de personnes. Au Québec, on comptait près de 14400 véhicules sur les routes de la province en date du 31 mars et quelque 34800 au Canada.


Si l'on offre des rabais en Amérique du Nord pour stimuler les ventes, en Norvège, on préfère plutôt taxer davantage le carburant et offrir d'autres exemptions aux automobilistes qui tournent le dos aux énergies fossiles.


Pour se démarquer en Norvège, Couche-Tard dit avoir rehaussé l'offre de produits frais et de plats préparés à l'avance dans ses dépanneurs en plus d'accélérer la cadence d'installation des bornes de recharge.


Selon l'association norvégienne des voitures électriques, de plus en plus de compagnies ont les yeux rivés sur le pays européen pour comprendre comment s'adapter.


«Elles se réveillent, affirme sa secrétaire générale, Christina Bu, en entrevue téléphonique depuis Oslo. Si les stations-service ne s'adaptent pas, d'autres joueurs vont s'emparer de ce marché.»


Des restaurants, des épiceries ainsi que des détaillants comme Ikea installent des bornes de recharge pour attirer les électromobilistes.


Les compagnies comme Couche-Tard ont toutefois un atout, estime Mme Bu, puisque bon nombre de leurs sites sont déjà à proximité des grands axes routiers, ce qui facilite la vie aux automobilistes.


Étape par étape au Québec


Dans la province, le virage s'amorce. Harnois Groupe Pétrolier s'affaire à compléter l'installation de 10 bornes _ la moitié sont à recharge rapide _ dans cinq stations-service Esso.


Harnois a choisi des endroits situés près d'autoroutes dans les Laurentides et Lanaudière, puisque ce sont les électromobilistes qui effectuent de longs trajets qui s'arrêtent pour effectuer une recharge rapide.


«Des établissements de restauration se trouvent sur les sites, explique Claudine Harnois, vice-présidente de l'entreprise. Les électromobilistes s'arrêtent une dizaine de minutes et peuvent casser la croûte ou aller dans le dépanneur. »


Mais puisque plusieurs estiment qu'il faudra environ une décennie pour que les véhicules électriques se taillent une place importante sur le marché, le déploiement de ces sites multiservices sera limité pour l'instant.


Au Nouveau-Brunswick, par exemple, Irving collabore avec Énergie NB pour déployer sept sites destinés aux recharges rapides.


À l'échelle nationale, en date du 31 décembre, on comptait plus de 4500 bornes, dont certaines capables de recharger jusqu'à 80% de la batterie d'un véhicule en environ 30 minutes.


Couche-Tard estime toutefois que le carburant traditionnel a encore de beaux jours devant lui en Amérique du Nord. Ce sont plutôt les véhicules de moins en moins énergivores qui pourraient tirer vers le bas les volumes de carburant.


«Nous croyons qu'il s'agira de l'impact le plus important, avait dit M. Hannasch. Le carburant va continuer d'être important pour nous pour encore longtemps.»


Peter Sklar, de BMO Marchés des capitaux, est du même avis. Même en 2030, estime l'analyste, l'impact des voitures électriques ne devrait pas influencer négativement les résultats de Couche-Tard.


Au cours du dernier exercice, le carburant a généré 40% des profits de l'entreprise et 69% de ses recettes.


Pour le président de l'Association des véhicules électriques du Québec (AVEC), Simon-Pierre Rioux, le nombre de ces véhicules devrait grimper de façon plus rapide au cours de la prochaine décennie, notamment en raison de l'arrivée des batteries de nouvelles générations, ce qui devrait faire fléchir les prix.



Ainsi, à son avis, les exploitants de stations-service ont tout intérêt à réfléchir à leur modèle d'affaires pour répondre aux besoins des électromobilistes qui devront s'arrêter au moins 10 minutes pour recharger leur véhicule.


«Les entreprises ont tout à gagner, dit-il. Elles se retrouvent avec un consommateur captif. Il va aller s'acheter un café ou peut-être même faire des courses.»


Bien que les propriétaires de stations-service «traînent légèrement de la patte» en ce qui a trait à leur virage vers l'électrification, M. Rioux estime que ceux-ci se «rendent compte» qu'il y a un retard à combler.


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