Les titans du Web ont encore de bons rendements à offrir

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Décembre 2017

Les titans du Web ont encore de bons rendements à offrir

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Édition du 16 Décembre 2017

Par Dominique Beauchamp

[Crédit photo: 123rf.com]

Les colosses du Web sont de plus en plus critiqués pour leurs pratiques anticoncurrentielles, leur indifférence concernant la vie privée, leur incapacité à freiner la propagande ou encore leurs tactiques d'évitement fiscal.


Les gouvernements se penchent un à un sur ces irritants, ce qui fait craindre que les plus beaux jours soient derrière les coqueluches de la Bourse.


Ce sont de nouveaux facteurs de risque à long terme que gardent notamment à l'oeil Colin Wong, de Mawer Investment Management, et Robert Almeida, de MFS Sun Life.


Après des gains de 45% en 2017 pour les cinq titres du club sélect des FAAMG (Facebook, Apple, Amazon, Microsoft, Google-Alphabet), certains commentateurs croient que le flambeau pourrait aller vers d'autres secteurs moins chèrement évalués.


La performance boursière des têtes d'affiche pourrait perdre un peu de sa vigueur l'an prochain si les fonds de couverture, par exemple, décidaient d'encaisser leurs profits.


En revanche, il est difficile de les imaginer piquer du nez au moment où l'emploi, les salaires, la consommation et les dépenses des entreprises connaissent une rare amélioration synchronisée.


La réforme des impôts devrait aussi se solder par des économies de 2,28 G $ US pour Google, 1,56 G $ US pour Facebook et 723 M $ US pour Amazon en 2018, calcule John Blackedge, analyste principal du courtier Cowen & Co.


Les multiples ne sont pas extrêmes


«C'est vrai que ces entreprises risquent d'entrer de plus en plus en collision les unes avec les autres, soutient M. Wong, que ce soit pour les services infonuagiques, la réalité virtuelle ou augmentée, la voiture autonome ou la domotique, mais, dans leur domaine respectif, elles dominent encore.»


Ces mastodontes raflent toujours des parts de marché aux acteurs traditionnels. «Nous restons avec les entreprises qui s'approprient encore des parts du portefeuille des consommateurs et du gousset des entreprises», résume M. Almeida.


L'optimisme prudent de ces observateurs tient aussi au fait que l'évaluation de ces titres n'est pas extrême par rapport à la progression de leurs bénéfices.


Au troisième trimestre, par exemple, les revenus des titres FAAMG ont bondi de 21 % - leur meilleure performance depuis 2012 - et de plus de cinq fois le taux de croissance de toutes les entreprises du S&P 500, indiquait récemment Goldman Sachs.


L'an prochain, le consensus mise sur une autre hausse de 20 % de leurs revenus, par rapport à 3,5 % pour l'ensemble du S&P 500.


En fait, les multiples d'évaluation de plusieurs titres de l'élite des FAAMG ont baissé depuis un an parce que leurs bénéfices ont progressé plus vite que leur cours en Bourse.


Google-Alphabet (GOOGL, 1055,4 $ US)


La société mère de Google, Alphabet, dispose de 94,7 milliards de dollars américains à son bilan et dégage des marges nettes de 19,5 %, alors que son titre s'échange à un multiple «raisonnable» de 24,4 fois les profits attendus dans 12 mois, note M. Wong.


«En investissant dans ses services les plus prometteurs, Google-Alphabet peut continuer à accroître ses revenus de plus de 20 % par année pendant encore longtemps», croit-il.


Google-Alphabet est plus diversifiée et plus mûre que Facebook, d'où son multiple à peine plus élevé que celui du marché, explique M. Almeida.


Pourtant, la société commence à monétiser le temps de visionnement de YouTube, qui lui procurera des années de croissance, fait-il valoir.


Facebook (FB, 179,95 $ US)


M. Almeida reconnaît que Facebook risque de rester dans la mire des régulateurs, dans la foulée de la propagande électorale des Russes aux États-Unis.


«Cyniquement, on peut aussi reconnaître que ce scandale a mis en relief l'efficacité de sa publicité pour cibler les internautes», dit le gestionnaire de MFS Sun Life.


En bout de ligne, la controverse changera bien peu le parcours de la société de Mark Zuckerberg, avance-t-il.


M. Wong doute que Facebook ajoute 10 milliards de dollars à ses dépenses annuelles de 20 G $, comme elle l'a laissé entendre en marge de sa comparution devant les élus du Sénat.


En outre, si c'était le cas, des dépenses de cette ampleur auraient peu d'influence sur la trajectoire de la société à long terme, fait valoir le gestionnaire de portefeuille de Mawer.


Amazon (AMZN, 1167,39 $ US)


Le cas d'Amazon est un peu plus épineux, car la société n'est pas rentable.


Il faut donc l'évaluer en fonction de probabilités et d'hypothèses concernant ses futures marges de profits.


«Si sa marge nette s'établissait éventuellement à moins de 3 %, son cours actuel ne se justifie pas. Cependant, si cette marge atteignait 10 %, son cours actuel apparaît raisonnable. Une marge supérieure à 10 % ferait du titre une aubaine», donne en exemple M. Wong.


Amazon risque moins de souffrir des régulateurs parce qu'elle crée beaucoup d'emplois, facilite les ventes en ligne de PME et exerce une pression à la baisse sur les prix, croit M. Almeida.


À 50 fois les bénéfices espérés en 2018, l'entreprise est plus chèrement évaluée que d'autres parce que les services infonuagiques et la vente en ligne lui procurent de nouveaux marchés potentiels à perte de vue, conclut le gestionnaire.

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