Jim Rogers : il faut laisser la Grèce faire faillite

Diane Bérard . Les Affaires . 28-04-2010

chapeau

Jim Rogers a fait fortune au cours des années 1970 en créant Quantum Fund. Photo : Bloomberg

L'investisseur-vedette Jim Rogers estime que les sauvetages en série par les gouvernements ne sont rien de plus que du «socialisme pour les riches».


Celui qui a fait fortune au cours des années 1970 en créant Quantum Fund, qui avait gagné 4 200 % en 10 ans, alors que le S&P se contentait de 47 % affirme qu'il faut laisser la Grèce faire faillite et que les gouvernements doivent cesser leurs plans de relance.


Nous l'avons joint à son condo de Singapour.


Diane Bérard - Que feriez-vous de la Grèce ?


Jim Rogers - Qu'on la laisse faire faillite. Ce ne serait pas un drame. La Grèce représente 2 % de l'économie de la zone euro. C'est comme si l'Île-du-Prince-Édouard faisait faillite, l'économie canadienne ne s'écroulerait pas. Ce sera la même chose pour la zone euro : des perturbations sont à prévoir à court terme, mais vous verrez rapidement la monnaie reprendre la vigueur. Et je recommencerai à en acheter ! L'euro a le potentiel de devenir une devise très puissante, mais les gouvernements doivent convaincre les investisseurs internationaux qu'ils contrôlent la situation.


D.B. - Fallait-il aussi laisser Fannie Mae et Freddie Mac faire faillite ?


J.R. - Absolument. C'est la base du système capitaliste : vous échouez, vous faites faillite, quelqu'un rachète vos actifs, nettoie vos dégâts et repart à neuf. Les sauvetages en série pratiqués par le gouvernement américain, c'est du socialisme pour les riches.


D.B. - La crise économique et financière est-elle derrière nous ?


J.R. - Ce n'est que partie remise, elle reviendra très bientôt, et avec plus de vigueur. Regardez comment on l'a gérée : les gouvernements ont réglé leurs problèmes d'endettement en s'endettant davantage et en consommant plus. Il aurait fallu instaurer des mesures d'austérité draconiennes, ce qui en s'est pas produit.


D.B. - Vous êtes très critique du plan de relance américain.


J.R. - Avec raison : le nombre de fontionnaires a augmenté, de même que leurs salaires, diriez-vous que c'est une façon sage de dépenser l'argent de la relance ? Pendant ce temps, la Chine investit l'argent économisé pour les temps durs dans ses infrastructures.


D.B. - Vous résidez en Asie depuis 2008, parlez-nous de la bulle immobilière chinoise.


J.R. - Elle est beaucoup moins importante que vous ne pensez. En fait, elle est circonscrite à certaines villes côtières, telles que Guangzhou, Shanghaï et Hong Kong.


D.B. - Comment décodez-vous l'incident Google en Chine ?


J.R. - Il y a plus que ce qu'on nous en dit. Même le Wall Street Journal, qui est loin d'être pro-Chine, juge que tout cela est une vaste opération de relations publiques de la part de Google. Je ne peux pas croire que Google quitterait le plus important marché du monde pour cause de piratage.


D.B. - Vous êtes devenu célèbre en prévoyant le boom des commodités, où en est ce boom aujourd'hui ?


J.R. - Surveillez l'agriculture. Il n'y a pas assez de nourriture pour tous les habitants de la planète, alors tout ce qui est lié à ce secteur - fertilisants, machinerie, aliments - se transformera en or.


D.B. - Mes oncles sont tous propriétaires de fermes céréalières et laitières mais leurs enfants refusent de prendre la relève.


J.R. - Courrez et prenez la place laissée vacante par vos cousins, ce sera pas mal plus payant que d'être journaliste ! Depuis 30 ans, on déserte le secteur agricole. Aujourd'hui, ceux qui se sont accrochés prendront leur revanche. Attendez de voir les hausses des prix des aliments et de tout ce qui s'y rattache.


D.B. - Parlant de commodités, quel avenir voyez-vous pour l'Afrique ?


J.R. - L'Afrique est un continent vaste, tout dépend de quel pays vous parlez, mais surtout, à quel moment vous le faites. L'histoire s'y répète constamment : chaque fois qu'un leader change le cours de choses, le pouvoir le corrompt. Il m'est donc difficile de placer un espoir à long terme sur un pays africain.


D.B. - L'auto électrique réduira-t-elle notre dépendance au pétrole ?


J.R. - Je ne cesserais pas d'investir dans le pétrole avant un bon moment. Même si demain matin nous exigeons tous une auto électrique, voulez-vous me dire où nous l'achèterons, et où nous rechargerons la batterie ? Chaque chose en son temps.


D.B. - Où va le dollar canadien ?


J.R. - Il n'a pas fini de grimper. Je le vois facilement atteindre 1,06 $.


D.B. - Faites-vous partie du " Club des mal cités " ?


J.R. - Oui, et il n'y a pas de raison pour cela. Votre métier est facile, vous n'êtes pas neurochirugienne; tout ce qu'on demande aux journalistes, c'est d'écouter ce qu'on dit et de prendre des notes !


 

6 commentaires

Olivier M. le 29-04-2010

C'est un discours auquel je n'adhère pas. Certains états américains, l'Islande, l'Irlande ou encore la G-B sont au bord de la faillite et ce ne sont pas les programmes sociaux qui les ont menés là. Je trouve malsain à l'heure actuelle de voir les pratiques et le discours ultralibéral reprendrent le dessus comme si de rien n'était alors qu'ils sont responsables de la crise que nous connaissons. En Grèce ou ailleurs, même s'il y a pu avoir des abus dans les dépenses publiques (qui ont d'ailleurs grassement profité à des entreprises privées), les gens font les frais du manque de règles qu'il y a eu dans le monde de la finance et de l'impunité des responsables. Le monde de la finance et les agences de notation sont même au-dessus des États. Si les gouvernements font payer le prix fort à la classe moyenne en réduisant les services et en augmentant trop les impôts, pendant qu'ils ne font rien payer aux responsables de cette crise (réglementation du domaine financier au point zéro) c'est à une crise sociale sans précédent à laquelle nous devrons faire face.

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