Inflation: il ne faut pas sauter aux conclusions

Publié le 17/08/2018 à 12:24, mis à jour le 17/08/2018 à 14:25

Inflation: il ne faut pas sauter aux conclusions

Publié le 17/08/2018 à 12:24, mis à jour le 17/08/2018 à 14:25

Par Dominique Beauchamp

Alors que le bond annuel de 3% du taux d’inflation au Canada en juillet fait les manchettes, deux économistes offrent leur grain de sel pour mettre la surprise en perspective.


L'inflation a augmenté de 0,5% en juillet, ce qui a fait passer le taux annuel de 2,5 à 3%. Seulement une des huit catégories colligées a vu les prix baisser: les vêtements.


Le taux d’inflation de 3% à un sommet en sept ans et le taux directeur 1,5% de la Banque du Canada semblent bien incompatibles. Il est par contre loin d’être certain que Stephen Poloz relève le taux repère en septembre, prévient l’économiste en chef Sébastien Lavoie de Valeurs mobilières Banque Laurentienne.


Voici pourquoi.


Une bonne part de la hausse des prix provient d’éléments marginaux et volatiles. M. Lavoie cite la hausse de 16,6% des prix du transport aérien et de 13,9% des forfaits-voyages, entre juin et juillet.


Ces deux éléments ont ajouté 0,35% au taux d’inflation mensuel, précise-t-il.


À la Financière Banque Nationale, Matthieu Arseneau, mentionne le bond soudain de 15% des frais de transport inter-cité qui inclut le transport aérien et le transport entre villes par train et autobus.


De plus, les tarifs douaniers imposés en juillet par Ottawa, en représailles aux douanes américaines sur l’acier et l’aluminium canadiens, ont fait bondir les prix du sirop et du sucre de 4,1%, des textiles pour lits de 4,1% et de la papeterie de 1,9%, entre juin et juillet.


«Ce type néfaste d’inflation – qui ralentit au lieu de stimuler la consommation – n’est pas du genre à motiver une hausse de taux par la banque centrale», explique M. Lavoie.


De plus, les hausses les plus extrêmes des prix, tant le transport aérien, les forfaits-voyages et les tarifs, sont exclues des trois mesures d’inflation de base que préfère la banque centrale pour dicter sa politique monétaire.


Ces trois indicateurs ont augmenté de 2% en moyenne en juillet, un rythme tout à fait conforme à celui des six derniers mois, ajoute M. Lavoie.


«Nous ne sommes pas convaincus qu’une hausse d’encore 25 points de base en septembre soit nécessaire. Surtout qu’une nouvelle hausse, deux mois à peine après celle de juillet, ne cadrerait pas avec l’approche graduelle promise par la banque», écrit-il.


M. Arseneau partage cet avis.


«L'inflation de base correspond à une économie qui fonctionne à pleine capacité, justifiant des taux plus élevés. Toutefois, l'inflation encore modérée et un produit intérieur brut qui s'annonce conforme aux attentes au deuxième trimestre, il n'y a pas d'urgence à relever le taux directeur avant d'en savoir plus sur l'impact à venir des tensions commerciales, des soubresauts mondiaux et de la stratégie fiscale d'Ottawa», fait valoir M. Arseneau.


Son propre indicateur-maison, qui reproduit les trois mesures de base que privilégie la Banque du Canada ne montre aucune accélération des indices de prixde base, depuis trois mois, ajoute-t-il.


Les ventes au détail, qui seront dévoilées la semaine prochaine, seront une donnée plus robuste pour jauger si M. Poloz sera tenté de relever son taux directeur pour une troisième fois cette année, croit M. Lavoie. ll prévoit une hausse de 0,3% des ventes au détail en juillet par rapport à celles de juin.


L’économiste de Valeurs mobilières Banque Laurentienne persiste à croire que la prochaine hausse du taux directeur aura lieu le 24 octobre ou le 5 décembre.


Stephen Brown, économiste à la firme londonienne Capital Economics, table sur une augmentation du taux directeur de 1,5 à 1,75%, le 24 octobre.


 


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