Faire de l'équité des sexes plus qu'un voeu pieux

Offert par Les Affaires


Édition du 25 Mars 2017

Faire de l'équité des sexes plus qu'un voeu pieux

Offert par Les Affaires


Édition du 25 Mars 2017

Par Laura O'Laughlin

Imaginez qu'il existe une façon assez simple d'augmenter de 10 % les salaires de la moitié des travailleurs du Québec, d'améliorer la sécurité économique et de développer l'économie.


Cette vision est une bonne vieille idée qui fait de nouveau le tour des milieux politiques internationaux : la budgétisation «sexospécifique». Une telle idée mérite d'être mentionnée à l'occasion de la période budgétaire, même si nous n'en verrons probablement aucune trace dans les budgets fédéraux ou provinciaux. La budgétisation sexospécifique est un concept assez simple : elle oblige les gouvernements à incorporer explicitement une perspective sexospécifique à tous les niveaux du processus budgétaire, en restructurant la comptabilité gouvernementale de façon à promouvoir l'équité entre les sexes, en examinant séparément les coûts et les avantages de ses programmes.


En mettant l'équité au coeur de l'action d'un gouvernement - c'est-à-dire en recueillant de l'argent, puis en le dépensant au profit de ses citoyens - la budgétisation sexospécifique vise à s'assurer que l'argent du gouvernement est dépensé de manière équitable pour tous ses citoyens.


Bien que les femmes et les hommes aient les mêmes droits en vertu des lois fédérales et provinciales, l'égalité des droits ne garantit ni l'égalité des chances ni l'égalité des résultats. En fait, les résultats courants sont loin d'être équitables. Même si le Canada et le Québec ont totalement comblé l'écart entre les sexes en ce qui concerne le niveau de scolarité, l'écart entre les sexes croît et persiste dès l'entrée des femmes sur le marché du travail. Le Canada (et le Québec) obtiennent des résultats médiocres en matière d'équité salariale, d'épargne-retraite, de travail à temps partiel involontaire et de représentation politique.


Malheureusement, les politiques provinciales et fédérales actuelles font à peine mieux que des voeux pieux, encourageant seulement la «considération» volontaire des répercussions différenciées selon les sexes dans la prise de décision. Il n'en reste pas moins que les «questions féminines» sont encore détournées vers des ministères «spéciaux» aux noms évocateurs qui rappellent davantage un diagnostic médical (la «condition» féminine, par exemple).


Que pourrait signifier la budgétisation sexo- spécifique pour le Québec et le Canada ? Pratiquement, cela obligerait le gouvernement à mesurer l'impact des décisions de dépenses en prenant explicitement en compte les deux moitiés de la population. Un bon départ serait l'utilisation de statistiques ventilées par sexe, la présentation des résultats dans une perspective d'égalité et une veille sur des indicateurs mesurant l'impact à long, moyen et court termes des politiques sur la vie quotidienne de monsieur et madame Tout-le-Monde.


Bien sûr, une telle analyse pourrait montrer qu'il faudra peut-être plus d'argent dans les services de garde, dans la lutte contre la discrimination salariale, dans les soins aux aînés et dans les prestations de retraite. Toutefois, une démarche de budgétisation comparative entre les sexes montrerait que notre incapacité à répondre à ces besoins est une fausse économie qui empêche manifestement la moitié de la population de contribuer au mieux possible à la société.


Certes, une telle approche pourrait déboucher sur une avalanche de demandes similaires - on pourrait facilement penser à un budget autochtone, à un budget pour les minorités visibles, à un budget pour les pauvres ou à un budget pour les immigrants. Mais peut-être qu'en obligeant les gouvernements à gérer ce qui pourrait être mesuré par le genre - soit la quasi-totalité de toutes leurs dépenses -, ils pourraient ainsi mieux répondre aux besoins des gens qu'ils gouvernent. Peut-être qu'une telle approche, répondant aux besoins et aux préoccupations des gens ordinaires, pourrait faire du «populisme» un indicateur de la bonne gouvernance plutôt qu'un mot sale.


EXPERTE INVITÉE


Laura O'Laughlin est économiste principale au cabinet de consultation Groupe d'analyse. Elle est aussi fondatrice de l'Institut des générations, un organisme sans but lucratif qui s'intéresse à l'équité entre les générations.


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