Les 10 principes à connaître pour bien investir

Offert par Les Affaires


Édition du 05 Novembre 2016

Les 10 principes à connaître pour bien investir

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Édition du 05 Novembre 2016

Par Marie-Claude Morin

[Photo : 123RF/rawpixel]

Certains professeurs sont à fond dans la Bourse ! Ils en parlent en classe, animent des activités parascolaires, encadrent des simulations. Leur but : inculquer quelques notions fondamentales aux jeunes esprits devant eux. Des principes, espèrent-ils, qui leur seront utiles pour le reste de leur vie. Vous n'avez pas eu la chance d'avoir un tel prof ? Voici les enseignements de sept d'entre eux.


À lire aussi : Qui est Paul Bourget ?


1- Assumer ses responsabilités


La Bourse ne vous intéresse pas ? Ce n'est pas une raison pour ne pas comprendre comment ça fonctionne. Même si vous n'investissez pas directement, vous devrez en savoir assez pour poser les bonnes questions à votre conseiller financier. Parce que déléguer les yeux fermés, ça peut coûter cher !


«L'épargnant est toujours le responsable ultime de ses finances. Au bout du compte, c'est lui qui vit avec le résultat de ses investissements», dit Paul Bourget, fondateur de la simulation boursière Bourstad.


Souvent, les jeunes envisagent d'abord la Bourse comme un jeu de loto. Ils espèrent tomber un peu par hasard sur les bons chevaux et passer à la caisse. Puis, ils se rendent compte que, si la stratégie peut à l'occasion rapporter gros, elle fait souvent perdre beaucoup.


Arie de Jonge, professeur à l'école secondaire Père-Marquette, de Montréal, les invite plutôt à voir la Bourse comme un jeu de stratégie, dont il faut connaître les règles. Pour gagner, mais aussi pour éviter les bourdes. «Les gens investissent souvent dans des entreprises parce qu'elles sont très médiatisées, donne-t-il en exemple. Ça ne veut pas dire qu'elles sont en bonne santé. C'est souvent même le contraire !»


Pourtant, tous ceux qui veulent apprendre les règles du jeu le peuvent. «Certains étudiants ne connaissent absolument rien de la Bourse au départ, pas même la différence entre une action et une obligation», indique Gilles Guindon, enseignant d'économie au niveau collégial du Collège Jean-de-Brébeuf. Au fil du temps, ils découvrent des notions, posent des questions, assimilent les concepts. Et finissent même, parfois, par s'inscrire en finance !


2- Définir son profil d'investisseur


Avant de s'aventurer en Bourse, mieux vaut connaître le niveau de turbulences qu'on peut endurer sans perdre le sommeil. «Les étudiants - tout comme les investisseurs en général - doivent d'abord et avant tout apprendre à se connaître eux-mêmes», dit Waguih Laoun, qui a enseigné 30 ans au Collège Ahuntsic.


Le profil d'investisseur, sur lequel s'appuiera la stratégie d'investissement, utilise plusieurs données, comme l'âge, le revenu et la situation familiale. Il faut toutefois y ajouter un élément plus subjectif : le tempérament de l'investisseur.


Or, estimer sa capacité à vivre avec le stress de la Bourse n'est pas facile. Il n'est pas rare, d'ailleurs, que les gens s'imaginent plus tolérants qu'ils ne le sont en réalité, observe M. Laoun. Ils investissent en se disant que tout ira bien, puis paniquent au moindre soubresaut des marchés et liquident leurs positions.


Les simulations boursières comme Bourstad permettent aux participants de prendre conscience qu'entre les actions à forte croissance hyper-risquées et les titres ennuyeux mais solides comme du roc, il y a un monde.


3- Mesurer son horizon de placement


En plus de connaître son tempérament, l'investisseur doit cerner ses objectifs. «On n'investit pas juste pour faire de l'argent, mais parce qu'on a un projet», explique François St-Onge, enseignant au Collège de Bois-de-Boulogne, un cégep de Montréal.


Selon sa nature, ce projet aura un horizon plus ou moins éloigné dans le temps. Ça peut aller de quelques mois pour l'achat de meubles, à 40 ans pour la planification de la retraite. Le choix des placements devra se faire en respectant cet horizon : on évitera généralement de prendre trop de risques pour les projets à court terme, et on s'en permettra plus pour les projets à long terme.


Lorsqu'ils découvrent la Bourse, certains étudiants du cégep sont tentés d'investir toutes leurs économies selon des stratégies audacieuses, dans l'espoir de tripler ou de quadrupler leur mise, raconte M. St-Onge. Heureusement, il intercepte leur intention à temps ! «Il faut leur faire comprendre que c'est risqué de spéculer. D'autant qu'ils auront besoin de cet argent dans un an ou deux pour aller à l'université.»


4- Respecter sa tolérance au risque


La tolérance au risque, c'est plutôt abstrait. Pour se familiariser avec le concept, les participants de Bourstad doivent établir un profil d'investisseur au début de la simulation et le respecter tout au long de leurs transactions. Ce qui s'avère plus facile à dire qu'à faire !


Il faut en effet une bonne dose de discipline pour résister aux titres prometteurs, mais trop risqués. Surtout quand les collègues affichent fièrement leurs propres gains ! Ce sera, pour les étudiants, une bonne pratique pour les futures discussions de bureau ou les soupers entre amis...


Mais savoir gérer les risques va bien plus loin que ça. «C'est une compétence clé en finance», fait valoir Paul Bourget. L'enseignant à la retraite voit la chose en trois étapes : bien identifier et mesurer les éléments qui représentent des risques ; s'en protéger pour éviter les pertes ou, du moins, pour les limiter ; et en tirer profit pour réaliser des gains. Attention, il ne s'agit pas ici de spéculer sur des risques, précise M. Bourget. «Demandez-vous quelles valeurs [catégories d'actifs ou secteurs d'activité] pourraient s'affermir si un risque donné se matérialisait.»


La grille d'analyse des risques doit inclure tous les risques, même ceux difficilement quantifiables, comme la responsabilité sociale des entreprises, ajoute M. Bourget. «Ces concepts prennent de plus en plus d'importance, et on doit chercher à mesurer leur impact sur la performance de l'entreprise.»


5- Investir son temps autant que son argent


Au premier coup d'oeil, investir en Bourse semble facile : on vend et on achète des actions. «Les jeunes me demandent comment on sait qu'une action va bientôt monter», raconte en riant Julie Blondin, enseignante en administration au Collège André-Grasset. Elle les ramène vite sur Terre : s'il y avait une formule magique, elle ne serait pas dans sa classe, mais plutôt en train de compter ses millions !


Son objectif n'est pas de les décourager. Au contraire, la Bourse est un beau et grand défi pour ceux qui veulent y mettre l'énergie. «Ils se rendent compte que, s'ils investissent, ils devront lire, s'informer, analyser, réfléchir... C'est beaucoup plus complexe que ce qu'ils pensaient au départ !»


Afin de montrer à quel point suivre l'actualité est essentiel, plusieurs enseignants qui participent à Bourstad prennent quelques minutes au début de leurs cours pour décortiquer une ou deux nouvelles importantes. «Je regarde avec eux ce qui se passe sur le titre, comment les investisseurs réagissent», explique Mélanie Gingras, enseignante d'économie au Collège Regina Assumpta, une école privée de Montréal.


Et elle a toute leur attention ! «Les actions sont des placements people pour les jeunes. Ils sont très curieux de suivre et de comprendre les nouvelles.» C'est d'ailleurs un défi de les amener à regarder au-delà des «grosses vedettes» de la Bourse. Trop souvent, ils tombent dans le piège de la facilité et ne cherchent pas d'autres entreprises que celles qu'ils connaissent bien.


Pour dénicher des titres moins connus mais plus intéressants, ils doivent creuser, aller plus loin que les grands titres de journaux. «Il faut consulter une variété de sources», dit Paul Bourget, qui suggère entre autres de visiter les sites Morningstar et Value Line, et de lire les analyses de stratèges réputés.


À lire aussi : Qui est Paul Bourget ?


[Photo : Shutterstock]


6- Établir la valeur d'une action


Pour éviter d'acheter ou de vendre sur un coup de tête, un investisseur doit savoir combien valent exactement les actions qu'il a en portefeuille et celles qu'il espère acquérir. Sans calculs rationnels, il risque fort de se laisser emporter par une vague d'euphorie ou un moment de panique. «Investir en Bourse demande d'être organisé et structuré», résume François St-Onge. Même s'il présente plusieurs indicateurs financiers à ses étudiants, il insiste particulièrement sur le ratio cours/bénéfice et le taux d'endettement de l'entreprise.


«Je veux surtout qu'ils comprennent qu'il n'y a pas de réponse toute faite et qu'il faut interpréter les données», précise-t-il. Un ratio cours/bénéfice de 300 peut être justifié dans le cas d'une entreprise en très forte croissance, tandis qu'un ratio de «seulement» 50 sera trop élevé pour une banque. Même chose en ce qui a trait à l'endettement : une dette de plusieurs milliards peut être acceptable pour une entreprise, mais catastrophique pour une autre.


Afin de dépasser les chiffres, Paul Bourget suggère aux investisseurs en herbe de se familiariser avec les grandes théories qui ont cours, comme celles relatives à l'efficience (ou non) des marchés, l'hypothèse d'instabilité financière de Minsky (selon laquelle les crises sont inhérentes au capitalisme) et les cinq forces de la concurrence de Porter. «Ces théories ne sont pas nécessairement prouvées, mais c'est pertinent de les connaître, ne serait-ce que parce qu'elles influencent les grands investisseurs.»


7- Diversifier ses placements


Au début de chaque simulation boursière, François St-Onge défie ses étudiants : il bâtira lui aussi un portefeuille et il leur livrera une lutte féroce. Chaque année, il termine dans le meilleur quartile ! Sa recette, quand il la dévoile, en prend plusieurs par surprise : son portefeuille n'est constitué que de quelques fonds indiciels, qu'il n'a plus négociés après le premier jour.


«L'exercice leur fait prendre conscience que la répartition entre les catégories d'actifs (actions canadiennes, actions européennes, obligations, etc.) apporte plus de rendement au portefeuille que la sélection des titres, qui ajoute du risque et souvent peu de valeur», dit cet ancien courtier converti à l'enseignement.


Heureusement, lorsque les étudiants comprennent l'importance de la diversification, ils prennent la chose très au sérieux, se réjouit Paul Bourget. «C'est probablement l'élément sur lequel ils concentrent le plus d'efforts.» Avec raison, dit-il. Les investisseurs devraient considérer toutes les catégories d'actifs lorsqu'ils bâtissent leur portefeuille : les actions et les obligations, mais aussi les liquidités, pour saisir de futures occasions, et les placements alternatifs, comme les métaux précieux et les infrastructures, accessibles par des fonds négociés en Bourse.


Dans la même veine, la portion en actions du portefeuille devrait être construite en envisageant tous les principaux secteurs d'activité économique, des services publics aux ressources naturelles, en passant par les produits de consommation, la technologie et la santé.


Et tout ça, bien sûr, en diversifiant aussi géographiquement ses avoirs.


8- Envisager la gestion passive


En plus de montrer l'importance d'une saine diversification, le défi lancé, et gagné, par M. St-Onge indique qu'il n'est pas nécessaire d'être hyperactif sur les marchés pour performer.


Même qu'acheter quelques fonds indiciels peut se révéler plus payant que de négocier directement des actions, selon Paul Bourget. «Comme la gestion passive coûte moins cher [en frais] que la gestion active, elle devrait être sur notre écran radar d'investisseur. Pour y avoir recours ou, à tout le moins, pour évaluer nos propres résultats.»


9- Cultiver sa modestie


«Les élèves pensent tous qu'ils seront meilleurs que les autres», rigole Mélanie Gingras, du Collège Regina Assumpta. Ils s'imaginent qu'ils sauront cerner, comprendre et même prévoir les marchés boursiers. Ce qui, évidemment, les rendra très, très riches.


Après quelques semaines à négocier de façon fictive, ils doivent toutefois se rendre à l'évidence : «Peu d'entre eux s'élèvent au-dessus de la mêlée. Devenir un Warren Buffett Junior, ce n'est pas si facile que ça !» La professeure les encourage à persévérer, mais profite également de l'occasion pour présenter d'autres types de placements et souligner l'importance de l'épargne. «Ils pensent tous qu'ils auront un gros salaire, rouleront en BMW, mangeront des T-bones chaque jour et prendront leur retraite à 60 ans en conservant tout ça...»


Pour maximiser l'apprentissage lors d'une simulation boursière, les enseignants encouragent - parfois même obligent - leurs élèves à documenter toutes leurs transactions. Les bonnes comme les mauvaises. En tenant un journal de bord détaillé, les jeunes peuvent analyser comment et pourquoi ils ont pris certaines décisions. Et se corriger pour les prochaines fois.


Plusieurs élèves y prennent goût. Ils participent à Bourstad deux fois, voire plus. «Ils ont appris la première année et arrivent préparés. On voit qu'ils essaient maintenant de gagner», dit Gilles Guindon, du Collège Jean-de-Brébeuf. Certains continuent longtemps, pendant et après l'université, dans la catégorie grand public.


D'une fois à l'autre, la stratégie s'affine. «Ils se rendent compte qu'on ne peut pas acheter des actions sans savoir ce qu'il y a derrière», dit M. Guindon. Pour bien investir, il faut oublier la chance et les émotions, et se retrousser les manches. Un apprentissage qui leur est utile dans la simulation, mais encore plus dans la vraie vie.


10- Détecter les arnaques


En investissement, il est bien difficile, sinon impossible, d'échapper à la relation risque-rendement : plus un titre comporte de risques, plus le rendement potentiel qu'il offre sera élevé. «C'est une notion super-importante», souligne avec force Julie Blondin, du Collège André-Grasset. Malheureusement, à voir les nombreux cas de fraude dans les nouvelles, c'est loin d'être compris par tout le monde.


Comme elle l'explique à ses élèves, «il faut se méfier des promesses de taux [de rendement] super-élevés». Si ça a l'air trop alléchant pour être vrai, c'est probablement parce que c'est impossible.


Les pièges sont parfois tout à fait légaux et se négocient à la Bourse. C'est pourquoi Arie de Jonge, de Père-Marquette, invite ses élèves à rester à l'affût des signaux d'alarme. Il leur enseigne, par exemple, à calculer différents ratios pour analyser la dette d'une entreprise. «L'objectif est de reconnaître les entreprises qu'on ne veut vraiment pas avoir dans son portefeuille.» S'ils peuvent éviter les mauvais placements plus tard, les jeunes auront déjà gagné beaucoup, dit-il.


Conclusion


Encore aujourd'hui, des gens sont mal à l'aise à l'idée de s'enrichir «sans travailler, juste avec leur argent», déplore Paul Bourget. Pourtant, c'est beaucoup de boulot, investir ! «On joue un rôle économique et social positif quand on gère bien ses épargnes. C'est un travail utile.»


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