Bombardier: un peu de retenue, de transparence et de décence

Publié le 04/04/2017 à 12:07

Bombardier: un peu de retenue, de transparence et de décence

Publié le 04/04/2017 à 12:07

Pierre Beaudoin, de Bombardier.

Ce courrier du lecteur a été rédigé par Tahar Mansour, économiste.


Quelque part vers 2005 j’avais écrit que pour survivre et se développer adéquatement, la haute direction de Bombardier devait prendre deux décisions majeures: se débarrasser de sa division immobilière qui était insignifiante dans le bilan de l’entreprise et constituait plus un jouet qu’autre chose. Deuxièmement, elle devait scinder l’entreprise en trois sociétés distinctes: produits récréatifs, avionnerie et transport avec le segment Avionnerie cherchant à fusionner avec Embraer pour former un solide concurrent à Boeing et Airbus dans la niche des petits avions (150-200 places).


Tant que cela n’était pas fait, je disais, l'entreprise n’ira nulle part. Vous ne pouvez avoir aucune idée de la somme de bêtises que j’ai encaissées du directeur des communications de l'époque: mes connaissances en économie sont rudimentaires, je ne comprends rien en comptabilité et j’en passe.


Ce directeur m’a même donné un conseil précieux: «la prochaine fois que vous voulez écrire un article sur Bombardier, soumettez moi-le pour approbation».


Le temps passe, l’entreprise n’allait nulle part et l’action a reculé de 24$ en août 2000 à moins de 1$ quelques années plus tard. Ils ont entre-temps nommé Paul Tellier comme PDG pour redresser l’entreprise pour 3 années si ma mémoire est bonne. Environ deux ans plus tard, M. Tellier a «démissionné».


Le communiqué de l’entreprise stipulait que M. Tellier voulait poursuivre sa carrière «sous d’autres cieux». D’accord! Mais il y avait un petit problème: pourquoi l’entreprise continuait-elle à lui payer son plein salaire pour le restant de son contrat?


Il me semble que quelqu’un qui démissionne n’a pas droit à ce privilège. À moins qu’on prenne les actionnaires (et j’en suis un) pour des valises. La vérité est que M. Tellier avait été congédié, point final. Pourquoi? J’ai ma petite idée là-dessus. Était-il contre le développement hâtif de la Cseries? Trouvait-il que ce développement était trop coûteux pour les conditions financières de l’entreprise dans le temps? Voulait-il diviser l’entreprise en trois sociétés indépendantes? Seul lui possède la bonne réponse.


M. Pierre Beaudoin lui succéda comme PDG. Il a lamentablement échoué dans sa tentative de redresser Bombardier. L’entreprise se dirigeait tout droit vers la faillite. On remplace M. Beaudoin par Alain Bellemare. L’action touche 0,88$ le 1er février 2016 et l’entreprise frappe le mur. On se tourne vers les gouvernements et la Caisse de dépôt. Résultat: une injection de presque 3 Milliards de $US et l’entreprise respire. L’action touche les 2,50$. L’avenir semble prometteur, mais ces perspectives de profits n'effacent pas la perte de 900M$. Les dirigeants passent à la caisse. Celui qui a échoué dans sa mission de redresser l’entreprise reste président exécutif, devient président du conseil d’administration et empoche 5M$, le PDG 7M$, quasiment le même salaire que le PDG de Microsoft (qui croule sous une masse de quelques 100 Milliards de $US de liquidités), mais l’action de Bombardier est toujours à 2$.


Dans un communiqué de presse, Bombardier dit que «cest la façon de retenir les bons gestionnaires». Soit, mais qu’ils fassent d’abord leurs preuves. On ne met pas la charrue avant le bœuf.


Ainsi, Bombardier veut retenir M. Beaudoin comme président du conseil d’administration et président exécutif avec 5M$? Elle veut retenir celui-là même qui a échoué à redresser l’entreprise? À moins que je ne comprenne rien dans les finances corporatives, il me semble que dans ce milieu un président de conseil d’administration (il en a présidé 11 je pense) ne gagne guère une telle somme. Brian Mulroney, président du Conseil de Quebecor doit être, au plus, dans les 500 000$ (son prédécesseur gagnait 310 000$).


Nous savons tous comment se joue la joute des nominations des hauts dirigeants. La direction d’une entreprise (via des chasseurs de têtes) suggère au conseil d’administration des noms d’administrateurs potentiels. À son tour, le conseil d’administration soumet son choix au vote des actionnaires.


Plus tard, le conseil d’administration analyse la rémunération des administrateurs. Comme dirait l’autre «you scratch my back and I will scratch yours. Les six plus hauts dirigeants de notre «fleuron québécois» gagnent (30M$) l’équivalent du salaire annuel de 428 ingénieurs aéronautiques à 70 000$ chacun.


Un peu de retenue, de transparence et de décence seraient de mise, surtout que vous venez de mettre à pied quelques milliers d’employés. Les contribuables québécois ont payé, et paient encore, très cher les emplois dans cette entreprise: le régime d’épargne actions, le crédit d’impôts à la recherche et développement, les prêts, les participations, la dette initiale de 1G$ de canadair etc…


Aurons-nous, comme société et comme actionnaires, un rendement un jour?


À moins que la famille Beaudoin veuille laisser pourrir la situation pour, éventuellement, privatiser l’entreprise à vil prix. Tant qu’à spéculer...


 


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