Les 10 commandements

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Janvier 2018

Les 10 commandements

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Édition du 13 Janvier 2018

Par François Pouliot

Ça y est, nous y sommes de nouveau. La période des REER est en marche. Dans quoi devrait-on investir son pécule?


La question revient immanquablement chaque année, dans notre entourage. Particulièrement ces jours-ci alors que la bonne performance des Bourses dans les derniers mois semble avoir attiré encore plus de monde.


On est retourné à quelques-unes des règles que l'on s'est données depuis nos premiers pas en investissement. Certaines dont on vous a déjà parlé, mais qui valent d'être rappelées, d'autres, inédites.


1. Du bitcoin, tu te méfieras


Difficile de parler du bitcoin sans penser à la bulle Internet du début des années 2000. L'effervescence était la même.


Mieux vaut faire preuve de prudence. À nos yeux, le bitcoin n'est pas une monnaie et ne pourra jamais le devenir. Une masse monétaire doit pouvoir être ajustée. Vous n'avez pas cette possibilité avec le bitcoin. Il y aura un jour un nombre d'unités limitées, que l'on pourra apparemment fractionner, mais il n'y aura pas d'autorité (banque centrale) pour procéder aux ajustements de volumes nécessaires.


Le bitcoin est plutôt un actif, mais un actif qui n'a pas de sous-jacent. On peut évaluer une société à partir des bénéfices qu'elle génère ; une monnaie, ultimement, à partir du PIB d'un pays. Il n'y a rien de cela ici. Un simple jeu d'offre et de demande. Quand quelque chose est «in», la demande augmente, quand la chose devient «out», la demande chute.


Le bitcoin est mieux qu'un billet de loterie, en ce qu'on ne risque pas de tout perdre. Là s'arrête cependant son avantage.


2. Du tuyau, aussi...


«Surveille bien la grosse nouvelle qui sortira lundi. Je vais être riche, c'est sûr. J'ai parlé au président et j'ai tout misé là-dessus. Je suis même allé sur marge», nous dit un jour un ami, croisé au cinéma. Le lundi : rien. Ou plutôt, si : effondrement.


Les seules qui ont pu s'enrichir sont les sociétés de spaghetti, mets sur lequel l'ami a été condamné à se rabattre pendant plusieurs années, histoire de redresser sa situation financière. Les petits investisseurs n'ont jamais de tuyaux.


3. Pour la clôture, tu ne t'élanceras pas


Notre premier placement boursier fut un véritable coup de circuit. Un rendement de 75 % en... deux jours.


Ce fut aussi notre première erreur. Le coup de circuit a donné le goût des élans de clôture et a été suivi d'une série de retraits au bâton chez quelques juniors. Mieux vaut viser le simple que la longue balle.


4. Tu penseras par toi-même


Trop d'investisseurs suivent le troupeau et se laissent influencer. Ou, inversement, font systématiquement le contraire de ce que fait le troupeau.


Ce n'est pas parce qu'un grand nombre croit quelque chose que cette chose se produira. Ce n'est pas non plus parce qu'un petit nombre croit l'inverse que le contraire se produira. Il faut apprendre à penser par soi-même, à partir de sa propre enquête et tirer ses propres conclusions. C'est un enseignement de Buffett qui nous a beaucoup servi dans la vie, pas seulement en Bourse.


5. Aucune question, tu n'esquiveras


La biotech Oralife avait mis au point un produit révolutionnaire pour réduire la carie dentaire. Les assureurs collectifs allaient sûrement s'y intéresser. C'était toutefois un antibiotique. Les assurés voudraient-ils le prendre ? «Personne ne pose la question, ce doit être secondaire. Embarquons.» Deux ans plus tard, la firme était en liquidation.


Malgré le potentiel apparent d'une entreprise, il ne faut pas avoir peur de sonder ses faiblesses.


6. Le produit à la mode, tu éviteras


La marque Tommy Hilfiger fut une grande réussite, tout comme les sandales Crocs. Malheureusement, le succès boursier fut assez éphémère. On ne sait jamais quand une mode tombera. De plus, généralement, les marchés sont très mauvais pour anticiper le changement d'humeur du consommateur. Le titre d'Under Armour est un exemple récent. À plus de 50 $ US à l'automne 2015, il ne vaut guère plus aujourd'hui que 16 $ US.


7. À l'avantage difficilement imitable, tu t'attarderas


De forts rendements ont été réalisés grâce à des produits ou des concepts ayant des qualités propres et qui sont difficilement imitables.Couche-Tard et Dollarama ont par exemple développé des concepts qui ont traversé bien des récessions en continuant de créer de la valeur. Même chose pour Google et Facebook. Attention toutefois au huitième commandement.


8. Trop cher, tu refuseras de payer


Au début des années 2000, acheter Coca-Cola à 36 fois le bénéfice n'était pas une bonne idée. L'entreprise avait tout ce qu'il fallait pour faire grimper son bénéfice. Et il a augmenté. Mais le multiple d'évaluation a plutôt évolué en se compressant chaque année, tandis que l'entreprise se rapprochait de la maturité et que le marché décidait de payer de moins en moins cher les bénéfices futurs.


9. De patience, tu feras preuve


Bien qu'il faille faire attention au huitième commandement, il arrivera souvent que des sociétés qui offrent des avantages intéressants soient chèrement évaluées en escomptant les bénéfices 2 ou 3 ans à l'avance. Ce n'est pas 10 ans à l'avance. Si l'on croit au potentiel de croissance des bénéfices d'une société sur 5 ou 10 ans, ne pas acheter est une erreur. On laissera échapper de solides rendements à long terme parce qu'on manque de patience.


10. Aux performances passées, tu t'attarderas peu


Les rendements passés obtenus, par les fonds d'investissement notamment, ne sont pas une garantie pour l'avenir. Il nous fut un jour donné d'investir dans un fonds qui faisait flèche de tout bois et disait s'appuyer sur les préceptes de Warren Buffett. On constata plus tard que sa performance n'était en fait due qu'à un rendement exceptionnel des banques dans les trois années précédentes. Un rendement dopé par les projets de fusion qui avaient émergé. Lorsque tout dégonfla, le rendement fit de même, et personne ne parla plus de Warren Buffett.

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