Doit-on suivre les gourous de l'investissement?

Publié le 20/03/2017 à 11:20

Doit-on suivre les gourous de l'investissement?

Publié le 20/03/2017 à 11:20

Un trader de Deutsche Bank joué ici par Ryan Gosling (Le Casse du siècle)

Écoutez les nouvelles financières et vous tomberez peut-être sur les prévisions audacieuses d'un grand gourou de l'investissement, comme le rédacteur d'un bulletin de nouvelles ou le gestionnaire d'un fonds spéculatif connu. Ou alors, vous inspirant de documents officiels vous lirez peut-être comment un gros fonds a pris une participation majeure dans une action. La question est de savoir si ces proclamations et ces rapports devraient influencer vos propres décisions de portefeuille.


Avant d'y répondre, il est bon de se rappeler une célèbre scène du film Le Casse du siècle, basé sur le bestseller du même nom par Michael Lewis. L'histoire se passe en mars 2008, quand le gestionnaire de fonds légendaire Bruce Miller affronte le pessimiste de l'immobilier Mark Baum dans un débat sur le marché hypothécaire. Mark Baum prédit un destin tragique tandis que Bruce Miller l'optimiste réitère son engouement pour la banque d'investissement Bear Stearns, qui participait fortement au marché des subprimes. Durant le débat, l'action de Bear Stearns plonge brutalement de 38 %. Apprenant la nouvelle pendant la période de questions, Bruce Miller laisse entendre qu'il pourrait en acheter encore plus.


Nous connaissons tous le sort de Bear Stearns.


Le personnage de Bruce Miller est en fait basé sur une personne réelle : Bill Miller. Et pendant une période incroyable de 15 ans (1991-2005), le fonds Legg Mason Value Trust avait surclassé l'Indice S&P 500. C'est facile de regarder Le Casse du siècle avec du recul et de voir la pure folie dont Bruce Miller faisait preuve à vouloir détenir l'action de Bear Stearns, mais à ce moment-là, c'était un gourou réputé. Ses résultats éblouissants à long terme justifiaient qu'un investisseur voulût utiliser ses partis pris comme base de son propre portefeuille.



Parlant de la crise financière, les investisseurs qui sont devenus des vedettes en misant contre le marché hypothécaire américain n'ont pas tous continué d'accumuler les victoires. John Paulson, pour ne nommer que lui, a empoché des milliards grâce à l'effondrement, mais par la suite son propre fonds spéculatif a subi de lourdes pertes et des rachats.


Quels enseignements peut-on tirer de l'expérience de M. Miller avec les actions bancaires américaines, et des déboires de John Paulson après la crise? D'une part, quel que soit son intelligence, on n'a pas raison tout le temps. Pour citer les petits caractères de tous les prospectus de fonds communs, les rendements passés ne garantissent pas les résultats futurs. D'autres part, il est difficile de prédire le moment où un gestionnaire de fonds vedette redescendra des hautes sphères.


Au moins, certaines personnes (comme Bill Miller) ont eu un palmarès enviable. Ce qui est frappant avec de nombreux soi-disant gourous de l'investissement, c'est qu'ils ne semblent pas être beaucoup plus précis qu'un simple pile ou face. Une étude réalisée par la firme de recherche CXO Advisory Group a examiné environ 6 600 prévisions publiques sur le marché boursier américain faites par 68 soi-disant experts. Leur recherche estimait le taux d'exactitude de ces « gourous » à environ 47 %. Autrement dit, ils étaient légèrement plus susceptibles d'avoir tort que raison.


Remarquez, les recherches de CXO n'examinaient que les prévisions; elles ne relevaient pas la performance des participations réelles prises par les sociétés d'investissement ou par les grands noms. Les grands fonds spéculatifs et fonds communs doivent souvent procéder à des divulgations lorsqu'ils achètent des parts de titres négociés en bourse. Pour cette raison, les médias financiers et les investisseurs passent souvent au peigne fin les documents officiels pour voir ce que ces intervenants influents achètent et vendent. En théorie, cela devrait aider les particuliers en leur permettant de mieux comprendre la pensée d'intervenants visiblement plus sophistiqués. Cela devrait aussi être plus utile que les prévisions, car on sait bien que les investisseurs intelligents ne crient pas sur les toits leurs bonnes idées de placement.


Mouvements de gros capitaux


Hélas, il faut aborder ces rapports avec une certaine prudence. Premièrement, les documents officiels sur l'acquisition ou la disposition de titres ne sont pas des données en temps réel et peuvent accuser un retard de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Et cela peut avoir son importance pour qui essaierait de reproduire le style de placement des gros intervenants, car le temps que vous remarquiez qu'ils ont acheté une action, il se peut qu'ils l'aient déjà vendue ou qu'ils soient en train de la liquider. Deuxièmement, dans le cas de certains placements, il est possible qu'un gros fonds ait des positions de compensation dont on n'a pas connaissance et qui rendent leur documentation incomplète dans le meilleur des cas.


Par exemple, un gros fonds de couverture annonce qu'il a pris une importante participation à un FNB pétrolier comme BetaPro Crude Oil 2x Daily Bull ETF (HOU). Cette information peut donner à penser qu'ils sont optimistes sur le prix du pétrole brut. Pourtant, le gestionnaire peut aussi détenir des produits dérivés qui rapporteront beaucoup d'argent si le pétrole chute, et peut-être aussi que l'avoir du FNB pétrolier constitue une couverture contre une mise baissière, et donc cette participation en tant que telle n'est pas aussi haussière que sa documentation le suggérait. En fait, il pourrait être structuré de manière à profiter d'une baisse. Mais vous, l'investisseur, ne voyez que le côté optimiste des choses, car il se peut que les produits dérivés n'aient pas à être divulgués.


Un exemple particulier montre que suivre les mouvements des gros capitaux ne semble pas être payant pour les investisseurs. En 2012, le FNB Global X Guru (GURU) a été lancé aux États-Unis avec pour mission de permettre aux investisseurs d'accéder à certaines des meilleures idées de fonds spéculatifs. Le FNB piste les achats d'actions par fonds et reproduit leur activité. Il a été plutôt performant en 2013, affichant une hausse de plus de 47 % et surclassant le S&P 500 de 15 points de pourcentage, mais s'est énormément sous-classé par rapport à l'indice depuis lors, et son rendement à long terme ajusté en fonction du risque le place dans les fonds à 1 étoile. 


Alors, quand un investisseur vedette ou un expert se livre à une prédiction boursière, devrait-on complètement l'ignorer? Pas nécessairement. Mais plutôt que la prévision en tant que telle, il est important de se pencher sur les arguments avancés par le gourou en question (si ces arguments sont rendus publics). Plus important encore, il faut éviter d'acheter ou de vendre seulement en fonction de ce que quelqu'un d'autre pense. On peut tenir compte de son avis, surtout s'il a un bon palmarès, mais il faut toujours essayer d'effectuer ses propres recherches.


Pour finir, les investisseurs devraient éviter de trop se concentrer sur une action unique détenue ou recommandée par un gourou. Pour autant qu'on le sache, il s'agit peut-être d'un traînard dans le portefeuille dudit gourou.


 


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