Theratechnologies, le point de bascule en 2018

Publié le 18/11/2017 à 06:02

Theratechnologies, le point de bascule en 2018

Publié le 18/11/2017 à 06:02

Par Dominique Beauchamp

L'ex-financier qui pilote Theratechnologies depuis 2012 envisage des ventes de plus de 400M$, en 2020. (Photo: courtoisie)

En dépit d’un délai administratif de trois mois dans l’approbation de son médicament contre le virus du VIH-1, Theratechnologies se rapproche encore un peu plus du moment où ses ventes devraient décoller.


Le traitement sous forme d’infusion destiné aux patients atteints du VIH qui développent une résistance aux autres médicaments transfigurera Theratechnologies (TH, 6,43$) puisque le marché visé a dix ou quinze fois la taille de son médicament actuel l’Egrifta qui traite l’accumulation de gras viscéral des sidéens afin de réduire le risque de maladies cardiovasculaires.


Les attentes sont élevées comme en témoigne sa valeur boursière de 487M$ et l’explosion de 111% du titre depuis l’émission d’actions de 16,5M$ au cours de 3,10$, réalisée à la fin de 2016.


Le moindre écueil est aussi rapidement puni en Bourse pour les entreprises biopharmaceutiques émergentes dont l’action évolue en fonction de jalons plutôt qu'en fonction des résultats financiers.


Le récent report de trois mois de la décision finale de la FDA de janvier à avril a en effet amputé 26% du titre depuis le sommet de 8,72$ qu'il avait atteint le 30 juin.


C’est ce qu’a expliqué en toute candeur Luc Tanguay, le PDG, aux convives d’un déjeuner-causerie organisé par le Cercle finance et placement du Québec, le 17 novembre, à Montréal.


Au plus tard le 3 avril, la Federal & Drug Administration (FDA) devrait donner son approbation finale ce qui déclenchera la phase de commercialisation de l’anticorps monoclonal ibalizumab.


Vers des ventes de plus de 400M$ en 2020?


Le point de bascule est majeur. Si Theratechnologies réussissait à capter de 40 à 50% du marché américain des patients dont le virus devient résistant aux autres médicaments, ses ventes exploseraient de l’actuel 41,9 millions de dollars à des revenus de pointe de plus de 400M$ d’ici 2020, entrevoit M. Tanguay.


S’il se dit confiant de recevoir le sceau final de la FDA et de la taille potentielle du marché américain, M. Tanguay reconnaît que tout repose sur l’exécution.


«On ne connaît pas la courbe de lancement du médicament. Il faut compter quatre mois avant que les divers formulaires administratifs soient traités», précise l’ex-banquier qui veillé au financement du virage dans sa niche du VIH. C'est donc en 2019 que les ventes prendront leur véritable envol, prévient-il.


La société de Montréal s’y est préparée en quadruplant notamment sa force de vente.


Les dépenses de 15 millions de dollars en prévision du lancement expliquent d’ailleurs le déficit d’exploitation de 5 à 5,5M$ prévu cette année 2017.


Quelque 42 représentants rejoignent désormais 5000 médecins aux États-Unis susceptibles de prescrire l’ibalizumab aux quelque 10000 à 12000 patients par année qui chaque année voient le cocktail de thérapies prescrit perdre son efficacité à réduire la charge virale.


Même si le nouveau médicament bénéficie d’une protection de 12 ans contre les génériques, la biopharmaceutique est dans une course contre la montre afin de devancer d’éventuels rivaux.


Une fois que les patients ont adopté une thérapie de deux ou trois médicaments, le médecin la prolonge le plus longtemps possible afin de garder les nouveaux médicaments en réserve en cas de résistance.



« Si on réussit à devancer de trois ans les autres acteurs du domaine, la concurrence ne pourra nous rattraper »


L’après-Ibalizumab


Une fois l’ibalizumab commercialisé, les flux de trésorerie de Theratechnologies devraient bondir parce que les ventes annuelles de l’Egrifta suffisent à couvrir ses dépenses d’exploitation courantes.


M. Tanguay rappelle que le nouveau médicament aura une marge brute de l’ordre de 80% même si Theratechnologies partage en quelque sorte les revenus avec son partenaire Taiwanais TaiMed Biologics qui est responsable de la recherche et du développement et qui supervise le fabricant WuXi, à Shanghai.


Par exemple, si 9000 patients se procuraient le traitement et généraient des ventes de 100M$, Theratechnologies récolterait 48M$ après la comptabilisation de coûts des ventes de 52M$.


Prakash Good, analyste de CIBC Mondiaux, estime le coût annuel du traitement biologique injectable aux deux semaines à 50 000$US par patient, mais M. Tanguay indique que de nombreux programmes existent pour réduire ou éliminer la franchise d’assurance de 7 000 à 12 000$ US par famille pour tout le protocole des médicaments des sidéens.


Pour les deux à trois prochaines années, les ventes américaines de l’ibalizumab fourniront la majorité de croissance. Après 2019 viendra le marché de l’Europe.


«Le nombre de patients potentiels y est à peu équivalent, mais les prix y sont beaucoup plus bas», indique M. Tanguay.


Si la croissance annuelle prévue de 10 à 15 % des revenus de l’Egrifta couvre les dépenses courantes, que fera Theratechnologies des nouveaux flux de trésorerie qui s’accumuleront ?


M. Tanguay envisage déjà l’achat d’un ou de deux traitements complémentaires du virus du VIH déjà sur le marché, mais négligés par leur distributeur. Le réseau de médecins sera mis à profit pour les identifier.


«On a quelqu’un la-dessus. Ce serait un bon moyen d’absorber les coûts de notre force de vente qui vendra déjà l’Egrifta et l’ibalizumab aux médecins qui traitent les sidéens», a expliqué M. Tanguay.


Pas question de repartir en grand ni de recommencer des études cliniques trop risquées de phase 1 et 2 pour un médicament.


Le financier a encore en mémoire la crise qui a failli faire sombrer la société en 2014, lorsque les expéditions d’Egrifta avaient été interrompues en février ce cette année- là en raison de difficultés avec le procédé de fabrication de la présentation à 2mg à l’usine de son partenaire EMD Serono.


«Nos ventes étaient alors tombées à zéro», se rappelle le PDG.


Le dirigeant songe aussi à investir de10 à 15% des revenus en recherche et développement pour prolonger la vie des médicaments actuels ou leurs dérivés.


Voici les projections de 4 analystes pour 2019:


Praka Gowd, CIBC Marchés des capitaux


Cours-cible 10,30$


Revenus 2019 : 268,9M$


Bénéfices avant intérêts impôts at amortissement 2019 (BAIIA) : 94,2M$


Bénéfice net : 1,09$ par action


 


André Uddin, Mackie Research


Cours-cible : 9,80$


Revenus nets 2019 : 265,8M$


BAIIA 2019: 85,2M$


Bénéfice par action : 1,11$


 


Neil Maruoka, Canaccord Genuity


Cours-cible 9,50$


Revenus nets 2019 : 117,3M$


BAIIA 2019 : 79,2M$


Bénéfice par action : 1,06$


 


Alan Ridgeway, Banque Scotia


Cours-cible : 10,00$


Revenus nets 2019 : 235,0M$


BAIIA 2019: 78,0M$


Bénéfice par action : 0,88$


 


 


 


 

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