Le Journal de Montréal ne veut pas recourir à la philanthropie

Publié le 15/05/2018 à 11:53

Le Journal de Montréal ne veut pas recourir à la philanthropie

Publié le 15/05/2018 à 11:53

Par Stéphane Rolland

Photo: Les Affaires.

Québecor (QBR.B) n’a pas l’intention de recourir à la philanthropie pour financer le Journal de Montréal, comme entend le faire La Presse, a répondu son PDG Pierre-Karl Péladeau, en marge d’un panel auquel il participait sur les technologies numériques et la fiscalité dans le cadre du congrès annuel de l’Association des économistes québécois, mardi matin.


Le dirigeant a souligné que la stratégie de l’empire médiatique derrière Vidéotron, le Journal de Montréal et la chaîne TVA était de miser sur la convergence des contenus journalistiques et des émissions de divertissements. Le but est de les distribuer «sur le plus grand nombre de plateformes possibles» afin de générer une rentabilité.


Power Corp. (POW) a annoncé la semaine passée qu’elle veut se départir de La Presse et la transformer en un organisme sans but lucratif. Le conglomérat de la famille Desmarais ferait un don de 50 M$ à l’organisme, mais une loi privée devra être modifiée pour que le projet aboutisse. La concurrence des géants numériques Facebook et Google — qui accaparent près de 80% des revenus publicitaires au Canada, mais diffusent le contenu des médias québécois, comme La Presse et le Journal de Montréal— a été citée comme l’une des raisons expliquant cette décision.


M. Péladeau a profité des questions sur sa stratégie pour s’en prendre à son rival Power Corp et à La Presse. L’ex-chef du Parti québécois (PQ) avait qualifié sur son compte Twitter la décision de transformer La Presse en un organisme sans but lucratif de «patente pour garder le contrôle et financer publiquement.»


En point de presse, il a insisté sur les pertes que pourrait subir le quotidien de la rue Saint-Jacques, dont les résultats financiers ne sont pas connus. «On peut penser que Power Corp avait commencé à subir des pertes importantes avec ses médias écrits, avance-t-il. Ils (Power Corp) ne voulaient pas dévoiler les résultats pour des raisons concurrentielles. Ça changerait quoi à notre stratégie, qu’ils perdent 10 M$ ou 25 M$ ? La véritable raison est qu’il ne voulait pas que les actionnaires puissent voir combien ils perdaient dans l’industrie des médias.»


Pour soutenir les médias, il est temps que les gouvernements réfléchissent à la fiscalité et à la réglementation des géants numériques «avant qu’il ne soit trop tard», juge, pour sa part, M. Péladeau. «Je ne dis pas qu’il faut que ça passe nécessairement par un système de redevance pour l’information, mais la cueillette d’information des médias actuels est en grande partie diffusée sur des sites qui ne paient pas d’impôt, qui ne paient pas de redevance et qui, dans le fond, sont extraterritorialisés. Ça crée un préjudice. »


Le rendement de la Caisse


M. Péladeau a également défendu l’investissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans Québecor Média . En 2000, la Caisse et Québecor ont fait une offre concurrente à celle de Rogers pour empêcher l’achat du câblodistributeur québécois par une entreprise ontarienne. Québecor a racheté à la Caisse le dernier bloc d’actions de Québecor Média, la semaine dernière.


À La Presse, Richard Guay, un ancien dirigeant de la Caisse, a estimé que le régime de retraite publique aurait pu obtenir 2,9 G$ de plus en investissant ses billes ailleurs. Il calcule que le rendement moyen annuel de la Caisse n’a été que de 2% sur cet investissement.


Pour M. Péladeau, l’attention portée sur le rendement financier pour les déposants de la Caisse occulte les retombées économiques de la transaction. «La transaction a permis la création de 4000 emplois et un siège social qui est resté à Montréal, affirme-t-il. C’est sans compter les centaines de milliers d’emplois qui auraient été perdus (si Vidéotron avait été achetée par Rogers). »


Outre les emplois, les consommateurs québécois en sont aussi sortis gagnants., plaide-t-il. «Les télécommunications sont une industrie stratégique, poursuit-il. Si Rogers avait acheté Vidéotron, je ne pense pas que nous aurions un quatrième joueur. Les consommateurs sortent gagnants qu’il y ait davantage de concurrence.»


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