Bombardier: pourquoi c'est un investissement moins risqué qu'avant

Offert par Les Affaires


Édition du 11 Novembre 2017

Bombardier: pourquoi c'est un investissement moins risqué qu'avant

Offert par Les Affaires


Édition du 11 Novembre 2017

La décision de Bombardier de céder 50,01% de la C-Series à Airbus a été fortement médiatisée. Certains ont vu dans cette décision un «dur constat d'échec» alors que d'autres ont plutôt applaudi une transaction «largement positive». Comment s'y retrouver?


Un dur constat d'échec sur le passé


Bombardier a investi 7 milliards de dollars au fil des années pour développer la C-Series. Une façon d'évaluer si l'investissement a été rentable est de valider si le prix de vente est supérieur à l'investissement. Pas de doute. «Vendre» à Airbus 50,01 % d'un investissement de 7 G$ au prix de 0 $ est sans équivoque un dur constat d'échec.


Sous un angle différent, si Bombardier avait plutôt investi ces 7 G$ dans le rachat de ses actions, ou tout simplement dans l'indice de la Bourse de Toronto, le prix de son titre serait aujourd'hui au moins 100 % supérieur à son cours actuel de 2,78 $. De plus, cela aurait représenté beaucoup moins d'efforts et de risques pour l'entreprise.


Par son comportement, le marché financier est aussi d'avis qu'il s'agit d'un verdict d'échec. La hausse du prix de Bombardier en Bourse à la suite de la «vente» de la C-Series en témoigne. Le marché se trouve à dire que la valeur de l'avionneur augmente puisque c'est maintenant Airbus qui contrôle l'avenir du projet. «La C-Series n'était pas entre bonnes mains avec Bombardier. Il menaçait de devenir un siphon financier pour l'entreprise. La valeur de Bombardier peut maintenant augmenter puisque c'est Airbus qui contrôle le projet», nous dit-il en quelque sorte.


Une transaction positive pour le futur


Constat d'échec oui, mais peut-on renverser les choses? On ne peut pas changer le passé, l'investissement de 7 G$ a été fait et ne sera probablement jamais rentabilisé adéquatement. Reste que l'on peut tenter de limiter les pertes et maximiser le potentiel futur. C'est ici que la transaction avec Airbus est «largement positive».


Devant le protectionnisme et l'injuste déclaration d'hostilité de Boeing aux États-Unis, il devenait presque impossible pour l'entreprise de rentabiliser la C-Series. En cédant à Airbus 50,01 % du programme, Bombardier voit fondre de moitié sa part des bénéfices futurs de la société en commandite. C'est toutefois la bonne décision. Il vaut mieux détenir 31 % d'un programme évalué à 4 G$ US (Bombardier avec Airbus) que d'avoir 62 % d'un programme évalué à 0 $ (Bombardier sans Airbus).


Ce qu'amène le partenariat


La force de vente d'Airbus augmente substantiellement le potentiel de bénéfice futur lié à la C-Series. De plus, le risque est en baisse, grâce à l'expertise technique chez Airbus et à la possibilité de construire une usine d'assemblage en Alabama. Cette usine permettra notamment d'éviter les tarifs exorbitants imposés par l'administration Trump sur l'appareil.


Un autre avantage de la transaction est de permettre à la direction de Bombardier de concentrer ses efforts à bonifier ses activités les plus rentables. Souvent, les dossiers difficiles monopolisent une portion disproportionnée du temps et de l'énergie de la direction d'une entreprise. Tel était probablement le cas chez Bombardier.


La valeur de Bombardier


Certains analystes évaluent l'action de Bombardier en attribuant carrément une valeur de 0$ à la C-Series. Ils croient toutefois aussi justement que le temps supplémentaire qu'aura la direction pour ses autres divisions fera gonfler leur valeur.


C'est notamment ce que proposent les analystes de la Banque Nationale et de la Banque Scotia. Leur conclusion est que la valeur de Bombardier devrait prochainement se situer autour de 3,50 $-3,75 $ l'action. Et les éventuels bénéfices liés à l'entente avec Airbus, direz-vous? Les deux firmes croient qu'elle pourrait éventuellement ajouter, sur un horizon à moyen terme, entre 30¢ à 50¢ à l'action. Un scénario somme toute conforme à celui qu'anticipe BMO Marchés des capitaux, qui croit, de son côté, que la rentabilité du partenariat avec Airbus pourrait permettre à Bombardier de toucher les 5$ en 2020.


Conclusion?


Le développement et le lancement de la CSeries a été un échec. Cependant, à 2,78 $ l'action et grâce au partenariat avec Airbus, c'est un investissement intéressant. Et moins risqué qu'avant.


Biographie
Richard Guay est professeur titulaire en finance à l'ESG UQAM et ancien président de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

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