Salaire des PDG: Londres dévoile ses nouvelles règles

Publié le 05/09/2017 à 14:00

Salaire des PDG: Londres dévoile ses nouvelles règles

Publié le 05/09/2017 à 14:00

Suite à une vaste consultation, le gouvernement du Royaume-Uni propose une réforme de la gouvernance des sociétés sur deux enjeux précis :


1. La rémunération des dirigeants


2. La prise en compte de toutes les parties prenantes de l’entreprise par le conseil d’administration.


Comment le Grande-Bretagne compte encadrer rémunération des dirigeants


1- Le gouvernement veut exiger la publication du rapport entre la rémunération du PDG et la rémunération médiane des employés de la société au Royaume-Uni; la société devra expliquer les variations de ce ratio d’une année à l’autre.


2-Le gouvernement veut que les entreprises tiennent compte d’une expression significative d’insatisfaction exprimée lors d’un vote consultatif sur la rémunération. Une expression significative reste à définir, mais le seuil pourrait s’établir à 20% ou plus de votes négatifs; le gouvernement promet d’agir par voie législative si l’approche incitative ne donne pas les résultats souhaités.


3-Le gouvernement s’engage à présenter des amendements juridiques pour exiger que les sociétés inscrites en Bourse fournissent des explications plus claires de leurs politiques de rémunération ainsi que l’éventail de rémunérations pouvant résulter d’incitatifs complexes en actions et options sur le titre. Le gouvernement tiendra également des consultations sur la proposition d’augmenter de trois à cinq ans la période minimale requise avant qu’un dirigeant puisse encaisser les options ou les actions reçues comme rémunération incitative.


4-Le gouvernement s’engage à commanditer un examen d’un sujet d’une grande actualité: comment s’assurer que les rachats d’actions ne servent pas comme artifice pour atteindre des cibles de performance financière et ainsi gonfler la rémunération des dirigeants. Cet examen évaluera également si de tels rachats d’actions peuvent mener à un sous-investissement en actifs productifs.


Comment la Grande-Bretagne compte s'assurer de la prise en compte de toutes les parties prenantes de l’entreprise par le CA


1-Au Royaume-Uni (comme au Canada), les conseils d’administration sont rarement explicites sur leur façon de se conformer à cette responsabilité envers les parties prenantes autres que les actionnaires. Le gouvernement compte donc présenter des amendements législatifs pour obliger toutes les sociétés (privées et publiques) à expliquer comment le conseil se conforme aux exigences de la loi en ce qui concerne les intérêts des employés ainsi que ses relations avec les fournisseurs, les clients et autres parties.


2-Le gouvernement entend susciter des avis sur des changements au Code de gouvernance pour exiger que les sociétés inscrites en Bourse adoptent, sur une base Se conformer ou Expliquer, l’un ou l’autre des trois mécanismes suivants pour représenter au conseil les intérêts des employés :


  • Désigner un administrateur indépendant pour que la voix des employés soit entendue au conseil d’administration;

  • Créer un conseil consultatif des employés;

  • Nommer un membre du conseil choisi parmi les employés.

  • 3-Le gouvernement a choisi, à ce stade de ne pas élargir cette représentation aux autres parties prenantes. Il entend inviter le groupe GC100 (les cent plus grandes sociétés ouvertes) à fournir avis et lignes directrices pour une interprétation pratique des devoirs des administrateurs en vertu de l’article 172 de la loi sur les sociétés.


    (La loi anglaise sur les sociétés par actions, tout comme la loi canadienne, enjoint que la responsabilité du conseil est envers la société et ses parties prenantes. L’article 172 de la loi anglaise de 2006 est plus explicite que la loi canadienne :


    Text of Section 172 of the Companies Act 20069


    Duty to promote the success of the company


    (1) A director of a company must act in the way he considers, in good faith, would be most likely to promote the success of the company for the benefit of its members as a whole, and in doing so have regard (amongst other matters) to —


    (a) the likely consequences of any decision in the long term,


    (b) the interests of the company's employees,


    (c) the need to foster the company's business relationships with suppliers, customers and others,


    (d) the impact of the company's operations on the community and the environment,


    (e) the desirability of the company maintaining a reputation for high standards of business conduct, and


    (f) the need to act fairly as between members of the company.


    Toutefois, deux jugements de la Cour suprême du Canada donnent une interprétation assez similaire de la responsabilité du conseil d’administration envers les parties prenantes de la société (voir à cet effet le texte d’Allaire et Rousseau, Gouvernance et parties prenantes, IGOPP, juillet 2014).


    Autres sujets couverts par la réforme de la gouvernance des socitétés britanniques


    • Le gouvernement déposera des amendements législatifs pour que toutes les entreprises privées comptant plus de 2000 employés doivent rendre compte publiquement de leurs arrangements de gouvernance.


    • Bien que la diversité au conseil ne fasse pas l’objet de cette consultation, le gouvernement rappelle son engagement envers les objectifs établis par le Davies Review, soit qu’en 2020, 33% des membres des conseils des entreprises du FTSE ainsi que 33% des membres de leurs comités de direction soient des femmes; cet objectif ne pourra être atteint que si 40% des nominations jusqu’à terme seront des femmes.


    Que penser de ce projet de réforme?


    Ce projet ne va pas aussi loin que l’auraient souhaité bon nombre d’observateurs. Mais il va aussi loin que le pragmatisme britannique et la puissante contre-réforme ne le permettaient. Mélange de consultations, de déférence envers des intermédiaires et d’activisme législatif mesuré, cette réforme a le mérite de mettre la table pour une discussion d’enjeux importants souvent occultés.

    À propos de ce blogue

    Yvan Allaire, Ph. D. (MIT), MSRC, est président exécutif du conseil d'administration de l'Institut sur la gouvernance(IGOPP) et professeur émérite de stratégie à l’UQÀM. M. Allaire est le co-fondateur du Groupe SECOR, une grande société canadienne de conseils en stratégie (devenue en 2012 KPMG-Sécor) et de 1996 à 2001, il occupa le poste de vice-président exécutif de Bombardier. Il fut, de 2010 à 2014, membre et président du Global Agenda Council on the Role of Business – Forum économique mondial (World Economic Forum). Profeseur Allaire est auteur de plusieurs ouvrages et articles sur la stratégie d’entreprises et la gouvernance des sociétés publiques et privées.

    Yvan Allaire

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