Dow Jones ferme sa porte aux entreprises familiales

Publié le 21/08/2017 à 09:42

Dow Jones ferme sa porte aux entreprises familiales

Publié le 21/08/2017 à 09:42

En juillet dernier, Dow Jones a décidé d'exclure de ses indices toute société à double classe d’actions.


Le même mois, une vaste étude américaine menée auprès d’un échantillon de 2 379 firmes industrielles pour les années 2001 à 2015 aboutit aux résultats suivants: [Traduction]


« ….Nous concluons qu’une stratégie d’investissement dans des firmes familiales à double classe d’actions produit un rendement supérieur de 3,5 % par année par comparaison à un investissement dans des firmes non-familiales à une seule classe d’actions. Les résultats sont encore plus concluants lorsque rapprochés d’un échantillon de firmes comparables puisqu’alors les sociétés à double classe d’actions réalisent un rendement de 4,3 % supérieur par année. Notre analyse n’appuie en aucune façon la notion que les structures à double classe d’actions inflige quelque dommage aux investisseurs. »


(Anderson, Ronald, Ezgi Ottolenghi and David Reeb, “The dual class premium: a family affair”, SSRN July 19, 2017)


Dow Jones vient de faire preuve de jugement hâtif et fautif et devra porter le fardeau des conséquences de cette décision.


Cette décision est, entre autres, une salve contre les entreprises familiales. Aux États-Unis, comme au Canada, environ 11 % des sociétés inscrites en Bourse affichent une structure de capital à double classe d’actions et 89 % d’entre elles sont des entreprises familiales.


En 2015, selon la firme Prosoaker Research (2016), 24 % des nouvelles inscriptions en Bourse aux États-Unis provenaient de firmes ayant adopté une double classe d’actions.


Pourquoi adopte-t-on une double classes d'actions?


Les créateurs de nouvelles entreprises, comme Alphabet (i.e. Google), Facebook, LinkedIn, TripAdvisor, etc. (et, au Canada, Cara, BRP, Shopify, Spin Master, Stingray) veulent se protéger contre les pressions exercées par les marchés financiers et le risque de perdre le contrôle de leur entreprise. Ils savent qu’il leur faudra du temps pour réaliser leur stratégie.


Détenir des actions multivotantes permet à l’entrepreneur-fondateur de conserver le contrôle tout en accueillant des investisseurs externes. Cette formule évite à l’entreprise d’être la proie d’offres d’achat hostiles, et permet de se prémunir contre les actionnaires ayant une vision à court terme dont les objectifs sont souvent très différents de ceux d’un entrepreneur.


Toutefois, ce type d’arrangement suscite une vive hostilité dans certains milieux financiers. C'est ce qui pousse Dow Jones à exclure aujourd'hui toute société à double classe d’actions de tous ses indices.


Les conséquences pour une société d’être bannie des indices sont graves

À propos de ce blogue

Yvan Allaire, Ph. D. (MIT), MSRC, est président exécutif du conseil d'administration de l'Institut sur la gouvernance(IGOPP) et professeur émérite de stratégie à l’UQÀM. M. Allaire est le co-fondateur du Groupe SECOR, une grande société canadienne de conseils en stratégie (devenue en 2012 KPMG-Sécor) et de 1996 à 2001, il occupa le poste de vice-président exécutif de Bombardier. Il fut, de 2010 à 2014, membre et président du Global Agenda Council on the Role of Business – Forum économique mondial (World Economic Forum). Profeseur Allaire est auteur de plusieurs ouvrages et articles sur la stratégie d’entreprises et la gouvernance des sociétés publiques et privées.

Yvan Allaire

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