Bourses: pourquoi j'anticipe une hausse inférieure à 5% en 2017

Offert par Les Affaires


Édition du 10 Décembre 2016

Bourses: pourquoi j'anticipe une hausse inférieure à 5% en 2017

Offert par Les Affaires


Édition du 10 Décembre 2016

[Photo : 123RF/Falexmit]

Si l'élection de Donald Trump s'est traduite par une hausse inattendue des Bourses dans les semaines qui ont suivi le scrutin, c'est tout le contraire qui pourrait se produire en 2017 lorsque viendra le moment de mettre en oeuvre les politiques promises. En pesant les retombées potentielles ainsi que les évaluations des actions, j'anticipe une progression modeste des deux côtés de la frontière l'an prochain : une hausse d'au plus 5 % tant pour le S&P/TSX que pour le S&P 500.


Entre baisse d'impôts et hausse de taux


Programme d'infrastructures, diminution des impôts des entreprises, répit réglementaire dans le secteur financier, rapatriement des liquidités stationnées dans les pays à faible taux d'imposition... Si on se fie aux stratèges des firmes de courtage, il y a une multitude de raisons de croire que 2017 sera une bonne année pour les actions en raison des politiques pro-marché qui seront mises en place par le gouvernement de M. Trump. La marche haussière de la Bourse américaine devrait donc se poursuivre pour une neuvième année de suite.


Brian G. Belski, de BMO Marchés des capitaux, prévoit que le S&P 500 montera de plus de 7 % en 2017. Certains sont encore plus optimistes, comme Luc Vallée, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne (lire article en page i-4), qui voit le principal indice américain à 2 500 points à la fin de l'an prochain. Cela équivaudrait à une ascension de 14 % par rapport à son niveau actuel.


La plupart des financiers s'accordent à dire que les politiques de l'administration républicaine injecteront une dose salutaire d'inflation et contribueront à doper la croissance. Pour revigorer l'économie tel qu'il le souhaite, M. Trump devra toutefois convaincre le Congrès et les électeurs du bien-fondé de ses réformes. C'est loin d'être gagné, car le grand public se méfie en général de Wall Street et du monde des affaires.


Abaisser les impôts des entreprises quand une partie notable des travailleurs réclame une augmentation du salaire minimum à 15 $ US de l'heure ne passera pas sans remous. Un climat de confrontation entre Washington et les entreprises pourrait aussi s'installer si M. Trump allait de l'avant avec les mesures visant à punir celles qui délocalisent la production à l'étranger. C'est sans compter les affrontements qui s'annoncent dans la renégociation promise des traités de libre-échange.


La condition essentielle


Ce virage économique radical survient à un moment où la Réserve fédérale des États-Unis (Fed) accélérera le resserrement des conditions de crédit. Une troisième hausse du taux directeur devrait avoir lieu en 2017.


Il y a par ailleurs une condition essentielle à la poursuite du marché haussier : le rebond de la croissance des bénéfices. Ces dernières années, et particulièrement en 2016, la hausse des actions a été alimentée par un accroissement des multiples d'évaluation. Ce contexte ne durera pas éternellement. D'où le nécessaire retour d'une croissance des profits.


Bonne nouvelle, les prévisionnistes s'attendent à un rebond sur ce plan. Les stratèges sondés par Bloomberg prévoient en moyenne que le bénéfice des entreprises du S&P 500 atteindra 133 $ US par action en 2017, ce qui représenterait une croissance de plus de 11 % par rapport à 2016. La pression à la hausse sur les salaires et la nuisible vigueur du dollar américain pourraient toutefois freiner l'accélération attendue, puisque 44 % des revenus des 500 plus importantes entreprises du S&P 500 proviennent de l'étranger, selon Credit Suisse.


Et même si les bénéfices rebondissent en 2017, cela ne va pas automatiquement se refléter dans le cours des actions. À long terme, la valeur des titres tend à refléter la croissance des profits. Mais sur de courtes périodes, un contexte où la croissance des bénéfices prédomine sur la hausse des multiples d'évaluation tend à produire des rendements moins élevés et plus volatils, souligne Brian Belski. Depuis 1955, le S&P 500 a produit un rendement annuel moyen de 4,2 % lorsque la croissance des bénéfices a primé, par rapport à un gain de 14 % lorsque c'est l'accroissement du ratio cours/bénéfice qui a été le principal moteur des Bourses, démontre son analyse.


Selon Factset, le S&P 500 se négocie à 16,6 fois le bénéfice prévu dans 12 mois, ce qui est supérieur à sa moyenne de 15 fois des cinq dernières années et à la moyenne de 14,4 fois des 10 dernières années. Ce n'est ni une valorisation excessive ni bon marché. Si les scénarios prévus par les stratèges - rebond des bénéfices et remontée de l'inflation - ne se concrétisaient pas, le ratio pourrait redescendre.


Des locomotives moins puissantes pour le TSX


Même si je me suis royalement trompé l'an dernier (lire l'encadré à la fin de ma chronique), j'anticipe encore une appréciation modeste de la Bourse canadienne en 2017. Contrairement à 2016, le S&P/TSX ne pourra compter sur la renaissance de ses principaux poids lourds des secteurs de l'énergie, des matériaux et des finances. Le géant minier Teck Resources (TECK.B, 33,66 $) ne va pas rebondir de 530 % pour une deuxième année consécutive ! Et après une progression de 20 %, les banques canadiennes présentent un potentiel plus limité.


Matthew Barasch, stratège pour RBC Marchés des Capitaux, s'attend à une autre belle tenue de la Bourse canadienne. Il vient de faire passer sa cible pour le S&P/TSX de 15 800 à 16 300, soit un gain potentiel d'environ 9 % par rapport au niveau actuel de l'indice torontois. Il estime que les politiques que tentera de mettre en place Donald Trump, comme le programme de dépenses dans les infrastructures, procureront un autre souffle aux actions canadiennes. Une croissance plus vive au sud de la frontière devrait alimenter la demande en ressources, dit aussi le stratège.


Plusieurs financiers font le pari d'une remontée des prix de l'énergie, ce qui sera évidemment favorable au TSX. Peut-être, mais l'amélioration des perspectives semble déjà en partie reflétée dans les cours des sociétés du secteur. Encana (ECN, 2,98 $) a par exemple grimpé de 140 % en 2016.


Brian Belski, de BMO, entrevoit une augmentation de 4,6 % du TSX au cours de la prochaine année. Ce pronostic me paraît plus réaliste.


Peu importe ce qui se produit avec les indices, je vais suivre de près certains secteurs et titres. Après une année à oublier, le domaine de la santé américain pourrait retrouver la faveur des investisseurs. Apple (AAPL, 109,90 $ US) continuera de susciter l'attention. Son titre semble bon marché si on a confiance dans la capacité de l'entreprise dirigée par Tim Cook de sortir un iPhone 8 qui fracassera des records de ventes.


On devra suivre les titres des épiciers des deux côtés de la frontière, eux qui ont souffert ces derniers mois de la baisse du prix des aliments, particulièrement aux États-Unis. L'évaluation du titre de Metro (MRU, 40,33 $) est devenue plus raisonnable récemment.


Enfin, le groupe appelé FANG (Facebook, Amazon, Netflix, Google), que rien ne semblait pouvoir arrêter avant l'élection de Donald Trump, retrouvera-t-il son élan des dernières années ?


Souvenez-vous que tout le monde s'est trompé à propos de la réaction des investisseurs à la suite de l'élection de Donald Trump. L'inverse pourrait aussi survenir l'an prochain et anéantir le scénario de «reflation» que la plupart des stratèges anticipent, c'est-à-dire d'une reprise de la croissance économique et de l'inflation.


Bonne année, santé et prospérité à tous mes lecteurs.


PRIS À CONTREPIED PAR LA BOURSE CANADIENNE


Quelle chance que les lecteurs ne me rémunèrent pas en fonction de mes prédictions, car je n'aurais pas gagné cher en 2016 ! En ce qui a trait à la Bourse américaine, le verdict est assez bon. Dans ma chronique du 12 décembre 2015, j'avais prévu un rendement de 5 % pour le S&P 500. Au moment d'écrire ces lignes, l'indice phare américain affichait un gain de 7 % en 2016. J'avais appuyé ma thèse en affirmant qu'il y avait plusieurs locomotives pour «tirer» les indices, malgré les nombreuses épées de Damoclès suspendues au-dessus des Bourses. La Réserve fédérale devrait resserrer les conditions de crédit de façon progressive pour éviter de mettre en péril la croissance, avais-je écrit. Ce qu'elle a fait, avec une seule hausse de taux au cours des 11 premiers mois. J'avais aussi mentionné que les actions pouvaient se voir accorder une évaluation plus généreuse, ce qui s'est aussi avéré. En revanche, je me suis complètement fourvoyé à l'égard de la Bourse canadienne. J'avais anticipé un recul de 2 %, croyant peu probable que le secteur des ressources rebondisse et que les banques procurent un bon rendement. Ces deux poids lourds du S&P/TSX m'ont toutefois donné tort. Si bien que l'indice phare de la Bourse de Toronto a bondi de 15 % depuis le début de l'année. Mince consolation, je m'étais protégé en affirmant qu'il était périlleux d'essayer de prévoir la performance de la Bourse canadienne en raison de nombreuses cibles mouvantes. -

À propos de ce blogue

Après près de 16 années passées au journal Les Affaires, dernièrement en tant que chef de publication pour lesaffaires.com, Yannick Clérouin a rejoint en mars 2018 la société de gestion de portefeuilles Medici.

Yannick Clérouin

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