Pour plusieurs lecteurs, il est impensable de ne pas consulter les cotes

Offert par Les Affaires


Édition du 19 Novembre 2016

Pour plusieurs lecteurs, il est impensable de ne pas consulter les cotes

Offert par Les Affaires


Édition du 19 Novembre 2016

[Photo : 123RF]

Si je vous avais dit il y a trois semaines que Donald Trump serait élu à la présidence des États-Unis, auriez-vous vendu vos actions ou acheté de l'or pour vous protéger contre le cataclysme boursier annoncé par de nombreux experts advenant ce résultat ? Je doute fort que vous ayez prédit que les indices monteraient lors des deux séances qui ont suivi son élection et que le Dow Jones se hisserait à un sommet historique.


Les sondeurs se sont trompés. Les médias se sont gourés. Les analystes ont échoué. Même le marché des contrats à terme, d'ordinaire assez efficace pour anticiper le résultat des élections, s'est planté.


Pour l'investisseur à long terme, il y a une grande leçon à tirer de ce dénouement : comme nul ne peut prédire l'avenir, mieux vaut consacrer son énergie et son précieux temps non pas à suivre les hauts et les bas des titres, mais à analyser les facteurs fondamentaux des entreprises.


C'est l'essentiel du message que j'ai voulu transmettre dans ma chronique du 29 octobre, lorsque je vous ai lancé le défi de ne pas consulter les cours de vos titres pendant deux mois. Mon objectif premier était de vous faire réfléchir à la dépendance que l'on peut entretenir à l'égard des fluctuations à court terme des marchés.


Ce défi a touché une corde sensible : je n'ai jamais reçu autant de courriels au cours de mes 16 années de carrière comme journaliste financier. Ces messages, dont plusieurs font état de la relation que les lecteurs entretiennent avec les cours boursiers, revêtent une grande valeur dans la compréhension du comportement des investisseurs. Une lectrice a comparé ma sagesse à celle de son père qui lui a enseigné les vertus d'investir à long terme, mais un lecteur a jugé irresponsable mon idée.


Une des grandes conclusions que je tire des messages reçus est que plusieurs investisseurs sont incapables d'éviter de consulter les cotes boursières pendant quelques semaines.


«Entièrement d'accord avec vous, c'est presque une maladie mentale de suivre les cotes. Votre défi d'une durée de deux mois m'est impossible à réaliser, je suis trop accro à la Bourse», écrit Robert.


Étant «condamné» à vivre de ses rentes, Michel, lui, considère qu'il «n'a d'autres choix que de surveiller l'évolution quotidienne de ses titres». L'anecdote qu'il m'a racontée en dit long sur cette dépendance. Sa conjointe et lui sont partis en motorisé vers la Floride, et pendant quelques jours, ils n'avaient pas accès à Internet. «Ma pression augmentait à vue d'oeil, j'ai dû téléphoner à mon courtier pour qu'il me rassure sur les performances des indices et de mes titres.»


Pier a déploré l'idée de mon défi. Âgé de 71 ans, il dit être parti à la retraite très tôt (à 58 ans) même s'il n'avait pas de fonds de pension, grâce à ses investissements. «Pour réussir cela, il y a très peu de journées au cours desquelles je n'ai pas vérifié l'état de mes placements. Cela m'a permis de ne pas paniquer et de profiter des corrections occasionnelles pour renforcer mes bonnes positions devenues disponibles à de faibles prix...»


François a aussi refusé l'idée de fermer ses écrans boursiers jusqu'à la fin de l'année. «Les cours font partie du bagage d'infos que je dois accumuler avant de passer à l'action pour des ventes ou des achats, même si je négocie très peu les 30 à 35 titres que je détiens, la plupart depuis plus de 20 ans.»


La recette de Buffett


Comprenez-moi bien, le sevrage que j'ai proposé n'avait pas pour objectif de vous empêcher de dénicher de nouvelles occasions de placement, mais plutôt de vous convaincre que la meilleure façon de s'enrichir est de conserver les entreprises de qualité à long terme. Comme le recommande Warren Buffett, «achetez seulement les titres que vous seriez heureux de conserver si la Bourse fermait pendant 10 ans».


Avec cette perspective, les variations quotidiennes ne sont d'aucune utilité. Au contraire, elles sont souvent néfastes. Même si plusieurs lecteurs m'ont dit qu'ils vivent bien avec les fluctuations à court terme, ce n'est pas le cas d'une majorité d'investisseurs.


Christopher Mayer, auteur de 100 Baggers: Stocks That Return 100-to-1 and How to Find Them, l'illustre parfaitement avec le principe de la boîte à café. Le concept reprend la coutume de l'époque de la conquête de l'Ouest, où les gens plaçaient leurs biens de grande valeur dans un contenant à café qu'ils dissimulaient sous le matelas. L'idée est simple, écrit l'auteur : «Vous trouvez les meilleurs titres possible et vous les laissez dormir pendant 10 ans».


Il y a de nombreux avantages à suivre une telle stratégie. Un des principaux atouts de cette approche est de nous prémunir de nos instincts les plus nuisibles, dont ceux de l'obsession de suivre les cours des actions, de l'achat et de la vente frénétique ainsi que de notre impuissance face à l'évolution de l'économie et aux mauvaises nouvelles, écrit M. Mayer. En outre, un portefeuille établi selon ce principe est facile à gérer et peu coûteux.


Cette approche ne vous protège toutefois pas des mauvais placements. Comme Philippe Le Blanc, président de COTE 100, l'expliquait récemment dans son blogue sur LesAffaires.com, 30 % des titres recommandés dans le cadre de la lettre financière de sa firme sur 25 ans ont procuré d'excellents rendements, et quelques-uns d'entre eux ont été de grands gagnants. Une proportion de 25 % a procuré des gains modestes, 25 % ont été une perte de temps, et 20 %, de grands perdants.


Maîtriser le plus possible le démon des fluctuations à court terme est une des façons les plus efficaces de faire 10 fois, voire 100 fois son argent avec un titre.


Cela m'amène à répliquer au lecteur selon qui l'investisseur qui ne consulte pas les sites financiers pendant deux semaines rate de belles occasions de placement.


«Under Armour [NDLR : le titre de l'équipementier sportif a chuté de 13 % au cours d'une séance où la société a réduit ses perspectives de croissance à moyen terme], ça c'est décidé en moins de 2 h 30, et les investisseurs vont être bullish [à la hausse] pour plusieurs semaines avec une remontée de 30 % minimum», écrit-il.


Peut-être qu'une décision qui vise un gain rapide se prend en moins de trois heures. Mais pour reprendre les mots d'une lectrice, Hélène, «la clé, c'est de bien choisir les compagnies. Ce qui veut dire prendre du temps pour analyser. Une fois le choix fait, on ferme le dossier et on attend».


J'espère vous avoir convaincu de résister à la dictature des fluctuations quotidiennes. Avec une personne aussi imprévisible que Donald Trump comme président des États-Unis, votre faculté de résister aux soubresauts à court terme risque d'être rudement mise à l'épreuve.

À propos de ce blogue

Après près de 16 années passées au journal Les Affaires, dernièrement en tant que chef de publication pour lesaffaires.com, Yannick Clérouin a rejoint en mars 2018 la société de gestion de portefeuilles Medici.

Yannick Clérouin

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