Pourquoi un mariage entre Metro et Jean Coutu m'apparaît incontournable

Offert par Les Affaires


Édition du 03 Juin 2017

Pourquoi un mariage entre Metro et Jean Coutu m'apparaît incontournable

Offert par Les Affaires


Édition du 03 Juin 2017

Ce n'est pas la première fois qu'un chroniqueur ou un analyste évoque une union entre deux des détaillants les plus populaires de la province. Au-delà du fantasme de journaliste que le regroupement de deux des plus grands symboles de réussite du Québec inc. alimente, un mariage entre Metro (MRU, 44,23$) et Groupe Jean Coutu(PJC.A, 21,62$) m'apparaît plus logique que jamais sur les plans financier et concurrentiel.


Grâce à leurs solides assises dans le marché québécois et à leurs dirigeants aguerris, Metro et Jean Coutu ont historiquement affiché une solide performance financière.


Si on exclut le passage trouble de l'acquisition de la chaîne Eckerd aux États-Unis après 2005, le pharmacien préféré des Québécois a affiché une performance financière plus que respectable. L'épicier a pour sa part été un véritable métronome avec une croissance annuelle composée de son bénéfice par action et de son dividende de 13% et de 16% respectivement depuis 15 ans.


Même si ces deux détaillants affrontent depuis toujours de redoutables rivaux comme Loblaw(L, 74,81$), ils ont réussi à tirer leur épingle du jeu parce que la concurrence a été relativement gérable. Les parts de marché bouffées par Costco(COST, 178,77$ US) et Wal-Mart(WMT, 78,56 $US) dans l'alimentation et la pharmacie ont été compensées par les gains grignotés auprès d'acteurs indépendants notamment. Les américaines ont limité leur incursion aux grandes agglomérations et n'ont pas atteint les bastions régionaux des québécoises.


Metro et PJC ont aussi alimenté leur croissance grâce à des acquisitions qui leur ont permis de diversifier leurs sources de revenus et leur clientèle. Adonis et Première Moisson pour l'épicier, Prodoc et Médicus pour le pharmacien, en sont de bons exemples.


La menace Amazon et la disparition des cibles d'acquisition


Le contexte favorable qui a permis aux deux fleurons du détail de la province de maintenir leurs avantages concurrentiels est toutefois sérieusement menacé. Le problème, c'est que ni Metro ni Jean Coutu ne pourront compenser les pertes de parts de marché futures par des acquisitions, car il reste peu de cibles susceptibles de nourrir la croissance de leurs bénéfices.


L'insatiable Amazon (AMZN, 967,41$US) étend ses tentacules dans de nouveaux créneaux pratiquement chaque semaine. Si le géant du commerce en ligne a surtout causé des dégâts chez les détaillants de vêtements, de chaussures, de livres et d'appareils électroniques, il n'a pas abandonné l'idée de percer les secteurs jugés plus difficilement attaquables que sont l'alimentation et la pharmacie. Au contraire, il a récemment montré son appétit pour ces deux énormes marchés.


L'entreprise de Seattle vise à lancer une vaste offensive dans les produits de consommation de marques privées. Des lames de rasoir aux céréales et aux aliments en conserve, en passant par les détergents, à peu près toutes les catégories de produits emballés y passeront, dit Stephen Powers, analyste chez UBS. La société de Jeff Bezos commercialise déjà des produits maison comme des aliments et des lingettes pour bébés. En peu de temps, Amazon s'est approprié une part de 16 % du marché des lingettes. Le géant en ligne chercherait aussi à recruter un dirigeant pour le marché multimilliardaire de la pharmacie, rapportait CNBC il y a quelques jours.


Le mastodonte de 461 milliards de dollars américains de valeur boursière cherche par tous les moyens à inciter les consommateurs à s'abonner à son service de livraison Prime. Les lucratifs produits de beauté que l'on trouve chez Jean Coutu entrent dans sa mire, tout comme les aliments secs vendus chez Metro. Cependant, Amazon n'a peut-être pas autant de succès au Canada qu'aux États-Unis et ne semble pas vouloir s'attaquer aux marchés de Metro et de Jean Coutu aussi sérieusement qu'au sud de la frontière avant quelques années. Ce n'est toutefois pas la seule nouvelle concurrence que les deux entreprises québécoises doivent affronter.


Avec l'acquisition prochaine d'Uniprix, le plus important distributeur de produits pharmaceutiques du monde, McKesson (MKC, 152,55 $ US), resserre aussi l'étau autour de Jean Coutu en augmentant son pouvoir d'achat et de commercialisation.


Le détaillant chinois MINISO, qui vient d'ouvrir sa première succursale à Vancouver, caresse de grandes ambitions pour le marché canadien. Cette chaîne à bas prix, qui vend des produits de consommation comme des cosmétiques, des sacs, de la papeterie et d'autres produits commercialisés chez l'épicier ou le pharmacien, veut ouvrir 500 magasins au pays. D'autres détaillants encore inconnus ici pourraient aussi tenter de bouleverser le marché canadien, à l'instar de la chaîne d'épiceries allemande à prix cassés Lidl, qui fera ses premiers pas aux États-Unis dans les prochaines semaines.


C'est sans compter les poussées de Wal-Mart et de Costco dans l'épicerie et la pharmacie. Costco ouvrira sept nouveaux entrepôts au pays en 2017. Sa filiale canadienne revendique une part de marché de 10 % dans l'alimentation, contre 7 % en 2010, selon CIBC.


Pour résister dans un tel contexte, Metro et Jean Coutu doivent entre autres gagner du poids en réalisant des acquisitions. Le hic, c'est que leurs marchés respectifs ont été pratiquement tous consolidés. Il reste peu de chaînes de pharmacies indépendantes que Jean Coutu pourrait acheter et, à l'exception d'Overwaitea Foods dans l'Ouest canadien, il n'y a pratiquement plus de proies potentielles de taille à se mettre sous la dent pour Metro.


En unissant leurs destinées, les deux chaînes donneraient naissance à un champion québécois du commerce de détail prêt à rivaliser avec n'importe quel poids lourd venu d'ailleurs et régleraient en partie plusieurs de leurs enjeux: croissance interne limitée, faible potentiel de croissance par acquisitions, défi de relève chez Jean Coutu, présence limitée dans le commerce en ligne, érosion des marges bénéficiaires des médicaments génériques causée par les changements réglementaires, etc.


La fusion de Metro et de Jean Coutu serait certes un mariage de raison mais, comme les deux se connaissent bien, cela m'apparaît dans le contexte la meilleure des solutions.


Un mariage entre Metro et Groupe Jean Coutu m'apparaît plus logique que jamais sur les plans financier et concurrentiel.

À propos de ce blogue

Yannick Clérouin est directeur Actualités et diffusion numérique de LesAffaires.com. Mordu de la Bourse, il est également chroniqueur financier et se donne pour mission d'aider les investisseurs à long terme à s'enrichir. Yannick a été journaliste pour la section Investir dès son arrivée au journal Les Affaires, en mai 2002. Il a débuté sa carrière chez Webfin.com, aujourd'hui Argent, où il a notamment lancé la première radio financière québécoise sur Internet. Il est détenteur d'un baccalauréat en journalisme à l'Université du Québec à Montréal et d'un diplôme du cours sur les valeurs mobilières au Canada de l'Institut canadien des valeurs mobilières.

Yannick Clérouin
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