Les grandes leçons de la débâcle de Technologies Orbite

Offert par Les Affaires


Édition du 17 Juin 2017

Les grandes leçons de la débâcle de Technologies Orbite

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Édition du 17 Juin 2017

Claude Lamoureux, président du conseil de Technologies Orbite. [Photo: 123RF]

Le titre bondit de 25% après la nomination de Claude Lamoureux au conseil d'administration de l'entreprise. Voilà la confirmation que la société est vouée à un bel avenir, se disent de nombreux petits investisseurs québécois qui ne manquent pas de suivre le réputé dirigeant dans l'aventure d'Orbite.


C'était il y a quatre ans. Elle était LA coqueluche des boursicoteurs du Québec peu de temps avant. Le prochain coup de circuit aux yeux de ces investisseurs aveuglés par l'ascension rapide de son titre. L'action avait rechuté entretemps, l'arrivée de M. Lamoureux ravivait l'espoir.


Mais voilà, l'entreprise, rebaptisée Technologies Orbite, s'est placée sous la protection de ses créanciers il y a quelques semaines. Parti dans la boue, le potentiel «extraordinaire» de l'entreprise aux procédés d'extraction de l'alumine et d'oxydes de métaux rares «révolutionnaires». À cours de fonds, Orbite n'a pas répondu à l'ultimatum de certains créanciers de produire commercialement de l'alumine de haute pureté.



« Je pourrais remplir le cahier Investir de la succession d'événements qui ont occasionné cet échec. Je préfère me concentrer sur les leçons que les investisseurs doivent retenir de cette débâcle. »


Soyez insensibles aux promoteurs


L'ascension spectaculaire du titre d'Orbite entre 2010 et 2011 a été alimentée par la spéculation. Des investisseurs ont écouté le chant des sirènes de promoteurs, à commencer par la direction de l'époque (avant l'arrivée de Claude Lamoureux).


Le rapport annuel de 2010 ne tarissait pas de qualificatifs pour convaincre de la grande valeur de la technologie d'Orbite, de son potentiel commercial ou encore du talent de l'équipe de direction. Voici quelques phrases tirées du message du président du conseil d'administration de l'époque, Lionel Léveillé(NDLR: Lionel Léveillé a démissionné du conseil d'administration pour des raisons de santé le 21 juin).


«Je qualifierais 2010 d'année déterminante dans la courte histoire d'Orbite.» «Selon moi, l'impact que peut avoir Orbite sur l'industrie de l'aluminium est potentiellement très important. Nous nous attendons à ce que la société s'empare d'une part importante du marché de l'alumine, de l'alumine ultra-pure et des terres rares au Canada et, éventuellement, à l'étranger.» «Orbite a le potentiel de transformer la façon d'opérer des chefs de file mondiaux de l'aluminium.» «Je suis très optimiste pour les mois à venir. J'ai la ferme conviction que Orbite possède les atouts et les talents nécessaires pour réussir et pour accroître la valeur pour les actionnaires.» Et le PDG de l'époque, Richard Boudreault, d'ajouter: «ces développements pourraient avoir des incidences importantes non seulement sur Orbite et ses actionnaires, mais aussi sur le Québec tout entier».


Je pourrais poursuivre longtemps, mais je retiens que la direction faisait miroiter sa capacité de s'emparer d'une part clé du marché de l'alumine importée par les alumineries du Québec, alors évalué à 2 milliards de dollars.


Ne suivez pas aveuglément un dirigeant


Nombreux sont les investisseurs qui ont vu comme une bénédiction l'arrivée de Claude Lamoureux à la tête du conseil d'administration d'Orbite. Après tout, il a été une figure marquante du monde des affaires canadien à titre de dirigeant du puissant régime de retraite des enseignants de l'Ontario de 1990 jusqu'à 2007.


Malheureusement, la feuille de route d'un dirigeant n'est pas un gage de succès. Comme l'a déjà dit Warren Buffett, quand vous mettez des dirigeants que l'on sait brillants à la tête d'une entreprise réputée être un canard boiteux, c'est la réputation de l'entreprise qui reste intacte.


C'est une erreur d'acheter un titre selon ce seul critère. Aussi bon puisse-t-il être, M. Lamoureux ne pouvait à lui seul assurer le succès de la commercialisation à grande échelle des procédés d'Orbite. Dans le rapport annuel de 2014, il a écrit «nous approchons de la ligne d'arrivée pour l'achèvement de notre première usine commerciale». Il ne se doutait pas du chemin de croix que l'entreprise allait ensuite connaître avant la mise en service de sa première usine.


Fuyez les entreprises complexes


Les investisseurs de la première heure d'Orbite se sont fait vendre l'idée que la société mettait au point une technologie révolutionnaire qui ciblait un marché immense. Le procédé d'Orbite vise à déloger la méthode d'extraction d'alumine de la bauxite, le procédé Bayer demeuré pratiquement inchangé depuis son apparition en 1880. L'approche d'Orbite devait percer, car nettement plus propre, elle allait aussi permettre de récupérer des richesses inexploitées de la bauxite (fer, titane, manganèse, silice et autres métaux rares).


Bien que sa technologie soit unique et protégée par des brevets, Orbite demeure une entreprise extrêmement difficile à évaluer pour le commun des investisseurs. On a beau dire que le procédé permet d'extraire des ressources utilisées dans les voitures électriques, les puces pour les téléphones mobiles ou les lumières DEL, je suis incapable de vous détailler les caractéristiques des marchés visés. Évitez donc les entreprises dont vous êtes incapable d'expliquer aisément le modèle d'affaires à votre beau-frère.


Privez-vous de rendement, pas de bénéfices


Bien des investisseurs cherchent à gagner le gros lot en investissant tôt dans une jeune entreprise afin de surfer sur l'engouement initial. La valeur d'un titre peut être multipliée par plus de dix selon les espoirs que suscite son passage de la phase d'exploration à celle de la commercialisation. Cela repose toutefois sur la spéculation.


Au moment où le titre d'Orbite a franchi les 5 $, l'entreprise ne dégageait aucun revenu. Six ans plus tard, elle n'a toujours pas engrangé un cent. À son plus récent trimestre, elle avait accumulé un déficit de 111 M$. Imaginez : dans le message aux actionnaires du 17 février 2011, la direction évoquait «d'excellentes occasions d'affaires sous forme de contrat» après avoir produit sa première tonne d'alumine.


Privilégiez les entreprises rentables depuis plusieurs années. Vous perdrez peut-être une partie des gains initiaux, mais vous éviterez ainsi de vous faire brûler par un fiasco.

À propos de ce blogue

Yannick Clérouin est directeur Actualités et diffusion numérique de LesAffaires.com. Mordu de la Bourse, il est également chroniqueur financier et se donne pour mission d'aider les investisseurs à long terme à s'enrichir. Yannick a été journaliste pour la section Investir dès son arrivée au journal Les Affaires, en mai 2002. Il a débuté sa carrière chez Webfin.com, aujourd'hui Argent, où il a notamment lancé la première radio financière québécoise sur Internet. Il est détenteur d'un baccalauréat en journalisme à l'Université du Québec à Montréal et d'un diplôme du cours sur les valeurs mobilières au Canada de l'Institut canadien des valeurs mobilières.

Yannick Clérouin
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