Le côté pervers de la rémunération «tout ou rien» d'Elon Musk

Publié le 23/01/2018 à 10:46

Le côté pervers de la rémunération «tout ou rien» d'Elon Musk

Publié le 23/01/2018 à 10:46

Photo: Gettyimages

Le président et chef de la direction de Tesla (Nasdaq, TSLA), Elon Musk, ne fait jamais rien comme les autres et le nouveau mode de rémunération que le fabricant de voitures s’apprête à lui imposer tranche complètement avec celui qui prévaut parmi les grandes entreprises américaines.


L’homme reconnu pour ses paris visant à perturber tant l’industrie automobile que de lancer une des premières entreprises privées d’astronautique va en quelque sorte jouer à quitte ou double même en ce qui a trait à sa paye.


Le coloré entrepreneur recevra un salaire seulement et seulement si son entreprise atteint certains objectifs de performance, dont l’ultime cible de valoir 650 milliards de dollars américains en Bourse. Pour mettre les choses en perspective, lit-on dans le communiqué de l’entreprise, Tesla vaut aujourd’hui 60 G$US.


Selon les termes du plan de rémunération d’une durée de 10 ans, l’homme de 46 ans pourra exercer des options d’achat d’actions seulement si des seuils de revenus et bénéfices fixés au préalable sont atteints. Par exemple, la première tranche d’options pourra être exercée si Tesla atteint une valeur boursière de 100 G$US, que ses revenus se hissent à 20 G$US et que son bénéfice d’exploitation grimpe à 1,5 G$US.


Pour qu’il puisse exercer la totalité des 12 tranches d’options, M. Musk devra avoir propulsé la valeur boursière de Tesla à 650 G$US.


Si cette cible est atteinte, Tesla deviendrait la quatrième entreprise américaine la plus valorisée en Bourse –selon les chiffres actuels–, après Apple, Alphabet et Amazon, explique l’entreprise.


M. Musk, qui détient 20% des actions en circulation de l’entreprise d'après le Wall Street Journal, n’aura aucune autre garantie d’être payé d'une quelconque façon, que ce soit grâce à des primes ou à base d’actions.


Un des objectifs de cette forme de rémunération originale vise à inciter M. Musk à rester à la tête de Tesla pour encore longtemps. Cela dit, il lui sera permis de céder son poste de PDG à un bras droit qui assurera la direction afin qu’il puisse se concentrer sur des enjeux stratégiques, précise le constructeur automobile.


Ce plan est calqué sur le précédent programme imaginé pour M. Musk en 2012. Le précédent régime reposait sur l’atteinte d’une valeur boursière de 43,2 G$US, ainsi que de certains jalons financiers d’ici 2022. Tesla a dépassé l’an dernier General Motors et Ford au chapitre de la valeur boursière. Elle se trouve aujourd’hui à un jet de pierres de GM, 60G $US contre 61,1G$US.


Favorable à une telle idée, mais...


Je suis totalement favorable à une réforme des pratiques de rémunération des dirigeants des grandes entreprises qui, trop souvent, ne reflètent pas adéquatement la valeur créée par les PDG.


À l’aube de la publication des circulaires de direction, on va certainement voir une nouvelle inflation spectaculaire des salaires des dirigeants, après une année exceptionnelle en Bourse et dans la foulée de la lucrative réforme fiscale américaine.


La formule de rémunération proposée pour Elon Musk répond en partie à un grand problème: le lien trop faible entre performance financière à long terme et rémunération sur lequel repose la grande majorité des programmes en vigueur.


Il y a toutefois un côté pervers au plan imaginé par la direction de Tesla, celui d'établir un objectif lié à la capitalisation boursière. La valeur que les investisseurs accordent à une entreprise en Bourse est hors du contrôle d’un PDG.


Tesla brûle en ce moment une tonne de liquidités et doit se refinancer dans les prochains mois pour pouvoir poursuivre sa route. Pourtant, le marché lui accorde une valeur de 60 G$US, fondant de grands espoirs sur la révolution promise par M. Musk.


À l’inverse, les investisseurs pourraient dans les prochaines années perdre confiance dans ses capacités à bouleverser l’industrie. Par ricochet, la valeur de Tesla s’en trouverait pénalisée, même si l'entreprise atteint plusieurs jalons financiers.


Il y a pire. Fonder la rémunération sur des cibles de valeur boursière peut inciter certains dirigeants à prendre des raccourcis pour atteindre les jalons imposés. Je ne pense pas que l’argent soit la principale motivation du milliardaire d’origine sud-africaine, mais l’est certainement pour d’autres. Et cela expose les actionnaires aux pires excès, dont à la fraude.


Qu’en pensez-vous?


 

À propos de ce blogue

Après près de 16 années passées au journal Les Affaires, dernièrement en tant que chef de publication pour lesaffaires.com, Yannick Clérouin a rejoint en mars 2018 la société de gestion de portefeuilles Medici.

Yannick Clérouin

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