Gare aux aubaines trop belles pour être vraies des détaillants

Offert par Les Affaires


Édition du 20 Mai 2017

Gare aux aubaines trop belles pour être vraies des détaillants

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Édition du 20 Mai 2017

Photo: Gettyimages

Jamais l'univers du détail n'a connu un début d'année aussi dévastateur. Le rythme des faillites de commerçants traditionnels atteint un niveau sans précédent: plus de 8000 magasins fermeront leurs portes cette année aux États-Unis, prévoit Credit Suisse. Si on se fie aux achats réalisés par certains chasseurs d'aubaines, le secteur offre des occasions. Le magasinage des survivants de la grande transformation en cours peut vous enrichir, à condition de ne pas vous laisser piéger par les fausses aubaines.


Quand ils ne mettent pas complètement fin à leurs activités, les détaillants délaissent des emplacements par centaines, à l'instar de l'exploitant de grands magasins Macy's(M, 23,44$US). La célèbre chaîne à l'étoile rouge, qui a annoncé au début de l'année la fermeture de 100 établissements, continue de souffrir, comme en témoignent ses résultats trimestriels dévoilés il y a quelques jours. Les ventes de ses magasins comparables ont reculé de 5,2%, marquant le neuvième trimestre consécutif de déclin de ses commerces en activité depuis au moins un an. Cette nouvelle déception a fait plonger son titre de 18% et entraîné ses rivales dans une glissade similaire.


«Ne nous comptez pas pour morts», a lancé le chef de la direction financière de la chaîne, Karen Hoguet, après la publication des résultats. Macy's multiplie les mesures pour relancer ses ventes et fait le pari qu'elle sera plus rentable en exploitant mieux un nombre restreint de magasins.


Au même moment, le PDG de Sears Holdings(SHLD, 7,78$US), Eddie Lampert, a tiré à boulets rouges sur les commentateurs qui évoquent la mort prochaine de son entreprise. «La dernière année sera reconnue comme une des plus difficiles de l'histoire pour les détaillants de briques et de mortier, et notre entreprise a été une des plus touchées par ces vents contraires», a-t-il écrit dans un message aux investisseurs. Le principal actionnaire de l'entreprise a toutefois promis de continuer à se battre farouchement pour redonner un élan à ses deux enseignes jadis emblématiques, Sears et Kmart.


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Ces cris du coeur simultanés illustrent bien le combat que mènent les détaillants traditionnels pour rester en vie. En plus de leurs derniers efforts de transformation, les dirigeants de ces chaînes tentent de convaincre les actionnaires qu'ils peuvent encore les enrichir.


L'argument de vente a beau être habilement ficelé, il n'émeut guère les investisseurs, surtout lorsqu'ils comparent les résultats de ces chaînes à ceux de l'entreprise qui contribue le plus à leur ravir des parts de marché, Amazon(AMZN, 995,78$US). À son plus récent trimestre, le géant de Seattle a enregistré une impressionnante hausse de ses ventes de 23 %, à 35,7 milliards de dollars américains.


Sur une base comparative, l'évolution des titres d'Amazon(en vert) et de Macy's(en rouge). Source: Morningstar

Or, avec à peine 10% des ventes au détail aux États-Unis, le commerce électronique peut encore faire de lourds ravages avant que la situation des détaillants traditionnels ne se stabilise.


Des titres nettement moins chers que le marché, mais...


Certains investisseurs font cependant le pari qu'il y aura des survivants. Les commerçants qui s'adaptent le mieux à cette transformation profonde peuvent en effet tirer profit de la disparition de concurrents plus faibles ou de la consolidation forcée.


Jean Marier et Tim McElvaine, de la firme McElvaine Investment Trust, ont commencé à faire des emplettes. Ces adeptes de l'approche de Benjamin Graham cherchent à dénicher des détaillants qui ont des actifs dont la valeur est sous-estimée par le marché.


Ils ont récemment pris une participation dans le détaillant de vêtements pour adolescents Abercrombie & Fitch(ANF, 13,22$US). La chaîne de 845 magasins bat de l'aile depuis plusieurs années. À l'instar de Macy's, elle multiplie les tentatives pour redresser sa performance financière. Elle mène de front réduction massive de coûts et mesures pour stimuler sa croissance. La société a aussi entrepris des pourparlers avec deux acquéreurs potentiels, dont sa rivale American Eagle Outfitters (AEO, 11,50$US).


Le portefeuille modèle américain de StockPointer, qui repose sur la valeur économique ajoutée, est à moitié composé de détaillants en ce moment. Ce portefeuille, qui est ajusté une fois par mois et qui présente les meilleures occasions en fonction de certains critères de performance et de valorisation, comprend Wal-Mart Stores, Williams-Sonoma, Foot Locker, Autozone et Cracker Barrel Old Country.


Il y a aussi au Canada plusieurs titres de détaillants qui semblent en apparence bon marché par rapport à la Bourse dans son ensemble.


Reitmans(RET.A, 4,98$) est depuis un bon moment dans le collimateur de certains investisseurs valeur. La chaîne rationalise son réseau de magasins depuis plusieurs années et tente de renouer avec la rentabilité de façon durable. Elle possède un atout clé aux yeux de certains: une encaisse nette de 150 millions de dollars (M$) qui lui donne un coussin pour restructurer ses activités et poursuivre son virage en ligne.


Groupe BMTC (GBT, 12,30$), qui exploite les chaînes Brault & Martineau, Economax et Ameublements Tanguay, dispose aussi d'un bilan solide : elle est libre de dettes et possède des liquidités et des placements de 85 M$. Son PDG, Yves Des Groseillers, a dit à son assemblée annuelle il y a quelques semaines qu'il allait investir plusieurs dizaines de millions de dollars pour rénover son réseau au cours des prochaines années. La construction d'un nouveau magasin prototype sera bientôt lancée. En outre, BMTC accroît ses investissements pour accélérer sa présence sur le Web.


Tant au Canada qu'aux États-Unis, il est facile de dénicher des détaillants se négociant moins cher que le marché dans son ensemble. Ce qui peut séduire les investisseurs en quête d'aubaines dans un marché jugé onéreux.


Pour en revenir à Macy's, le titre se négocie à moins de 8 fois le bénéfice prévu dans les 12 prochains mois, ce qui est moitié moins cher que l'indice S&P 500. À cela s'ajoute un dividende qui procure un juteux rendement de 6,44%.


Trop beau pour être vrai? Rémy Morel, associé chez Barrage Capital et blogueur pour LesAffaires.com, m'a confié que sa firme avait vendu les trois titres de détaillants qu'elle détenait dans les derniers mois, dont celui de Macy's. «Les titres ne sont vraiment pas chers, mais la marge de sécurité est trop faible», estime-t-il.


Il y a peut-être des aubaines dans le secteur du détail, mais il y a aussi certainement bien des mirages. Il serait plus judicieux d'attendre que la tendance baissière des ventes comparables cesse avant de tenter de profiter de ce qui semble en apparence des soldes.

À propos de ce blogue

Yannick Clérouin est directeur Actualités et diffusion numérique de LesAffaires.com. Mordu de la Bourse, il est également chroniqueur financier et se donne pour mission d'aider les investisseurs à long terme à s'enrichir. Yannick a été journaliste pour la section Investir dès son arrivée au journal Les Affaires, en mai 2002. Il a débuté sa carrière chez Webfin.com, aujourd'hui Argent, où il a notamment lancé la première radio financière québécoise sur Internet. Il est détenteur d'un baccalauréat en journalisme à l'Université du Québec à Montréal et d'un diplôme du cours sur les valeurs mobilières au Canada de l'Institut canadien des valeurs mobilières.

Yannick Clérouin
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