Défi : ne consultez pas les cours boursiers d'ici la fin de l'année

Offert par Les Affaires


Édition du 29 Octobre 2016

Défi : ne consultez pas les cours boursiers d'ici la fin de l'année

Offert par Les Affaires


Édition du 29 Octobre 2016

[Photo : Shutterstock]

Pour plusieurs investisseurs, les cours boursiers ont le même effet qu'une drogue. La plupart des investisseurs actifs les consultent plusieurs fois par semaine, les plus accros, plusieurs fois par jour. Cela fait le bonheur de sites comme celui que je gère, lesaffaires.com. Mais vous êtes-vous déjà demandé ce qui se passerait si vous vous priviez de votre dose régulière de cette substance qui vous procure des high, parfois suivis d'états dépressifs ?


Permettez-moi de vous lancer un défi particulier : celui de ne pas consulter les cours boursiers jusqu'à la fin de l'année. Deux longs mois à éviter de suivre les hauts et les bas des titres qui composent votre portefeuille. À un moment aussi critique de l'année, au cours duquel auront lieu des élections américaines qui risquent d'avoir des répercussions majeures sur les marchés... Es-tu tombé sur la tête, Clérouin ?


Bien au contraire. Cette période qui s'annonce mouvementée est idéale pour effectuer votre sevrage. Nul ne sait comment réagiront les investisseurs aux résultats des élections américaines. Comme cela fait trois mois de suite que l'indice S&P 500 recule, les marchés pourraient fortement rebondir en guise de soulagement une fois le prochain président choisi. Ou plutôt très mal réagir si le candidat non désiré est élu et que la Réserve fédérale américaine en rajoute en décrétant une hausse des taux d'intérêt en décembre. Bref, plusieurs scénarios peuvent se produire dans les prochains mois.


L'idée de ce défi symbolique m'est venue alors que j'assistais à une présentation faite auprès d'investisseurs individuels par l'équipe de Carl Simard, président et gestionnaire de portefeuille de Medici, il y a quelques semaines. Un investisseur a demandé au gestionnaire Pierre-Olivier Langevin, qui animait la présentation, combien de temps ses collègues et lui consacrent à suivre le cours des actions lorsqu'ils analysent un titre. La réponse a visiblement déçu cette personne aux cheveux poivre et sel : cinq minutes, dix tout au plus.


Les investisseurs à long terme sérieux, dont font partie les gestionnaires de Medici, accordent peu d'importance aux fluctuations des titres. «Le cours des actions est l'information la moins utile qu'un investisseur puisse suivre, mais c'est pourtant celle qui est la plus suivie», écrit le célèbre gestionnaire Peter Lynch dans le livre One Up On Wall Street. «La performance du titre aujourd'hui, demain ou la semaine prochaine n'est que distraction.»


Le mirage des sommets et l'exemple de Microsoft


Le temps passé à analyser les hauts et les bas des titres ne l'est pas à ce qui compte vraiment, soit l'analyse des facteurs fondamentaux des entreprises comme leurs perspectives de croissance, leur santé financière ou leur évaluation. Imaginez tout le temps que vous dégageriez en évitant de vous pencher sur les cours de vos actions pour les deux prochains mois.


À raison de 15 minutes par jour pour la quarantaine de séances qui restent d'ici la fin de l'année, vous disposeriez de 10 heures pour lire le rapport annuel qui traîne depuis des mois sur votre bureau, à faire des tris de titres ou à consulter une lettre financière pour dénicher de nouvelles occasions.


Drôle de coïncidence, au moment où j'écrivais ces lignes, le mouvement d'un titre faisait les manchettes de tous les sites financiers américains. Microsoft (MSFT, 59,66 $ US) touchait un sommet historique, dépassant son précédent point culminant des beaux jours de la bulle techno, en 1999. Les résultats supérieurs aux prévisions affichés par le géant des logiciels au premier trimestre de 2017 ont plu aux investisseurs, qui ont fait grimper le prix de l'action de 5 % le 21 octobre.


Le bond du titre d'un poids lourd comme Microsoft a certainement suscité l'intérêt de l'investisseur qui s'attarde aux cotes boursières. Surtout s'il a ensuite lu la manchette du site de CNBC titrée «Microsoft est en feu grâce au pdg Satya Nadella». Hourra ! voilà une belle occasion d'achat, s'est peut-être dit notre investisseur.


À première vue, la performance financière de Microsoft semble s'améliorer grandement. Ses services de logiciels en nuage ont le vent dans les voiles et procurent d'intéressantes marges bénéficiaires. En creusant un peu, on constate toutefois que le portrait mérite une certaine prudence. La société a dégagé un bénéfice par action ajusté de 0,76 $ US, par rapport à 0,67 $ US au même trimestre un an plus tôt. Or, ses revenus sont demeurés stables à 20,5 milliards de dollars américains et son bénéfice d'exploitation a reculé, passant de 5,79 G$ US à 5,23 G$ US. La hausse du bénéfice par action repose en partie sur les rachats : le nombre de titres en circulation s'est amenuisé de 8,08 à 7,88 milliards au cours de la dernière année.


Un coup d'oeil au logiciel d'analyse Stockpointer m'a aussi permis de constater que le rendement du capital investi par Microsoft a fléchi de 19,5 %, pour la période de 12 mois terminée en septembre 2012, à 12,1 %, pour la plus récente période de 12 mois qui s'est terminée en septembre dernier (avant les résultats publiés le 21 octobre).


La dette de l'entreprise a presque doublé depuis un an. C'est sans compter le fait que l'entreprise fondée par Bill Gates a annoncé la plus importante acquisition de son histoire en juin, LinkedIn (LNKD, 190,12 $ US), une transaction évaluée à 26,2 G$ US. Un prix fort pour le réseau social professionnel qui ne dégage encore aucun cent de bénéfice. Rappelez-vous également que le géant de Redmond a dilapidé 9,4 G$ US dans l'achat de Nokia, en deux ans seulement.


Mon but n'est pas de faire l'analyse du potentiel de l'action de Microsoft, mais de vous démontrer l'importance de dépasser les variations boursières, à la hausse comme à la baisse.


Vous libérer de la dictature des fluctuations peut être un facteur déterminant de votre enrichissement à long terme. Le défi que je vous lance n'est pas évident. J'ai le défaut de trop m'attarder aux cours, déformation professionnelle oblige. Je suis impatient d'avoir vos réactions au défi que je vous jette et surtout de connaître la relation que vous entretenez avec les cours.


Écrivez-moi à yannick.clerouin@tc.tc.


 

À propos de ce blogue

Après près de 16 années passées au journal Les Affaires, dernièrement en tant que chef de publication pour lesaffaires.com, Yannick Clérouin a rejoint en mars 2018 la société de gestion de portefeuilles Medici.

Yannick Clérouin

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