Comment survivre au désastre de la Bourse canadienne

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Janvier 2016

Comment survivre au désastre de la Bourse canadienne

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Édition du 16 Janvier 2016

Loin d'être découragés par le fait que la Bourse canadienne soit entrée dans un marché baissier au début de l'année (une baisse de plus de 20 % depuis son récent sommet), plusieurs stratèges restent campés sur leur position et soutiennent que le TSX surpassera le S&P 500 pour la première fois en six ans en 2016. On ne peut certes écarter la possibilité d'un rebond important de la Bourse canadienne après une année où le cinquième des 247 sociétés membres du principal indice de Toronto ont perdu au moins 35 % de leur valeur. Mais compte tenu des nombreuses épées de Damoclès qui restent suspendues au-dessus des sociétés du pays, l'investisseur doit réduire le risque au minimum. Voici quelques pistes pour survivre à la difficile passe de la Bourse canadienne.


Non seulement les consommateurs canadiens n'ont jamais été aussi endettés, mais ils jonglent avec la hausse marquée de nombreux produits, à commencer par les aliments frais, en raison de l'effritement du pouvoir d'achat de notre devise. À cela s'ajoutent les perspectives moroses du marché du travail, qui découragent les ménages à engager des dépenses majeures ou non urgentes. Par conséquent, les détaillants de produits discrétionnaires risquent de souffrir pendant encore un certain temps.


Et ils en paient déjà le prix. Au cours des derniers jours, les titres de La Baie (Tor., HBC), Rona (Tor., RON), Canadian Tire (Tor., CTC.A), Groupe BMTC (Tor., GBT), Sears Canada (Tor., SCC) et Le Château (Tor., CTU.A) ont touché de nouveaux creux en 52 semaines.


La prudence des consommateurs mine aussi les perspectives des fabricants québécois de produits discrétionnaires comme BRP (Tor., DOO) et Dorel (Tor., DII.B). Ces titres se négocient à leur plus bas niveau de la dernière année.


Favoriser les sociétés au pouvoir inflationniste


À l'inverse, les détaillants de produits de consommation de base ont la capacité de refiler une partie de la hausse des prix des aliments importés à leurs clients. Les épiciers Metro (Tor., MRU) et Loblaw (Tor., L) devraient continuer à profiter de la tendance inflationniste en 2016, quoique dans une moindre mesure, en raison d'une modération de la hausse du prix de la viande.


La concurrence dans le secteur de l'alimentation s'est également estompée au cours de la dernière année, contrairement à ce qui se passe dans le créneau de la consommation discrétionnaire, où la rivalité et la faiblesse du dollar canadien érodent les marges bénéficiaires.


Bien que frappés par la débandade des ressources, les transporteurs ferroviaires sont aussi réputés pour leur pouvoir d'imposition des prix à long terme. Le Canadien National (Tor., CNR) et le Canadien Pacifique (Tor., CP) jouissent d'une situation de duopole qui les protège en partie, même lorsque le contexte économique leur est défavorable. Ces sociétés sont en effet plus disciplinées au chapitre des prix que les transporteurs par camion ou par avion.


Ces locomotives de la Bourse canadienne sont tombées de leur piédestal au printemps dernier, après un parcours haussier qui a duré plus de quatre ans. Leur évaluation est donc nettement plus raisonnable aujourd'hui.


Le CN, considéré comme le plus efficace de l'industrie nord-américaine, et le CP, qui recèle un potentiel d'amélioration de productivité, présentent chacun des attraits. Des vents contraires persisteront dans les prochains mois, mais ces transporteurs devraient continuer à dégager de bonnes liquidités, à racheter de leurs actions et à relever leur dividende.


À noter que Cascade Investment, le fonds d'investissement contrôlé par Bill Gates, fondateur de Microsoft, poursuit son accumulation des actions du CN. À la mi-décembre, il en a acheté pour 800 millions de dollars.


Surfer sur la faiblesse du huard


Également, les entreprises qui profitent à la fois de la vigueur de l'économie américaine et d'un jeu favorable entre le dollar canadien et les devises américaine et européenne devraient être encore favorisées par les investisseurs. Cascades (Tor., CAS) est un bon exemple. La société de Kingsey Falls ajoute 3 M$ à son bénéfice avant impôts, intérêts et amortissement (BAIIA) à chaque repli de 0,01 cent du huard face au billet vert. Mais elle est aussi portée par de nombreux autres facteurs. Cascades tire avantage des difficultés économiques en Chine, car le coût de ses matières premières baisse. En outre, elle poursuit l'accroissement de l'efficacité de sa production et la réduction de sa dette. Mais attention ! Le titre reflète déjà bien cette dynamique : il a gagné 80 % au cours de la dernière année.


Groupe Canam (Tor., CAM) profite aussi de la vigueur du marché de la construction non résidentielle aux États-Unis et de la faiblesse du dollar canadien. Son carnet de contrats est à 60 % en dollars américains, selon Leon Aghazarian, analyste de la Financière Banque Nationale.


Se laisser porter par l'élan des consolidateurs internationaux


Une autre façon de se prémunir en partie de la torpeur de l'économie canadienne est de se laisser porter par l'élan de croissance des consolidateurs internationaux. Groupe CGI (Tor., GIB.A), WSP Global (Tor., WSP), Alimentation Couche-Tard (Tor., ATD.B) et Element Financial (Tor., EFN), par exemple, peuvent amoindrir le choc canadien grâce à leurs activités à l'étranger.


La firme d'ingénierie montréalaise WSP Global peut compter sur plusieurs leviers. Outre de récentes acquisitions majeures réalisées à l'étranger, elle devrait tirer parti de l'augmentation anticipée des dépenses gouvernementales dans les infrastructures au Canada. Et elle est également favorisée par le huard affaibli, puisque environ 30 % de ses revenus sont réalisés en dollars américains, selon Leon Aghazarian.


Les entreprises citées ci-dessus se veulent des pistes et méritent une analyse plus approfondie. Même si Brian Belski, stratège de BMO Marchés des capitaux, croit que la reprise de la Bourse canadienne sera rapide, il me semble plus prudent de privilégier ce genre de titres que de se lancer tous azimuts sur les producteurs de pétrole ou de métaux, qui n'ont aucun contrôle sur le prix de ce qu'ils vendent.


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À propos de ce blogue

Après près de 16 années passées au journal Les Affaires, dernièrement en tant que chef de publication pour lesaffaires.com, Yannick Clérouin a rejoint en mars 2018 la société de gestion de portefeuilles Medici.

Yannick Clérouin

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