Comment survivre à la «rupture»

Offert par Les Affaires


Édition du 21 Mai 2016

Comment survivre à la «rupture»

Offert par Les Affaires


Édition du 21 Mai 2016

Rares sont les entreprises qui échappent à la numérisation de l'économie et qui sont à l'abri d'une perturbation pouvant mettre en danger une partie importante de leurs revenus et de leurs bénéfices. Sans en faire une obsession, l'investisseur doit se demander régulièrement si les titres de son portefeuille sont vulnérables à d'éventuels changements de paradigme dans leur secteur.


Le phénomène de rupture - disruption en anglais - déstabilise un nombre croissant d'entreprises. Même un secteur comme celui de la restauration, qui semble a priori peu concerné par les changements technologiques, est touché par la transformation de l'économie.


Au cours de l'assemblée annuelle de Groupe MTY(MTY, 34,66 $), qui s'est tenue récemment, un actionnaire a demandé à la direction de l'entreprise montréalaise si l'ascension du magasinage en ligne présentait une menace pour les restaurants du franchiseur situés dans les aires de restauration.


Excellente question, car MTY tire une partie importante de ses revenus des établissements installés dans ces espaces. Le pdg de la société, Stanley Ma, a répondu que l'achalandage n'avait pas diminué dans les centres commerciaux au cours de la dernière année. Il a ajouté qu'il était trompeur de l'appeler le «roi des aires de restauration», titre dont Canadian Business l'avait affublé il y a quelques années, parce que l'entreprise est plus diversifiée qu'à l'époque.


En 2015, plus de la moitié du chiffre d'affaires du réseau de MTY (56 %) provenait des restaurants qui ont façade sur rue ainsi que d'emplacements non traditionnels, tandis que 44 % était issu d'aires de restauration. C'est plus qu'en 2014, puisque 40 % des recettes étaient réalisées dans les espaces de restauration. Le portrait a toutefois évolué depuis cinq ans, car, à l'époque, le chiffre d'affaires du réseau était partagé à parts égales entre les centres commerciaux et les établissements ayant façade sur rue (qui comprennent les emplacements non traditionnels).


Bref, la montée du magasinage en ligne n'est peut-être pas une grande menace à court terme pour MTY, mais elle pourrait le devenir dans quelques années.


Le cord cutting et les câblodistributeurs


Les entreprises du secteur des médias et des télécommunications subissent de plein fouet les bouleversements technologiques. La popularité de la diffusion en ligne de contenus télévisuels de type Netflix(NFLX, 87,88 $ US) incite un nombre croissant de consommateurs à réduire leur abonnement au câble, voire à se débrancher complètement.


Québecor(QBR.B, 35,64 $) a récemment dévoilé de bons résultats à son premier trimestre, notamment portée par Vidéotron, qui a ajouté 27 100 abonnés à son service de téléphonie mobile.


Mais comme la majorité des télédistributeurs, Vidéotron ne cesse de perdre des abonnés au câble de base. Elle voit aussi le déclin du nombre d'abonnés à son service de téléphonie câblée s'accélérer depuis le troisième trimestre de 2014, selon Maher Yaghi, analyste de Desjardins Marché des capitaux. Au premier trimestre de 2016, elle a perdu 12 000 abonnés en téléphonie traditionnelle, comparativement à un déficit de 4 400 clients au même trimestre un an plus tôt. Même si elle fait migrer une bonne partie de ces clients vers la téléphonie mobile, ce changement de répartition des revenus réduit la rentabilité de l'entreprise, note M. Yaghi.


Autre exemple : bien qu'elle ait brillé au box-office grâce à Zootopia et à d'autres films populaires, Walt Disney (DIS, 100,52 $ US) a dévoilé il y a quelques jours des résultats décevants pour son deuxième trimestre, en raison du déclin des revenus de ses chaînes câblées. Son joyau, ESPN, a vu ses revenus publicitaires chuter de 13 %. La chaîne sportive et les autres canaux de Disney souffrent aussi de la migration des abonnés vers des forfaits allégés.


La situation est pire dans le commerce de détail. Les faibles résultats dévoilés il y a quelques jours par l'exploitant de grands magasins Macy's (M, 31,22 $ US) illustrent bien le fait que les détaillants souffrent du magasinage sur le Web. Amazon (AMZN, 709,92 $ US) devrait d'ailleurs ravir le titre de principal détaillant de vêtements des États-Unis à Macy's dès l'an prochain. Le géant du commerce en ligne s'apprête aussi à lancer une vaste offensive dans le domaine de l'alimentation.


Je pourrais allonger la liste de secteurs susceptibles d'être touchés par les changements technologiques dans les prochaines années. Je me penche sur un dernier, le secteur financier. La multiplication des systèmes de paiement numériques comme Apple Pay - qui vient d'arriver au Canada - transformera l'écosystème de règlement des factures, du débit et du crédit. Ce phénomène touchera les banques, mais aussi les Visa(V, 76,83 $ US) de ce monde. C'est sans compter l'innovation Blockchain, un système de cryptage et de vérification électronique des transactions financières, appelé à révolutionner les échanges monétaires. IBM(IBM, 147,72 $ US) se dit bien placée pour en profiter, mais vous comprendrez pourquoi les institutions financières s'y intéressent.


Ce que l'investisseur peut faire


Comme investisseur, vous avez la possibilité de privilégier les entreprises qui sont du bon côté de la clôture de la révolution. Facebook(FB, 119,81 $ US), par exemple, ne débourse rien pour créer du contenu, mais elle le distribue et siphonne les revenus publicitaires des médias au passage. Sa généreuse évaluation en Bourse montre que les investisseurs s'attendent à ce que la société de Mark Zuckerberg profite d'un vent favorable pendant un bon moment.


La transformation de l'économie fait bien des ravages, mais cela ne signifie pas pour autant que toutes les entreprises succomberont. Les plus solides s'approprieront des parts de marché des maillons les plus faibles et empocheront bien des profits avant que la décroissance n'atteigne un point de non-retour.


C'est la stratégie empruntée par Transcontinental(TCL.A, 18,03 $) dans l'imprimerie. L'éditeur de Les Affaires a consolidé son secteur et prévoit réaliser de bonnes affaires pendant plusieurs années parce qu'il affronte une concurrence affaiblie, tout en misant sur les usines les plus performantes du pays.


Enfin, une dernière idée pour limiter les risques liés à la numérisation de l'économie : imitez Warren Buffett et favorisez les chefs de file de la consommation essentielle. À moins qu'on ne se mette tous à avaler du Soylent - ce qui serait vraiment déprimant -, on continuera certainement de consommer du ketchup de Kraft Heinz (KHC, 85,13 $ US) ou du fromage de Saputo (SAP, 41,65 $) dans 10 ans.


Depuis un an, le titre de Groupe MTY (MTY, 34,66 $) a progressé de 6,3%


Source : Bloomberg

À propos de ce blogue

Après près de 16 années passées au journal Les Affaires, dernièrement en tant que chef de publication pour lesaffaires.com, Yannick Clérouin a rejoint en mars 2018 la société de gestion de portefeuilles Medici.

Yannick Clérouin

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