Ce PDG est sous-payé, mais personne ne déchirera sa chemise

Publié le 06/04/2017 à 15:02

Ce PDG est sous-payé, mais personne ne déchirera sa chemise

Publié le 06/04/2017 à 15:02

Si les tribunes téléphoniques du Québec n’ont pas dérougi ces derniers jours pour dénoncer la cupidité des dirigeants de Bombardier(Tor., BBD.B) en dépit du rendement pitoyable de l’entreprise, personne n’a en revanche mis en lumière le comportement exemplaire d’un autre patron québécois: Stanley Ma.


Oui, il existe des dirigeants québécois qui se versent un salaire plus que décent, particulièrement si on le met en parallèle avec la performance financière de l’entreprise. Et le président et chef de la direction du plus important franchiseur de restaurants de la province et de l'un des plus gros en Amérique du Nord en est l'un des meilleurs exemples.


Celui qui bâtit l’empire de la restauration Groupe MTY (Tor., MTY) depuis 1980 a reçu une rémunération totale de 408103$ pour l’exercice terminé le 30 novembre 2016, soit une augmentation d’un gros 2381$ par rapport à l’année précédente.


Son salaire de base, de 384689$, est à peine 1,6% plus élevé que celui qu’il avait reçu l’année précédente. On pourrait presque dire que cette augmentation de salaire l’appauvrit, puisqu’elle est inférieure à l’inflation. Surtout, elle est moindre que la hausse des prix des aliments achetés en restaurant.


Ce n’est pas que le vénérable homme de 70 ans n’a pas mérité une bonification plus généreuse de sa rémunération. Au contraire.


Faut-il le rappeler, au cours de la dernière année, il a piloté la plus importante acquisition de son histoire, Kahala Brands, une transaction de 394M$ qui a permis à MTY d’établir une division d’envergure aux États-Unis. La société a également pris d’autres bouchées de moindre envergure, avalant entre autres BF Ho Acquisition Holdings, qui exploite quelque 183 établissements sous les enseignes Baja Fresh Mexican Grill et La Salsa Fresh Mexican Grill.


Cette nouvelle percée américaine a été appréciée des investisseurs, puisque le titre a bondi de 60% au cours des 12 derniers mois terminés le 30 novembre 2016. À titre de comparaison, le rendement de l’indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto a progressé de 15%.


L’investisseur qui a investi 1000$ dans le Groupe MTY à la fin de l’exercice 2012, se trouve aujourd’hui avec un montant de 3500$. Mieux, celui qui aurait placé de l’argent dans le titre dans ses premières années au tournant des années 2000 se retrouve aujourd’hui avec plus de 50 fois son investissement initial.


Progression du titre de MTY sur cinq ans. Source: Circulaire de direction de MTY.

Isabelle Maréchal et autres animateurs de tribunes téléphoniques n’inviteront certainement pas Stanley Ma à parler de ses pratiques exemplaires en matière de rémunération. Ce n’est pas vendeur comme sujet, que de dire qu’un PDG est rémunéré nettement en deçà de sa valeur réelle sur le marché.


Peu importe pour l’investisseur à long terme si les PDG du type de M. Ma font la manchette ou non, c’est le genre de dirigeant offrant un excellent rapport qualité/prix qu’il doit rechercher.


Contrairement à des dirigeants professionnels qui sont recrutés d’autres entreprises, un dirigeant actionnaire comme Stanley Ma sait que chaque dollar dépensé a un impact direct sur la rentabilité et la performance financière de l’entreprise. Comme il détient lui-même 22% des actions de Groupe MTY, il est facile de comprendre pourquoi il a à coeur l’intérêt des actionnaires.


Ce ne sont pas tous les dirigeants détenant une participation importante qui créeront autant de richesse que M. Ma. Il n’y à qu’à se rappeler du salaire exorbitant que se versait Frank Stronach lorsqu’il était à la tête du sous-traitant torontois de constructeurs automobiles Magna International(MG, 53,39$). Sa rémunération faisait scandale à chaque année. Il se faisait verser des salaires de plusieurs dizaines de millions de dollars et des frais de consultation démentiels.


Cela dit, les dirigeants actionnaires représentent souvent un terreau fertile où dénicher les PDG qui en offrent le plus pour leur argent aux investisseurs à long terme.


 

À propos de ce blogue

Après près de 16 années passées au journal Les Affaires, dernièrement en tant que chef de publication pour lesaffaires.com, Yannick Clérouin a rejoint en mars 2018 la société de gestion de portefeuilles Medici.

Yannick Clérouin

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