Se donner, ensemble, les moyens de nos ambitions

Publié le 20/12/2017 à 16:05

Se donner, ensemble, les moyens de nos ambitions

Publié le 20/12/2017 à 16:05

(Photo: 123rf.com)

En novembre dernier, j’ai été invité participer à l’Ecosystem Summit, à Lisbonne. C’est le sommet des écosystèmes de startups, dans le cadre du Web Summit (la plus grande conférence techno, selon ses organisateurs). En ouverture de cette semaine numérique, ce sommet rassemble chaque année les gens qui soutiennent et accompagnent les entrepreneurs de startups. La rencontre est organisée par l’équipe de Startup Genome, éditeur du Global Startup Report qui publie annuellement le classement des 20 meilleures villes de startups au monde. Montréal avait réussi à en faire partie en 2015.


Nous n’étions que deux Montréalais à Lisbonne, avec Gilles Duruflé, un de nos meilleurs penseurs au Québec. Il est spécialiste en capital de risque et développement économique par les écosystèmes d’affaires. Fait notable, la plupart des autres villes étaient représentées par des équipes de développement économique municipal ou régional, mais pas Montréal. La délégation de Toronto et Waterloo était particulièrement imposante: plus d’une quinzaine de personnes allant des bureaux des maires, des départements de l’innovation et des universités aux accélérateurs. Le nombre de participants n’est pas le seul facteur de succès, mais on peut certainement penser que leur écosystème d’innovation est une de leur grande priorité.


J’ai pris le temps d’explorer plusieurs villes dans les dernières années, sous l’angle du développement des startups et de leur impact: San Francisco, Boston, Paris, Lyon, Tel Aviv, Austin. À chaque voyage, on en apprend un peu plus, on contraste, on se compare, on s’évalue, on retient une leçon, une idée, une expérience à faire. À Lisbonne, j’ai eu la chance de voir des gens de partout au monde, un concentré d’expertise et d’expériences: c’était extraordinaire. Mon cerveau a «un petit peu explosé» comme dirait l’autre.


Premier constat clair: chaque ville, chaque région se développe à vitesse variable sur de multiples facettes. Le Startup Genome analyse les villes de deux perspectives, une plus macro, le «modèle du cycle de vie» regroupant l'activation, la mondialisation, l'expansion et l'intégration (Activation, Globalization, Expansion, Integration) et l’autre sur le détail de la progression:



C’est une méthodologie parmi tant d’autres, mais elle nous permet certainement de nous comparer et d’évaluer le travail qu’il reste à faire. Si on a beaucoup accompli au cours des 10 dernières années, il en reste tout autant, sinon plus, à réaliser durant les 10 prochaines.


Ce qui m’a le plus intéressé, c’est la différence des modèles. C’est peu connu, mais c’est encore plus clair quand on se compare à d’autres régions: le gouvernement du Québec a été très avant-gardiste en programmes de financement par le truchement du capital de risque en gestion privée. De plus, la création de fonds de fonds (Teralys, entre autres) permet le développement de firmes d’investissement privé. L’investissement public se fait aussi via Investissement Québec dans des dizaines de fonds et des centaines de compagnies.


C’est d’ailleurs grâce à la vision et l’engagement du ministère des Finances du Québec que la stratégie d’investissement «Orbite Montréal» de Real Ventures existe. Le ministère a versé 15M$ dans le fond d’investissement, dans les startups d’ici, au tout début de leur cycle de développement. Tel que noté à la page 206-209 du budget du Québec 2017: «En tenant compte de l’effet de levier attribuable à l’appariement des fonds publics à ceux des investisseurs privés, 122,4 millions de dollars additionnels seront disponibles pour financer des entreprises technologiques innovantes et des PME du Québec au cours des prochaines années». Nous sommes vraiment mieux équipés en terme de capital de risque que la plupart des régions du monde, sauf bien entendu quand on se compare au villes qui sont au sommet, comme San Francisco ou Londres.


Barcelone, Amsterdam et Waterloo


J’ai discuté avec des gens d’au moins une vingtaine de villes, mais je retiens particulièrement trois échanges. Le premier, une super conversation en trois parties, commencée au dîner, poursuivie au cocktail et terminée tard en soirée, avec les gens de Startup Grind de Barcelone.


Barcelone est reconnue pour son Mobile Congress, son quartier de l’innovation qui fût l’un des premier au monde, et son réseau de groupes de recherches universitaires des plus dynamiques (sans compter son esprit indépendant et créatif). Àlex Rodba, le directeur régional de Startup Grind, était pour sa part impressionné du niveau de collaboration des acteurs de l’écosystème de Montréal. On commence à être reconnu pour ça, jusqu’à Barcelone. 


Ensuite Amsterdam, qui attire des entrepreneurs de partout au monde dans son Startup Delta. Willemijn Waterbolk, une spécialiste néerlandaise de l’accompagnement des startups, m’expliquait les moyens considérables mis en place pour coordonner et animer ceux qui soutiennent les entrepreneurs. Le gouvernement s’investit là bas dans les infrastructures pour les startups beaucoup plus que dans les fonds. Ce qui donne un portail très riche de données pour l’écosystème et des services aux entrepreneurs des plus complets, gratuitement bien entendu.


Finalement Waterloo. C’est pratique, c’est proche et très comparable, la province à côté. L’Ontario investit massivement en innovation: le budget de Communitech reçoit à lui seul plus de $10M du gouvernement par année. Même si on met bout à bout toutes les subventions aux startups du ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec, à coup de 150 000 $, on est très loin du compte.


À Waterloo, Google a choisi Communitech pour son centre entrepreneurial. À Montréal, ils ont choisi la maison Notman de la fondation OSMO. On fait beaucoup avec peu à Montréal. Pour le corridor Waterloo-Toronto, on veut faire beaucoup plus, avec les moyens de l’ambition en question.


Si on veut reprendre notre position dans le top 20 du peloton de tête mondial et si c’est vrai que les startups sont un important levier de développement économique, j’espère voir l’année prochaine pas mal plus de monde de Montréal et du Québec au sommet des écosystèmes (et je salue la présence de Québec International cette année). J’ai bon espoir. La rencontre récente des acteurs de l’écosystème montréalais à l’invitation de Véronique Doucet et Géraldine Martin du Développement économique de Montréal est de bonne augure. Les efforts au Québec du ministère des Finances ainsi que de celui de l’Économie, Science et Innovation sous l’habile gouverne de Dominique Anglade me laissent penser que les bonnes intentions sont là. 


Il reste à concrétiser les moyens, pour donner plus de financement direct aux organisations de soutien, les accélérateurs et incubateurs. Ceux qui combinent les trois P qui en font le succès: les personnes (ressources), la place (les lieux) et les programmes. L’émergence tranquille de la MAIN (le mouvement d’accélération et d’innovation) qui représente les vrais acteurs de terrain partout au Québec, ceux qui vivent en «colocation» avec les entrepreneurs qu’ils accompagnent, est un pas dans la bonne direction. Les travaux de Jean Bibeau à l’université de Sherbrooke, un autre de nos penseurs d’écosystèmes, sont éloquents sur le besoin de plus de réseaux et de connections. Ici et ailleurs. 


Nous avons maintenant l’ambition, il faut s’assurer que les fonds publics, en complément des fonds privés, nous donnent les moyens de nos ambitions. Il est de bon ton d’attirer ici de grandes compagnies d’ailleurs; il est encore plus urgent de développer le réseau de support qui permet aux entrepreneurs d’ici de créer, de développer et d’opérer de grandes entreprises locales. Les prochaines entreprises de notre Québec Inc.


Il est impossible de développer de grandes sociétés sans le bon soutien de la communauté. C’est juste trop difficile à faire en vase clos. C’est pourquoi, que vous soyez entrepreneurs, investisseurs, mentors, accompagnateurs, professionnels ou fans de nos startups, je vous relance tous pour participer au sondage de Startup Genome, afin de mieux positionner Montréal sur la carte mondiale des startups. 


Après ça, on se retrouve l’année prochaine pour en faire notre version locale, l’édition 2018 du rapport de l’écosystème startup de Montréal. D’ici là, joyeuses Fêtes à toutes et à tous! Que votre année 2018 soit meilleure que la précédente et moins bonne que la suivante!


 

À propos de ce blogue

Dans ce nouveau blogue mensuel, «Qui ne risque rien…», Sylvain Carle partagera ses perspectives sur les succès et les échecs des start-ups, et il expliquera, avec des anecdotes et des exemples d’ici et d’ailleurs, pourquoi et comment on devrait financer les projets de ces dernières par le capital de risque.