Le Pacte, un pari bêtement raté!

Publié le 04/12/2018 à 12:09

Le Pacte, un pari bêtement raté!

Publié le 04/12/2018 à 12:09

Dominic Champagne

«Dominic Champagne a bel et bien raté sa vente...» Photo: DR

Un mois après le lancement du Pacte pour la transition écologique, quelque 250.000 personnes ont signé ce manifeste qui enjoint les Québécois à «passer de la parole aux actes» face aux changements climatiques. Malgré la grande visibilité médiatique dont l’initiative a bénéficié - dont une apparition de Dominic Champagne à l’émission Tout le monde en parle -, il semble clair que l’objectif du million de signatures ne sera pas atteint.


Le but de mon propos n’est pas de discuter de la pertinence de l’initiative, mais plutôt de tenter d’en tirer une leçon d’un point de vue communicationnel.


Ainsi, il a été abondamment question du manque de crédibilité des porte-paroles du mouvement : Guy Laliberté s’est offert un voyage d’agrément dans l’espace, ce qui fait probablement de lui le plus grand émetteur de GES du Québec; idem, Guillaume Lemay Thivierge est le porte-parole de Hyundai au Québec et propriétaire d’une école de parachute.


Il est vrai que c’était là du bonbon pour les détracteurs du projet. Car, disons-le bien franchement, le fait que plusieurs artistes signataires du Pacte soient eux-mêmes de plus grands émetteurs que la moyenne des gens (ex.: maisons manoirs, collection de voitures, multiples voyages en avion, etc.) constituait un risque en termes de communication qui n’a tout simplement pas été géré.


Cela étant, je ne crois pas que ce soit le manque de vertu écologique des signataires originaux qui explique vraiment «l’échec» de l’initiative [avis aux militants, je ne parle pas d’un échec complet, puisque, d’une certaine façon, le Pacte a contribué à replacer le thème de l’environnement au cœur des préoccupations populaires et gouvernementales. Je parle simplement d’un insuccès du point de vue de l’objectif initial du million de signatures.]. Car, au fond, très peu de Québécois peuvent se targuer de présenter un beau bilan d’émission personnel de GES.


Non, à mon avis, on aurait dû transformer cette faiblesse des porte-paroles en force. Après tout, plus gros sont les pollueurs, plus impressionnants pourraient devenir leurs engagements à poser des gestes écologiquement responsables.


Il aurait fallu que les signataires se mouillent réellement, au lieu de se contenter de signer un bout de papier en disant du bout des lèvres : «OK. Maintenant, je vais poser des gestes à la mesure de mes moyens… Zzz».


Avec la simple promesse de petits gestes individuels qui se feront en privés, le Pacte est entré directement dans la zone floue et molle du «je fais ce que je peux». Or, faire ce qu’on peut, ça se résume souvent à ne pas en faire épais. Pour changer le cours des choses, il faut plutôt arrêter de faire ce qu’on veut. Par exemple, Guy A. Lepage peut certainement s’acheter une brosse à dents en bambou, mais voudra-t-il se priver de son prochain voyage en Europe?


Faute de preuves tangibles de leur conversion verte, l’appel des artistes a donc sonné faux. D’ailleurs, sans surprise, plusieurs l’ont interprété comme un prêchi-prêcha de la gauche caviar qui demande au peuple de se sacrifier pendant qu’elle se gave.


C’est bien simple, avant de demander à son prochain de renoncer à des choix qui facilitent la vie ou qui procurent confort et bien-être à court terme, il faut donner l’exemple. Pour de vrai.


Dominic Champagne a bel et bien raté sa vente. En dépit de ses bonnes intentions, son message n’est pas assez crédible, faute de véritables témoignages, voire faute de preuves. Les adeptes de l’économie circulaire, les urbains et les enviro-sensibles ont, bien entendu, répondu à l’appel, mais ils auraient probablement signé avec leur sang, si on le leur avait demandé. La vraie cible, c’était Monsieur et Madame tout-le-monde qui habite la troisième couronne. Et ces gens-là n’ont pas acheté.


Si des engagements concrets et sincères de la part des artistes (qui sont facilement imputables en raison de leur visibilité) avaient été mis de l’avant, je suis persuadée que l’initiative aurait été en mesure d’atteindre le million de signatures. Malheureusement, l’occasion a été ratée, et risque fort de ne pas se représenter de sitôt...


 

À propos de ce blogue

Stéphanie Kennan est présidente de Bang Marketing, une agence de branding et de marketing Web située à Montréal. Elle travaille auprès des PME québécoises depuis 1998 et se spécialise en marketing B2B. Stéphanie Kennan est également auteure du livre Mon site web chez le psy publié aux Éditions Transcontinental.

Stéphanie Kennan

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