Parlons d'argent!


Édition de Février 2015

Parlons d'argent!


Édition de Février 2015

On n'aime pas parler d'argent entre adultes, c'est bien connu. On devrait pourtant. Et si la solution consistait à en discuter avec nos enfants ?

Discuter de ses problèmes d'argent, de son salaire ou de ses placements avec son entourage ? Non merci ! Nos proches ignorent généralement combien nous gagnons ou nos difficultés financières.

Pourtant, nous serions nombreux à nous en inquiéter, voire à manquer de sommeil pour des raisons d'argent, révélait il y a quelques mois une étude menée par la banque Wells Fargo. Plusieurs sondages nord-américains vont dans le même sens.

Cette enquête indiquait également qu'il est beaucoup plus pénible de discuter de finances personnelles avec notre famille et nos amis que de sujets épineux comme la politique ou la religion.

L'excellente série télévisée Les grands moyens, diffusée cette année à Télé-Québec, souhaitait briser ce tabou social face à la richesse et aux questions d'ar-gent. On y voyait Pierre Karl Péladeau raconter qu'il avait dû travailler pour s'acheter sa première mobylette. On nous présentait le milliardaire Stephen Jarislowsky comme un homme simple et frugal.

La question se pose : pourquoi n'aime-t-on pas parler d'argent ?

Il existe assurément plusieurs raisons. Notre héritage judéo-chrétien a forcément laissé quelques traces. Je m'en réfère également à la fameuse phrase : être né pour un petit pain... Un principe qui tue dans l'oeuf tout élan ou toute ambition.

Certains psychologues disent que cela dissimule une certaine frustration. On ne contrôle pas son salaire et ses conditions de travail. On n'est pas reconnu à sa juste valeur, croit-on. Quand on a les moyens, on ne veut pas trop le montrer, on ne veut pas susciter l'envie.

Parler d'argent, c'est aussi accepter de subir le jugement de l'autre, sans oublier le réflexe de vouloir se comparer. Plusieurs souffrent du syndrome du voisin gonflable. Ils vont tenter d'imiter le train de vie de leur entourage, quitte à s'endetter jusqu'au cou.

Je pense que ce tabou est aussi lié à notre sentiment d'incompétence devant la chose financière. L'Autorité des marchés financiers (AMF) et plusieurs banques canadiennes mesurent nos connaissances en matière de finances personnelles. Année après année, les résultats de ces sondages sont accablants. Plusieurs concepts, comme le calcul des intérêts d'un prêt ou d'une carte de crédit, restent flous et méconnus.

Il existerait également un lien direct entre la pauvreté et l'«éducation» financière. C'est ce qu'on appelle la littératie financière, ou le niveau de «connaissances, de compétences et de confiance en soi nécessaires à la prise de décisions financières responsables».

De nos jours, on fait sa propre éducation financière, sur le Web. On navigue sur des sites parfois peu crédibles sans qu'on le sache. Selon l'Indice Autorité de l'AMF, 40 % de la population seulement obtient des conseils d'épargne et de placement d'un professionnel de la finance. C'est bien peu. Québec songe à réintroduire le cours d'éducation économique au secondaire.

Parlons d'argent à nos enfants

La meilleure façon de casser ce tabou, c'est d'en parler avec nos enfants dès la petite enfance. On leur explique la valeur de l'argent, on leur montre à économiser. Comment ? En leur achetant une tirelire à la maternelle, où ils pourront insérer leur petite monnaie ou les billets reçus à leur anniversaire, à Noël. On leur ouvre un compte de banque dans lequel ils pourront accumuler de l'épargne.

Apprendre en s'amusant, c'est toujours plus simple. On leur enseigne la valeur des différentes pièces de monnaie. On leur fournit un boulier avec des couleurs. Dès l'âge de sept ou huit ans, on leur verse une allocation hebdomadaire. Cet argent de poche leur permettra d'offrir des petits cadeaux à leurs amis et même à la parenté.

Personnellement, je donne un dollar par année de scolarité à mes garçons. Mon plus jeune, en 4e année, reçoit donc quatre dollars par semaine, et mon plus vieux, au secondaire 1, sept dollars. En retour, ils doivent s'acquitter de plusieurs tâches, comme vider le lave-vaisselle, faire leur lit, leur lunch, etc.

À l'adolescence, on leur propose une deuxième tirelire pour financer de plus gros projets, comme l'achat d'une planche à roulettes par exemple. Le compte de banque est aussi utile à cette fin. On peut enfin introduire certaines notions de placement, d'emprunt. On jase avec eux de consommation responsable.

Lien sur l'étude de Wells Fargo