Destruction culturelle massive

Publié le 14/02/2013 à 12:26

Destruction culturelle massive

Publié le 14/02/2013 à 12:26


BLOGUE. L’architecte est une forme de synthèse entre l’artiste, l’entrepreneur, le technicien et l’homme d’affaires. Cela m’est apparu évident mardi soir en écoutant les architectes d’Aedifica présenter leurs projets. Le groupe des jeunes professionnels d’artsScène Montréal, que j’ai le privilège de présider, tenait un événement dans ce bureau d’architectes pour nous parler notamment de leurs impressions et réflexions à propos de projets remarquables comme celui d’un hôpital en Haïti ou encore celui du 2-22 à Montréal. Nous avons eu l’occasion de mesurer toute la créativité dont font preuves les architectes, toute la technologie qu’ils doivent maitriser pour mener à bien ces projets complexes et enfin toute l’initiative entrepreneuriale dont ils doivent faire preuve pour développer de nouveaux marchés. 


Ce qui m’est apparu évident, c’est que nous entretenons une relation amour-haine avec notre environnement architectural et avec notre patrimoine. Le tissu urbain de Montréal est marqué par les œuvres de grands architectes : la Place Ville Marie de Leoh Ming Pei et Habitat 67 de Moshe Safdie pour ne nommer que ceux-là. Notre Centre canadien d’architecture jouit d’une réputation internationale en termes d’expositions, d’archives et de recherches.

 

Mais aujourd’hui, ce souci de notre espace de vie et de notre patrimoine ne mobilise ni l’opinion publique ni, les leaders économiques et politiques. Nos esprits sont marqués par les déboires du Stade Olympique et nous sommes rendus tellement frileux que plus aucun projet d’ampleur ne sort de terre ! Exemple : à peine construite, la Maison Symphonique est critiquée pour son manque d’ambition architecturale et pour le poids financier qu’elle fait peser sur les dépenses du ministère de la Culture. 

Non seulement nous n’avons plus cette ambition architecturale pour notre ville, mais en plus nous négligeons son patrimoine, quand nous ne le rasons pas complètement !


Passez sur la rue Rachel, face aux anciennes shops Angus, et vous verrez la plaie béante au cœur du Centre Préfontaine, ancien hôpital érigé en 1886, et que l’on rase aujourd’hui sans remords pour laisser la place à des condos. Mêmes coups de buldozers dans plusieurs quartiers de la ville : dans le Red Light, plus loin sur St-Laurent, dans le Sud-Ouest, etc. Le Horse Palace a été sauvé in-extremis grâce à la mobilisation citoyenne, souvent ridiculisée par les promoteurs qui voient là un rassemblement d’opposants éternels au développement économique.


Le photographe Nicolas Ruel dresse un beau et triste portrait de notre laisser-aller patrimonial dans ses courts documentaires


L’abandon et la mémoire qui s’effritent, c’est le sentiment que j’ai en passant à Sainte-Anne-de-Sabrevois et en voyant la décrépitude du « musée » Honoré-Mercier. La maison natale de l’homme politique québécois n’est pas mise en valeur : un tracteur stationné dans la cour, aucune invitation à la visite, à la découverte d’un lieu d’histoire et de mémoire.

La devise du Québec est « Je me souviens ». J’ai plutôt l’impression que nous sommes sur le bord d’un « Alzheimer collectif ». L’État et les villes sont endettées me direz-vous. Mais ils peuvent au minimum protéger le patrimoine contre la destruction. Nous ne sommes pas non plus un pays du tiers monde. Les moyens publics et privés de protéger, restaurer, intégrer ce patrimoine doivent être trouvés et valorisés. 


Imaginez notre vie dans un environnement de tours à bureaux identiques et de condos tous similaires. Qu’aurons-nous alors pour attirer de nouveaux résidents et les touristes ? 


Il est temps de réagir !


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Sébastien Barangé, Directeur des communications et affaires publiques de CGI. (Twitter @SBarange)


Sébastien a été journaliste à Radio-Canada et a collaboré au quotidien Le Devoir, il a par la suite été conseiller de Michaëlle Jean durant son mandat de gouverneure générale du Canada, de 2005 à 2010. Sébastien est reconnu pour son engagement envers la communauté montréalaise et siège au sein de plusieurs conseils d’administration dans les secteurs de l’éducation et de la culture.


président du comité exécutif d'artsScène Montréal (Business for the arts)

membre du conseil d'administration de Ensemble (ex Fondation Tolérance)

membre de la campagne de financement 2013 de O Vertigo

À propos de ce blogue

Sébastien est reconnu pour son engagement envers la communauté montréalaise et siège au sein de plusieurs conseils d’administration dans les secteurs de l’éducation et de la culture.

Sébastien Barangé

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