La LNH continuera de bouder Québec

Offert par Les Affaires


Édition du 30 Septembre 2017

La LNH continuera de bouder Québec

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Édition du 30 Septembre 2017

Le Centre Vidéotron: Photo: Courtoisie.

La rondelle ne roule pas pour les amateurs de hockey professionnel de la région de Québec.


Après s'être fait rouler dans la farine par la haute direction de la Ligue nationale de hockey (LNH) qui a préféré Las Vegas, en plein désert du Nevada, pour sa dernière expansion, ils voient surgir le nom de Seattle en cas de possible relocalisation d'une équipe défaillante. C'est en tout cas l'hypothèse qui vient d'être formulée, alors que les Flames de Calgary n'ont pu s'entendre avec la Ville pour la construction d'un nouvel amphithéâtre. On évoque déjà le déménagement de l'équipe dans l'État de Washington, sur la côte ouest.


Pourquoi cet acharnement à bouder Québec, une ville entichée de hockey, dotée d'un amphithéâtre tout neuf ? Une candidature apparemment idéale...


La raison tient à la nature même de l'entreprise qui pilote le dossier, Québecor, me dit une personne qui s'y connaît en la matière, mais qui souhaite rester anonyme.


Qu'on se comprenne : ça ne tiendrait pas à la personnalité de Pierre Karl Péladeau. Il ne serait pas le premier propriétaire flamboyant à avoir joint les rangs des dirigeants d'équipes professionnelles. C'est plutôt la nature même de la LNH qui serait en cause, avec une de ses caractéristiques fondamentales : son souci évident de garder l'opacité au sujet de ses finances.


Regardez quels sont les propriétaires des équipes actuelles. Des familles bien nanties, comme les Molson à Montréal, les Jacobs à Boston, les Wirtz à Chicago, et d'autres ; des entreprises privées du genre MLSE à Toronto, True North Sports and Entertainment à Winnipeg ou Canucks Sports and Entertainment à Vancouver ; des gens d'affaires fortunés, comme Eugene Melnyk à Ottawa, Ted Leonsis à Washington ou Mario Lemieux à Pittsburgh. Il existe un point commun entre tous ces propriétaires : ils ne sont pas tenus de dévoiler les états financiers de leur club. D'ouvrir les livres, comme on dit dans le jargon.


Oui, on trouve dans le lot une ou deux entreprises cotées en Bourse, par exemple Comcast, qui possède les Flyers de Philadelphie, mais c'est une méga-entreprise aux multiples ramifications. Le hockey n'en représente qu'une fraction, perdue dans l'ensemble. Il serait bien difficile d'en isoler les revenus pour savoir à combien ils s'élèvent.


Pourquoi est-ce un fait important ? Parce que cela permet à la LNH de demeurer discrète sur l'état réel de ses finances. Les équipes sont-elles rentables ou pas ? Et si oui, jusqu'à quel point ?


Ne craignez rien, quand on perd de l'argent, on l'apprend vite, ce qui permet de faire pression sur les élus locaux pour que les fonds publics viennent à notre secours. La saga des Coyotes de l'Arizona (alias Coyotes de Phoenix) l'illustre bien.


Autrement, motus et bouche cousue. C'est bien commode lorsque vient le temps de discuter répartition des revenus ou convention collective avec l'Association des joueurs.


Il y a bien le magazine Forbes qui publie annuellement son palmarès de la valeur des équipes sportives, mais on y parvient par divers recoupements, sans être toujours en mesure de l'établir en fonction de leur profitabilité.


Québecor ne serait pas assez opaque


Arrive le cas Québecor. Voici une entreprise inscrite en Bourse, dont l'essentiel des profits est aujourd'hui assuré par sa filiale Vidéotron. À l'échelle canadienne, Québecor est une grande entreprise avec des revenus de 4 milliards de dollars (G$), qui ne peuvent cependant pas se comparer à ceux de Comcast (plus de 100 G$). Qui plus est, la division sports et divertissement de Comcast est gigantesque. Elle comprend notamment NBC Universal. L'équivalent chez Québecor est encore à l'enfance. Le Groupe Sports et divertissement présente entre autres des spectacles au Centre Vidéotron, à Québec, qui ne pèsent pas encore très lourd dans son bilan. Cependant, sa taille serait surmultipliée avec l'addition d'une équipe de hockey professionnelle. Sauf qu'il serait alors facile de faire la part des choses et d'évaluer ce qu'elle ajoute en revenus.


En d'autres mots, il manque à Québecor une qualité apparemment essentielle aux yeux de la LNH : l'opacité.


Je sais, c'est loin d'être honorable. Les amateurs de hockey de Québec peuvent légitimement s'en désoler en invoquant leur attachement pour le sport et le fait que la ville est aujourd'hui en mesure de faire vivre décemment un club professionnel, surtout depuis qu'on s'est entendu pour en encadrer la masse salariale. Québec est une vraie ville de hockey. Personne ne peut en douter.


Toutefois, on dirait bien que ce n'est là qu'un critère secondaire dans l'analyse que fait la LNH des candidatures qui lui sont soumises. Le plus important ? Faire du cash sans que ce soit trop évident et en développant d'abord le marché américain !


Ce scénario est plausible, et dès lors, il n'existe qu'une solution viable : repartir à zéro, trouver un nouveau porteur de ballon (ou de rondelle) et recommencer à courtiser la Ligue tout en la maudissant en silence. Québecor devrait alors s'effacer après avoir dépensé tant d'énergie.


Reste à voir qui, ou quoi, aurait les poches assez profondes pour prendre la relève tout en n'ayant pas à dévoiler ses chiffres publiquement. Il doit bien s'en trouver quelques-uns au Québec. En attendant, ce sont les citoyens de la ville qui devront, année après année, éponger en partie le déficit d'exploitation de leur bel amphithéâtre tout neuf.


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À propos de ce blogue

Observateur et commentateur privilégié de l’économie québécoise depuis plus de 20 ans, René Vézina fait le point sur un monde en évolution constante. Il jette un regard critique sur les événements et les vulgarise pour faire ressortir les enjeux cachés.

René Vézina

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