Muskrat Falls, un possible désastre qui aurait pu toucher Hydro-Québec

Publié le 23/04/2016 à 17:27

Muskrat Falls, un possible désastre qui aurait pu toucher Hydro-Québec

Publié le 23/04/2016 à 17:27

(Photo: Bloomberg)

C’est dommage mais c’était également prévisible.


Le gros projet hydroélectrique de Muskrat Falls, au Labrador, a accumulé tellement de retards et de dépenses excédentaires qu’il n’est plus exclus qu’il soit carrément abandonné, selon un texte publié plus tôt dans le Report on Businness du Globe and Mail. Encore que, étant à ce point avancé, sa mise au rancart représenterait un tel désastre que ses dirigeants n’auront vraisemblablement pas le choix que de le terminer, tout en infligeant un terrible coup aux finances déjà mal en point de la province.


Pourquoi cela devrait-il nous concerner? Parce que le Québec, et Hydro-Québec, sont des acteurs de soutien dans cette saga qui dérive du vieux contentieux sur l’aménagement de la centrale Churchill Falls, sur le fleuve Churchill en amont de Muskrat Falls, au Labrador.


Commençons par un rappel des faits.


Au début des années 1960, le premier ministre de Terre-Neuve, Joe Smallwood, rêve d’un imposant complexe hydroélectrique au Labrador. Mais sa province est sans le sou et sa cote de crédit n’est pas reluisante. Impossible d’aller emprunter sur les marchés internationaux.


Après entente, c’est Hydro-Québec qui devient maître d’œuvre du projet et qui prend le risque de solliciter les financiers de New York. Ayant à son crédit les réalisations récentes sur la Manicouagan, Hydro est mieux considérée. Mais elle prend quand même un risque important.


Elle va de l’avant tout en négociant avec Terre-Neuve un contrat qui va se révéler incroyablement avantageux : elle paie toute le facture mais reçoit en retour jusqu’en 2041 toute l’électricité produite par la centrale en payant… 0,25 cent le kW. Et le bloc en question est gigantesque: la puissance installée de Churchill Falls, qui sera mise en service en 1971, atteint 5 300 mW. À elle seule, elle vaut pour le huitième de l’approvisionnement en électricité du Québec.


Aux yeux d’aujourd’hui, le prix consenti à Hydro-Québec ressemble à un vol.


Mais attention! Hydro-Québec avait pris tous les risques, autant financiers que logistiques, en effectuant tous ces travaux dans un très difficile environnement nordique. Et en même temps, elle remettait à plus tard sa principale cible québécoise, l’aménagement des rivières se jetant dans la Baie James.


On a fini par s’insurger, à Terre-Neuve, exigeant de meilleurs prix et traînant Hydro-Québec de cour en cour jusqu’à la Cour suprême. Verdict ultime? Un contrat est un contrat et on ne peut réécrire l’histoire. Oui, le «beau risque» pris par Hydro lui a rapporté. Mais la société aurait tout aussi bien pu y laisser la chemise et plonger le Québec dans le désarroi.


Vous devinez que lorsqu’est venu le temps les phases suivantes, la plus récente étant celle de Muskrat Falls, la province maintenant appelée Terre-Neuve et Labrador a sorti les gants de boxe. Après quelques négociations avortées avec Québec, elle a décidé d’aller seule de l’avant. Et parce qu’on n’est pas parvenu à une entente avec Hydro-Québec sur le transport du courant à travers le Québec, son équivalent terre-neuvien, Nalcor, a prévu deux liens sous marins, le premier reliant le Labrador à Terre-Neuve, le deuxième allant jusqu’à la Nouvelle-Écosse pour éventuellement rejoindre le marché amércain.


On se posait déjà des questions sur ce défi technique considérable. Aujourd’hui, la facture totale de Muskrat Falls sera telle qu’il faudrait facturer au max, ne serait-ce que pour récupérer la mise de fonds, alors même que les tarifs fondent aux États-Unis du fait des faibles prix du gaz naturel qui alimente les centrales thermiques. 


Résumons: la facture grimpe – et on n’a même pas abordé les liens sous-marins- alors que les prix nord-américains de l’électricité s’effondrent. Pas riche, comme perspective.


Au Québec, on doit aujourd’hui se féliciter de ne pas s’être embarqué dans cette nouvelle aventure. Hydro-Québec aurait fini par être prise dans la tourmente. Malheureusement pour eux, les Terre-Neuviens vont maintenant devoir assumer les frais de ce qui a toutes les apparences d’un gouffre financier en devenir.

À propos de ce blogue

Observateur et commentateur privilégié de l’économie québécoise depuis plus de 20 ans, René Vézina fait le point sur un monde en évolution constante. Il jette un regard critique sur les événements et les vulgarise pour faire ressortir les enjeux cachés.

René Vézina

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