La retraite: combien dépenser sans jamais se ruiner

Publié le 01/05/2015 à 13:39

La retraite: combien dépenser sans jamais se ruiner

Publié le 01/05/2015 à 13:39

À l'approche de la retraite, de nombreuses personnes se demandent quel montant d'argent elles pourront dépenser à chaque année sans risquer de se ruiner. Bien que cette question ait été étudiée de nombreuses fois dans le passé, un récent article publié par Barton Waring et Laurence B. Siegel dans le Financial Analyst Journal sous le titre The Only Spending Rule Article You Will Ever Need jette un regard intéressant sur la question.


Dans leur approche, les auteurs suggèrent d'utiliser une approche similaire à une rente indexée afin de calculer le montant qu'il est possible de retirer d'un portefeuille sans risquer de manquer d'argent avant la fin de la période projetée. Ainsi, si le calcul se fait sur 30 ans, le montant à retirer du portefeuille dans l'année 1 serait l'équivalent du paiement que le capital générerait s'il était converti en une rente indexée sur 30 ans. Le calcul est ensuite refait en chaque début d'année avec la nouvelle valeur du portefeuille pour obtenir le montant de retrait acceptable considérant la période restante sur l'horizon de placement.


Le résultat sera évidemment très sensible au rendement du portefeuille (surtout s'il est négatif) et au taux sans risque (celui des obligations à rendement réel du gouvernement fédéral) utilisé dans le calcul. Dans une analyse utilisant la méthodologie proposée par les auteurs, UBS a calculé les pourcentages qu'il aurait été possible de retirer d'un portefeuille de placement sans risque au cours des 15 dernières années. Ainsi, alors que l'environnement de 2000 permettait de retirer tout près de 6% d'un portefeuille sans se ruiner sur un horizon de 30 ans, le résultat de 2015 pour le même calcul n'est que de 3.5%. Néanmoins, un retraité qui aurait appliqué cette approche au cours des 15 dernières années et à qui il resterait 15 ans sur l'horizon initial pourrait retirer tout près de 7% de son portefeuille en 2015 sans se ruiner avant la fin de son horizon de placement.


Bien que cette approche soit intéressante en théorie, deux facteurs importants viendront modifier les résultats obtenus:


- Le rendement du portefeuille: afin de pouvoir tirer davantage de revenus d'un portefeuille pendant la retraite, plusieurs investisseurs voudront y inclure des actifs plus risqués que simplement des obligations à rendement réel du gouvernement fédéral. Afin de ne pas affecter leur capacité à se rendre au bout de l'horizon de placement défini, il sera primordial qu'ils aient la discipline d'ajuster leur niveau de dépenses en fonction du calcul qui sera fait en chaque début d'année selon la méthodologie proposée. Autrement, de se baser sur le rendement à long terme des actifs risqués pour établir un taux de retrait stable présente une possibilité d'échec non négligeable en cours de route si quelques années de rendements négatifs devaient se succéder.


- Le risque de longévité: compte tenu des aléas de la vie et de l'impossibilité de prédire le moment du décès, aucune solution ne pourra garantir une utilisation optimale du capital de retraite pour chaque individu. Certains plus conservateurs hésiteront à dépenser et finiront par en laisser beaucoup plus qu'ils ne l'auraient souhaité en héritage, alors que d'autres vivront plus longtemps qu'ils auraient pu imaginer et devront se serrer la ceinture bien plus que prévu en fin de vie. L'industrie utilise actuellement une espérance de vie de 90 à 100 ans pour fins de planification. Les auteurs suggèrent d'utiliser 110 ans pour les femmes et 105 ans pour les hommes. Si l'on souhaite couvrir 99% des probabilités, il faudrait utiliser 100 ans pour les hommes et 103 ans pour les femmes. Une autre approche serait d'utiliser l'espérance de vie restante comme nouvel horizon de placement à chaque année qui passe (par exemple, pour une femme, l'horizon de placement utilisé serait de 20 ans à l'âge de 65 ans, 13 ans à l'âge de 75 ans, 7 ans à l'âge de 85 ans et ainsi de suite). Bien qu'intuitive, cette approche implique un niveau de dépenses beaucoup plus élevé en début de retraite laissant des ressources très limitées lorsque la personne avance en âge. Afin de répondre au goût de dépenser davantage dans les premières années et à l'incertitude quant à la longévité, les auteurs proposent d'utiliser la moyenne des taux de retrait permis par une l'utilisation d'une espérance de vie de 105 ou 110 ans et par l'utilisation de l'espérance de vie restante à chaque année selon les tables de mortalité actuarielles.


En somme, la clé pour ne jamais manquer d'argent durant la retraite selon l'approche proposée par les auteurs est de toujours limiter ses dépenses annuelles au montant qui serait accessible par l'entremise d'une rente indexée calculée sur l'horizon de placement choisi. Les investisseurs devront établir le niveau de risque de leur portefeuille en fonction de la variabilité qu'ils sont en mesure d'accepter dans leurs dépenses d'une année à l'autre et devront choisir l'horizon de placement qui leur convient selon la variété de facteurs qui rendent chaque situation unique.

À propos de ce blogue

Au fil des ans, Pierre a conseillé un large éventail d'investisseurs privés et institutionnels, y compris des familles fortunées, des fondations et des fonds de pension sur la saine gestion de leurs actifs. Au-delà de sa connaissance approfondie des marchés financiers, des stratégies d'investissement et de la construction de portefeuille, il a développé une expertise plus particulière en matière de conseil aux investisseurs sur l'utilisation de stratégies de placement non traditionnelles et d'investissements internationaux. Le mandat de ce blogue est donc d'aiguiller les lecteurs dans l'exploration de pistes paraissant inhospitalières à première vue, mais pouvant mener à des expériences très gratifiantes lorsqu'on sait s'y orienter. Pierre est titulaire d'un MBA, porte les titres de Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA), et est également Fellow de l'Institut canadien des valeurs mobilières et de l'Institut des banquiers canadiens. Il travaille pour UBS (Canada) à titre de gestionnaire privé senior.

Pierre Czyzowicz

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