La glissade des obligations à rendement élevé

Publié le 02/10/2015 à 14:05

La glissade des obligations à rendement élevé

Publié le 02/10/2015 à 14:05

Depuis que la crise financière a transporté les marchés dans un environnement où les taux d'intérêt végètent à des niveaux jamais vus auparavant, de nombreux investisseurs se sont tournés vers des classes d'actif qu'ils n'utilisaient que peu ou pas auparavant dans le but de bonifier un tant soit peu le rendement de leurs placements à revenu fixe.


Comme les inefficiences de marché exploitables se présentent généralement à bien plus petite échelle que ce que plusieurs sont portés à croire, cette transition vers des titres à rendement plus élevé n'avait d'autre choix que de se faire au détriment du niveau de risque dans les portefeuilles.


La glissade observée sur le marché des obligations à rendement élevé, que plusieurs ont adopté à titre de composante fondamentale d'un portefeuille de titres à revenu fixe, nous rappelle que ce risque est bien réel et que ces titres au crédit moins solide sont bien moins efficaces dans le rôle traditionnel d'amortisseur que les obligations jouent dans un portefeuille diversifié. Voyons ce qui en ressort et quelles sont les alternatives.


Comme le marché canadien des obligations à rendement élevé est relativement limité, bon nombre d'investisseurs se sont tournés vers les obligations à rendement élevé américaines. Alors que les niveaux des indices portant sur ces dernières se sont détériorés de l'ordre de 7% à 8% depuis le printemps (et plus pour les fonds négociés en bourse), les écarts de crédit (différence de taux entre les obligations en question et les obligations gouvernementales de même échéance) s'élargissaient pour tourner autour des 600 points de base à l'heure actuelle.


De tels niveaux impliqueraient un taux de défaut de 6% sur les obligations à rendement élevé américaines alors qu'il n'était qu'à 2.8% au cours des 12 derniers mois et que sa moyenne historique se situe autour de 4.5%. Deux principaux facteurs expliquent en grande partie la détérioration observée:


• La baisse des prix du pétrole a grandement augmenté le risque de défaut des entreprises du secteur qui émettent des obligations à rendement élevé. Selon UBS, si les prix de la matière première demeurent près des niveaux actuels pour une période prolongée, le taux de défaut au sein de ce groupe pourrait atteindre 30% à 40% au cours des trois prochaines années. Le secteur représentant 14% de l'indice à l'heure actuelle, son impact est significatif.


• Le cycle de crédit américain arrivant tranquillement à maturité, cette période est historiquement moins intéressante pour les obligations à rendement élevé. À mesure que les entreprises font appel à davantage de levier, que les nouvelles émissions sont utilisées à d'autres fins que le refinancement de la dette existante et que les standards de financement bancaire ramollissent, le risque est généralement en hausse et les conditions deviennent de moins en moins favorables aux obligations à rendement élevé.


Bien que la situation liée aux prix du pétrole pourrait se dégrader davantage, les écarts de crédit actuels semblent déjà refléter pleinement la détérioration anticipée, si ce n'est davantage. Néanmoins, certains investisseurs pourraient vouloir considérer des alternatives offrant des rendements potentiels qui sont eux aussi attrayants, mais dont le profil de risque est un peu différent. En voici deux exemples:


• Obligations à rendement élevé européennes: l'Europe étant quelques années en retard sur les États-Unis au niveau de sa reprise économique et de sa politique monétaire, on semble encore loin d'une maturation de son cycle de crédit. Qui plus est, le secteur énergétique ne représente que 5% de l'indice, le rendant bien moins sensible aux soubresauts des prix du pétrole. Bien que ses écarts de crédit soient un peu moins larges qu'aux États-Unis à l'heure actuelle, cette situation pourrait persister si le taux de défaut demeure bas tel qu'anticipé (0.3% au cours de 12 derniers mois, 2% prévu par UBS pour les 12 prochain).


• Crédits senior (Senior loans): ces prêts bancaires présentent deux principaux avantages par rapports aux obligations à rendement élevé. Premièrement, ils possèdent un niveau de séniorité supérieur dans la structure de capital des entreprises et sont souvent garantis par les actifs de l'entreprise rendant les taux de récupération plus attrayants pour les investisseurs en cas de défaut. Deuxièmement, leurs taux variables pourraient mieux se comporter dans un environnement de taux d'intérêt haussiers, comme celui qui devrait prendre forme aux États-Unis au cours des prochains mois.


L'investisseur avisé


Dans toutes ses décisions d'investissement, l'investisseur avisé se rappellera que chaque point de pourcentage additionnel au niveau de son rendement espéré s'explique par une hausse proportionnelle du niveau de risque de son portefeuille. Que l'on parle du risque de crédit, du risque de durée ou du risque de liquidité, il s'assurera de bien en saisir les implications et d'être en mesure d'en supporter les conséquences lorsqu'ils se matérialiseront. Autrement, les gains réalisés risquent d'être plus qu'effacés lorsque les émotions teintées d'incompréhension prendront le dessus de façon impromptue.

À propos de ce blogue

Au fil des ans, Pierre a conseillé un large éventail d'investisseurs privés et institutionnels, y compris des familles fortunées, des fondations et des fonds de pension sur la saine gestion de leurs actifs. Au-delà de sa connaissance approfondie des marchés financiers, des stratégies d'investissement et de la construction de portefeuille, il a développé une expertise plus particulière en matière de conseil aux investisseurs sur l'utilisation de stratégies de placement non traditionnelles et d'investissements internationaux. Le mandat de ce blogue est donc d'aiguiller les lecteurs dans l'exploration de pistes paraissant inhospitalières à première vue, mais pouvant mener à des expériences très gratifiantes lorsqu'on sait s'y orienter. Pierre est titulaire d'un MBA, porte les titres de Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA), et est également Fellow de l'Institut canadien des valeurs mobilières et de l'Institut des banquiers canadiens. Il travaille pour UBS (Canada) à titre de gestionnaire privé senior.

Pierre Czyzowicz

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