Trop cher, le marché?

Publié le 20/04/2018 à 12:26

Trop cher, le marché?

Publié le 20/04/2018 à 12:26

Photo:123rf

Je ne passe pas beaucoup de temps à tenter d’évaluer le marché dans son ensemble. J’estime que le temps d’un investisseur est mieux utilisé à se concentrer sur l’évaluation de titres spécifiques dans le but de dénicher des aubaines.


Il reste que de nombreux investisseurs nous disent que les marchés sont trop chers et que le moment est donc mal choisi pour investir. Je leur réponds généralement qu’il y a toujours des occasions; elles sont tout simplement plus difficiles à dénicher lorsque les marchés sont chers.


Peut-on réellement dire que les marchés sont surévalués? Et sur quelle base peut-on l’affirmer?


Une des statistiques sur laquelle j’aime me référer est tout simplement le ratio cours-bénéfices prévus du S&P 500, à mon avis l’indice le plus représentatif du marché nord-américain, car il représente un large échantillonnage (500 sociétés américaines), en plus d’être très diversifié par industrie.


Or, deux événements se sont produits récemment qui ont fait baisser sensiblement ce ratio du S&P 500: d’une part, le marché boursier n’a pas bougé (le S&P 500 affiche une hausse de 0,2 % depuis le début de 2018); d’autre part, les prévisions des bénéfices d’exploitation des sociétés du S&P 500 ont augmenté fortement au cours des derniers mois. Ainsi, en date du 11 avril, la firme Standard & Poor prévoit des bénéfices de 155,88$ pour l’indice S&P 500, près de 7% de plus que ce qu’elle prévoyait à la fin de 2017. C’est ce qui fait qu’en l’espace d’un peu plus de trois mois, le ratio cours-bénéfice prévu du marché boursier américain est passé de 18,3 à 17,2, une baisse de 6%.


On peut certainement avancer que le marché demeure cher, même à 17,2 fois les bénéfices prévus. C’est encore plus vrai avec la hausse récente et à venir des taux d’intérêt. En effet, le niveau des taux d’intérêt procure une base d’évaluation pour tous les actifs financiers; plus les taux sont bas, plus on devrait être prêts à payer cher pour ces actifs et vice versa. Il reste que ces taux demeurent historiquement bas, même après leur hausse récente.


Voici un graphique qui illustre l’évolution des taux 10 ans des obligations du gouvernement américain depuis 1962.


Source: Macrotrends


Quand on sait que le ratio cours-bénéfice moyen du S&P 500 a historiquement été de près de 15,0, on peut se demander si l’évaluation actuelle de 17,2 est anormale, compte tenu des taux d’intérêt relativement bas.


Une autre façon de voir les choses est de comparer ce qu’on appelle le rendement des profits du marché (ou «earnings yield») à celui des obligations à long terme qui prévalent. Ainsi, le rendement des bénéfices du marché boursier est de 5,8% (il se calcule en divisant les profits par le cours, soit 155,88 / 2 678, ou en prenant la réciproque du ratio cours-bénéfices). Cela se compare à 2,8% pour les obligations 10 ans du gouvernement américain.


De cette petite étude, je conclus deux choses. D’une part, on ne peut pas dire que le marché soit anormalement surévalué. Je dirais plutôt qu’il paraît bien évalué. D’autre part, la grande question est de savoir si les prévisions des analystes concernant les profits des entreprises se réaliseront au cours des mois à venir. Pour le moment, leur croissance prévue est de près de 25% en 2018, une grosse commande. Toutefois, cette forte croissance est en grande partie alimentée par la réduction sensible du taux d’imposition des corporations américaines à la suite de la réforme fiscale de l’administration Trump.


Quoi qu’il en soit, je ne fonde jamais mes décisions d’investissement sur une évaluation globale des marchés boursiers. Je préfère évaluer les titres de sociétés directement sans trop me préoccuper des marchés dans leur ensemble. Mais par ce petit exercice, j’estime que l’argument selon lequel le marché est devenu trop cher pour y investir est discutable.


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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