Réflexions en rafales

Publié le 07/12/2018 à 13:28

Réflexions en rafales

Publié le 07/12/2018 à 13:28

BLOGUE INVITÉ. Inutile de dire que cette fin d’année est volatile et fertile en événements de toutes sortes. J’en profite donc, pour ce dernier billet de blogue avant 2019, pour faire un petit tour d’horizon et de vous livrer certaines réflexions qu’ont provoqué chez moi certains événements récents.


Le marché du cannabis s’essouffle. Au moment d’écrire ces lignes, le FNB (fonds négocié en Bourse) Horizons Marijuana médicale sciences de la vie («HMMJ») a perdu plus de 40% de sa valeur par rapport à son sommet atteint pas plus tard que le 15 octobre dernier. Le titre phare du secteur, Canopy Growth («WEED»), est passé de 67,74$ en septembre dernier à un cours récent de moins de 37$, une baisse de plus de 45%. Est-ce une occasion pour autant?


Certains titres récemment populaires perdent de leur attrait. La capitalisation boursière de Canopy Growth est maintenant inférieure à 13 G$. Or, les analystes prévoient en moyenne des revenus de quelque 780 M$ en 2020 (mars), ce qui se traduit par un cours-revenus de plus de 16,0. En présumant que la société réussisse à réaliser une marge bénéficiaire après impôts de 10%, cela voudrait dire que le titre s’échangerait à plus de 160 fois les bénéfices de 2020.


Roots dégringole. Je voyais ce matin que le titre de Roots («ROOT») perdait plus de 20% de sa valeur dès l’ouverture des marchés après avoir publié des résultats apparemment décevants (ce n’est pas un titre que nous suivons de près). Depuis sa venue en Bourse il y a un peu plus d’un an, le titre a maintenant perdu près des deux tiers de sa valeur.


J’en conclus deux choses. D’une part la venue de titres en Bourse, accompagnée de tapage publicitaire, est souvent une proposition perdante pour les investisseurs. La société qui fait le saut en Bourse le fera généralement à un moment opportun afin d’obtenir un prix élevé. Deuxièmement, je crois qu’il est difficile pour les sociétés comme Roots de faire durer l’attrait et la popularité de leur marque auprès des consommateurs. Certaines entreprises ont réussi à le faire avec succès, mais avec le temps la plupart des entreprises du secteur des vêtements de marque ont fini par perdre une grande partie de leur popularité.


Réduire ou éliminer les excès. Les marchés boursiers subissent régulièrement des corrections. Parfois, c’est tout le marché qui baisse – la plupart des titres écopent. Mais plus souvent qu’autrement, ce sont certains secteurs qui subissent les plus fortes corrections. Depuis le début de l’année, ce sont surtout les titres de grandes sociétés technologiques, les FAANG, qui ont écopé. Les titres à la mode, tels que ceux liés au cannabis au Canada, ont également fortement chuté. N’est-ce pas justement ce qu’est une correction de marché – l’élimination de certains excès?


Le dollar canadien bat de l’aile. Le dollar canadien s’échange présentement à 0,7471$ CA/US, son plus bas niveau depuis mai 2017. Les investisseurs comme nous qui possèdent beaucoup d’actions américaines en portefeuille sont favorisés par la montée du dollar américain face au dollar canadien. En revanche, les nombreux «snowbirds» québécois trouveront que tout leur coûte beaucoup plus cher en Floride cette année. À long terme, un dollar canadien fort nous enrichit collectivement; un dollar canadien faible nous appauvrit.


Le marché est difficile à suivre. Il y a quelques semaines, les analystes mentionnaient qu’une des raisons pour lesquelles le marché corrigeait était la hausse des taux d’intérêt. Celui offert par une obligation 10 ans du gouvernement américain avait dépassé les 3%, ce que les investisseurs n’aimaient pas. Il est maintenant de 2,92% et les marchés n’aiment pas ça non plus! En effet, cette baisse annonce peut-être un ralentissement économique. D’innombrables facteurs influent sur le marché boursier; c’est ce qui le rend imprévisible à court terme.


L’asymétrie des rendements. Mes collègues et moi discutions de la stratégie qui consiste à vendre des titres à découvert («short»). Il est vrai que nous voyons régulièrement des titres de sociétés qui nous paraissent grossièrement surévalués. Mais ma réponse à la question de vendre des titres à découvert repose sur deux facteurs. D’une part, vendre un titre à découvert exige un travail complètement différent et opposé à celui de l’investisseur qui recherche des titres sous-évalués.


Deuxièmement, la vente à découvert est à mon avis bien moins attrayante à long terme que l’achat pur et simple de titres. Pourquoi? L’asymétrie des rendements. La vente à découvert offre un potentiel maximal de doubler son argent (dans le cas où le titre tombe à zéro; il ne peut pas valoir moins que zéro). En revanche, le potentiel de perte est illimité: la valeur d’un titre peut être multipliée par un chiffre illimité. En achetant un titre, on profite du contraire: le maximum qu’on peut perdre avec un titre est 100% de la valeur de son investissement, alors que le potentiel de gain est illimité. J’ajouterais que, comme la Bourse s’apprécie à long terme, l’acheteur de titres possède un avantage naturel marqué face au vendeur à découvert: il nage avec un puissant courant favorable.


Les titres plus défensifs résistent bien. De nombreux titres dits défensifs ont jusqu’à maintenant très bien tenu leur rôle dans la correction des marchés boursiers. Alors que l’indice canadien accuse une baisse de 5,5% depuis la fin septembre, l’indice du secteur de la consommation de base est en hausse de 6,5% durant la même période et celui des services publics, de 2,3%. Dans un marché haussier, ces titres attirent peu les investisseurs; avec la baisse récente des marchés, la situation semble avoir changé.


L’occasion de se démarquer. Bien des investisseurs sont moroses lorsque les marchés boursiers tirent de la patte. Il faut voir les choses autrement: c’est dans de tels marchés que les investisseurs «valeur» à long terme ont l’occasion de se démarquer des autres. C’est aussi dans ces marchés que les occasions d’investissement attrayantes sont plus susceptibles de se présenter.


Je profite de l’occasion pour vous remercier de lire mes blogues en grand nombre et vous souhaite de Joyeuses fêtes!


Philippe Le Blanc, CFA, MBA 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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