Les deux problèmes fondamentaux des fonds communs de placement

Publié le 29/06/2018 à 13:00

Les deux problèmes fondamentaux des fonds communs de placement

Publié le 29/06/2018 à 13:00

BLOGUE INVITÉ. Je n’ai rien contre les fonds communs de placement. Au contraire: nous gérons chez COTE 100 cinq fonds communs depuis de nombreuses années. En général, je crois que les fonds sont un excellent véhicule pour investir en Bourse, particulièrement lorsqu’on commence à investir et qu’on a des sommes relativement modestes à placer. Ils permettent d’obtenir un portefeuille diversifié de placements géré activement par des professionnels et aussi de se familiariser graduellement avec le monde de la Bourse et de l’investissement.


Si j’ai de grandes réserves (le mot est faible) envers les fonds, ce n’est pas foncièrement contre leur structure et leur mission d’origine, mais plutôt contre ce qu’en ont fait les grandes familles de fonds communs et les grandes banques canadiennes. Pour moi, deux problèmes fondamentaux font des fonds communs de placement canadiens en général de bien mauvais placements pour les investisseurs: 1- leurs frais élevés et 2- la façon dont la majorité des grands fonds sont gérés.


La semaine dernière, le journaliste Rob Carrick du Globe & Mail publiait une étude sur les 100 plus gros fonds communs de placement canadiens en termes d’actif sous gestion au 31 décembre 2017, les données provenant de Fundata Canada Inc. On y voit quelques données fort intéressantes sur chacun de ces 100 fonds, dont la valeur de son actif au 31 décembre 2017, son rendement annuel composé des dix années terminées le 31 décembre 2017, le rendement correspondant de son indice de référence ainsi que ses ratios de frais de gestion en 2013 et en 2017, ce qui permet de connaître l’évolution de ce ratio au cours des cinq dernières années.


Un exemple: le Fonds RBC portefeuille Équilibré Sélect est le plus gros fonds du tableau colligé par M. Carrick avec des actifs au 31 décembre de plus de 28,2 G$. Son rendement annuel composé des 10 dernières années a été de 4,6% comparativement à un rendement de 7,1% pour son indice de référence, soit une sous-performance annuelle moyenne de 2,6% (les chiffres de rendement sont arrondis, ce qui explique que leur différentiel ne soit pas exact). En outre, le ratio des frais de gestion du fonds était de 1,94% en 2013 et il était toujours de 1,94% cinq ans plus tard, en 2017.


Globalement, ces 100 fonds (du plus gros, cité plus haut, au 100e, le BMO Actions canadiennes série A, avec un peu plus de 2,4 G$ d’actif sous gestion) comptaient quelque 566,7 G$ d’actif sous gestion au 31 décembre 2017, soit 38,4% de la totalité de l’actif sous gestion de tous les fonds communs canadiens. Pour ces 100 plus gros fonds canadiens, M. Carrick tire les conclusions suivantes:


1- Ils ont en moyenne sous-performé leur indice de référence de 0,85% au cours des dix dernières années;


2- Leur plus récent ratio de frais de gestion moyen a été de 1,9863%, une baisse de 0,0528% par rapport à 2,0391% il y a cinq ans.


Mes deux mots à dire sur les fonds sont les suivants:


1- Avec des milliards de dollars sous gestion, comment se fait-il que la plupart des plus grands fonds canadiens aient encore des ratios de frais de gestion aussi élevés? L’idée derrière l’accumulation d’actif n’est-elle pas d’obtenir des économies d’échelle et de permettre aux détenteurs de jouir de frais de gestion moindres? Avec des frais approchant les 2% annuellement, peut-on être surpris que, en moyenne, les fonds ne réussissent pas à battre leurs indices de référence?


Un autre point à souligner est que plusieurs des 100 fonds de la liste sont des fonds équilibrés. C’est donc dire qu’ils investissent une partie importante de leur actif dans des obligations. Comment un tel fonds peut-il charger près de 2% de frais de gestion à ses détenteurs alors que ceux des obligations 10 ans du gouvernement canadien ne sont que de 2,07% présentement? À titre d’exemple, le fonds Fidelity équilibré canadien série A dont l’actif est de 7,1 G$ selon M. Carrick et dont le ratio de frais de gestion était de 2,27% en 2017, a 48% de son portefeuille investi dans des obligations, selon ce que j’ai pu trouver sur le site de Morningstar


2- Comment une société qui gère des fonds communs de placement en actions canadiennes peut-elle laisser gonfler ses actifs à des milliards de dollars quand on sait que le marché canadien offre relativement peu de profondeur? Par la force des choses, ces fonds gérant quelques milliards de dollars ne peuvent pas réellement se démarquer des autres car ils n’ont d’autre choix que de détenir la majorité des titres de sociétés de grande envergure au Canada. Au final, je serais prêt à parier que la plupart de ces fonds détiennent à peu près les mêmes titres et que leur portefeuille s’apparente beaucoup au marché canadien dans son ensemble. Alors, pourquoi un investisseur achèterait-il de tels fonds au lieu d’acheter des indices ou des fonds indiciels dont les frais sont sensiblement moindres?


À mon avis, la réponse aux deux points précédents est que la majorité des promoteurs de fonds communs canadiens ont avant tout leur propre intérêt à cœur et que celui des détenteurs de parts vient loin derrière. Petite anecdote à ce sujet, je lisais récemment que la Banque Royale du Canada (dont nous sommes actionnaires chez COTE100) avait écopé d’une pénalité (dérisoire) de 1,1 M$ parce que sa division de fonds, la Royal Mutual Funds Inc., avait payé une commission de 10 points de base (0,1%) additionnels à ses représentants lorsque ces derniers vendaient les fonds Solutions de portefeuille de la Banque au lieu de ceux de fonds de tiers, entre novembre 2011 et octobre 2016. Selon une estimation que j’ai lue, ce stratagème clairement illégal aurait permis à la Royal Mutual Funds Inc. d’augmenter ses revenus de plus de 120 M$ pendant près de cinq ans. Relativement à une telle somme, une pénalité de 1,1 M$ me semble bien insignifiante.


À la base, les fonds communs sont un excellent véhicule de placement. Le problème réside dans la façon qu’ils sont exploités, le but étant de maximiser leur rentabilité et leur taille aux dépens des investisseurs. S’il n’en tenait qu’à moi, je donnerais un A à l’industrie canadienne des fonds pour sa capacité de recueillir des actifs et un D pour sa performance et ses rendements.


Philippe Le Blanc, MBA, CFA


Veuillez prendre note que je prendrai congé de blogue pour les mois de juillet et août. De retour en septembre! J’en profite pour vous remercier de me lire et de partager vos commentaires et suggestions sur ce blogue. Bon été!


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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